Le cerveau humain est équipé de «logiciels» lui permettant de produire rapidement, à partir des informations dont on le nourrit, des déductions élaborées. Mais il est beaucoup plus lent à y renoncer lorsqu'elles s'avèrent erronées.

Mario Roy LA PRESSE

Le cerveau humain est équipé de «logiciels» lui permettant de produire rapidement, à partir des informations dont on le nourrit, des déductions élaborées. Mais il est beaucoup plus lent à y renoncer lorsqu'elles s'avèrent erronées.

Exemple. Dans une pièce où se trouvent 23 personnes, quelle est la probabilité que deux aient la même date d'anniversaire? Une sur 100, peut-être, diriez-vous? Pas du tout. C'est une sur deux! Et si vous faites entrer 24 autres personnes, ce sera 19 sur 20 ! Votre «logiciel» statisticien personnel vous a fourni une déduction rapide, mais fausse.

Un autre outil «informatique» du cerveau est celui qui cherche des patterns connus dans tout objet ou événement. Il y a celui qui débusque partout des relations de causalité (et même de causalité «proportionnelle»: voir le Blogue de l'édito sur Cyberpresse). Et aussi le programme Crédulité 2.0, mis à jour régulièrement, activé par la foi ou par le langage pseudo-scientifique...

Les magiciens exploitent ces particularités du cerveau en lui donnant des informations qui l'induiront en erreur: c'est le monde merveilleux de l'illusionnisme. Les charlatans l'utilisent pour vendre pilules, frayeurs et complots: c'est l'univers fascinant des pseudo-science.

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Au cours des trois derniers jours, plusieurs scientifiques de haut niveau se sont retrouvés à l'Université McGill dans le cadre d'un symposium sur le thème: «Affronter les pseudo-sciences/L'urgence d'agir».

Or, agir en ce domaine, c'est d'abord... douter.

«Même les gens intelligents et cultivés croient en des choses bizarres», dit le professeur Michael Shermer, historien de la science, rédacteur en chef du magazine Skeptic, dont le nom dit tout. Confrontées au simple hasard, à l'incertitude et à l'insécurité, presque toutes les bêtes humaines ont besoin «d'une doudou, d'un pouce à sucer, d'une jupe maternelle à laquelle s'accrocher», un rôle taillé sur mesure pour les pseudo-sciences.

Évidemment, on pense tout de suite à la branche médecine/santé des pseudo-sciences, que le médecin britannique Ben Goldacre a explorée à fond. L'homéopathie et les médecines alternatives, le «nutritionnisme» et l'alimentation naturelle ou pseudo-miraculeuse, les paniques médicales (liant vaccin et autisme, par exemple), même les coups fourrés des grandes pharmaceutiques... il a tout scruté dans Bad Science, son essai écoulé à 250 000 exemplaires en Grande-Bretagne et tout juste disponible en Amérique du Nord.

Goldacre a amplement eu le temps de constater: «Peu d'opinions sont à ce point absurdes qu'on ne puisse trouver quelque part dans le monde une personne munie d'un doctorat qui soit prête à l'endosser»...

Au total, et malgré la contradiction apparente puisqu'il est question d'intelligence et de savoir, le message du symposium pourrait être: méfiez-vous du et des cerveaux!

LE BLOGUE DE L'ÉDITO

> De JFK à ben Laden