En cette période historique de faible taux d'intérêt, les épargnants sont condamnés à courir des risques s'ils veulent essayer d'obtenir un rendement susceptible de dépasser ne serait-ce que 5%.

Publié le 3 nov. 2010
Michel Girard LA PRESSE

En effet, comme tous les placements prudents ne rapportent aujourd'hui qu'un faible rendement, les épargnants sont forcés d'investir de plus en plus en Bourse et dans les obligations d'entreprises s'ils veulent se donner la chance d'obtenir un rendement le moindrement intéressant, voire de 7 à 10%. À leurs risques et périls... quand les marchés financiers traversent de nouvelles périodes de turbulences.

Les épargnants qui recherchent exclusivement la sécurité doivent malheureusement prendre leur mal en patience et se contenter d'un rendement faiblard.

Prenons par exemple la très attendue cuvée des nouvelles obligations d'épargne du Canada. Chaque automne, il est de tradition de voir un grand nombre de Canadiens faire le plein d'obligations d'épargne du Canada.

Comme le taux directeur de la Banque du Canada a grimpé depuis juillet dernier de 0,25% à 1,00%, on s'attendait à ce que le gouvernement fédéral se montre passablement plus généreux que l'an dernier.

Il s'avère en effet un peu moins pingre que l'an passé avec sa nouvelle cuvée d'obligations d'épargne. Il en bonifie ainsi le rendement annuel de 63%. Le problème? Soixante-trois pour cent de presque rien, cela ne rapporte pas grand-chose de plus. Et c'est ce qui arrive aux nouvelles obligations d'épargne dont le rendement annuel passe de 0,4% (an passé) à 0,65% cette année.

Pour «apprécier» à sa juste valeur un tel rendement, rien de mieux que de donner un exemple concret. Supposons un investissement de 1000$. Combien vaudra votre placement de 1000$ au bout d'un an?

Au nouveau taux d'intérêt de 0,65% offert par le fédéral sur la nouvelle cuvée d'obligations d'épargne, cela rapportera un total de 6,50$ par tranche de 1000$ d'épargne.

C'est certes mieux que l'an dernier, où le rendement de 0,4% a permis aux épargnants d'encaisser un petit 4,00$ par placement de 1000$. Mais ne nous leurrons pas. Pour être bien certain de comprendre l'impact d'un si maigre rendement de 0,65%, sachez que ça rapportera 65$ par tranche de 10 000$ ou 650$ par tranche de 100 000$.

Chose certaine, avec un tel rendement, il n'y a aucun danger de s'enrichir! C'est d'autant plus vrai que ce minime rendement d'intérêt de 0,65% est par surcroît pleinement imposable. Si vous êtes imposé au taux marginal de 40%, il ne vous restera finalement dans les poches que 3,90$ par tranche de placement de 1000$ d'investissement. Ou 39$ par tranche de 10 000$ d'obligations d'épargne du Canada, ou 390$ le paquet de 10 0000$ d'obligations d'épargne.

N'ayons pas peur des qualificatifs: c'est vraiment poche comme rendement net! En jouant au pingre de la sorte, le gouvernement fédéral met ainsi la main sur des milliards de dollars de financement à coût ridiculement bas. Il profite de la faiblesse historique des taux d'intérêt pour financer sa lourde dette.

Le bon côté de la chose? Quand on met notre casquette de contribuable, on ose croire que ces économies de frais d'intérêt du fédéral nous seront refilées un de ces jours sous forme de services accrus ou d'économies d'impôt! Après tout, on a le droit de rêver...

Par ailleurs, y a-t-il des placements prudents qui sont un peu plus généreux que les obligations d'épargne du Canada? Oui! Il y a entre autres le même gouvernement fédéral qui se montre moins chiche avec sa famille des obligations à prime, lesquelles sont encaissables une fois l'an à la date anniversaire: an 1, 1,10%; an 2, 1,40%; an 3, 1,70%. Cela donne un rendement annuel composé de 1,39%.

Ce n'est pas très enrichissant, j'en conviens. Les épargnants peuvent regarder du côté du gouvernement du Québec, alors que ses obligations à taux progressifs d'Épargne Placement rapportent quelques brindilles de plus: an 1, 1,10%; an 2, 1,60%; an 3, 2,35%. Pour un rendement annualisé d'environ 1,65%.

Lors de chaque campagne des obligations d'épargne du Canada, la plupart des institutions bancaires se montrent un peu plus généreuses que d'habitude. Voilà pourquoi on nous offre, d'ici le 1er décembre (fin de la campagne 2010), des placements d'un an allant 1,0% à 1,60% de rendement.

Avant impôts, bien entendu!