La reine Élisabeth II est arrivée hier au Canada pour une visite de neuf jours. Pendant son séjour, la reine sera accueillie par des foules enthousiastes, mais surtout par une population indifférente, si on en croit le sondage Harris-Decima publié en fin de semaine.

André Pratte LA PRESSE

La reine Élisabeth II est arrivée hier au Canada pour une visite de neuf jours. Pendant son séjour, la reine sera accueillie par des foules enthousiastes, mais surtout par une population indifférente, si on en croit le sondage Harris-Decima publié en fin de semaine.

Selon cette enquête, 48% des Canadiens pensent que la monarchie est «une relique de notre passé colonial qui n'a plus sa place au Canada aujourd'hui». Ce sentiment, on ne s'en étonnera pas, est particulièrement fort au Québec (74%).

Le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, a bien résumé il y a quelques années le sentiment de la majorité québécoise en soutenant que «c'est archaïque d'avoir une reine et que la reine d'Angleterre soit la reine du Canada». D'ailleurs, quatre Canadiens sur 10 (six Québécois sur 10) souhaitent la tenue d'un référendum sur le maintien ou non de la monarchie.

L'idée de doter le pays d'une institution moderne et proprement canadienne paraît à première vue incontestable. Pourtant, quand on y songe, on entrevoit des obstacles dont l'importance rend le statu quo moins rébarbatif.

Est-il «archaïque» pour un pays d'avoir un monarque comme chef d'État? Les monarchies constitutionnelles sont certes moins nombreuses que les républiques, mais à l'échelle de la prospérité et de la modernité, elles s'en tirent fort bien merci. Outre le Canada, pensons à l'Australie, à la Suède, à la Norvège, au Danemark, aux Pays-Bas, à la Belgique, au Japon... De toute évidence, la monarchie n'est un obstacle ni à la démocratie ni au développement.

Bien sûr, un roi ou une reine n'est pas élu(e), faiblesse en apparence impardonnable dans une démocratie. Pourtant, en cette époque où les politiciens sont méprisés, le fait d'échapper au processus électoral est peut-être, dans certaines circonstances, une vertu plutôt qu'une tare. «Un autre système de gouvernement nous permettrait-il d'avoir un chef d'État plus politiquement neutre que le système actuel?», se demandait l'ancien premier ministre de l'Australie, John Howard, à l'occasion du débat sur l'avenir de la monarchie dans ce pays.

Si le chef d'État du Canada était élu au suffrage universel, les conservateurs auraient leur candidat, les libéraux le leur, les bloquistes le leur, etc. Le poste deviendrait plus partisan et son occupant serait moins en mesure de jouer le rôle, essentiellement symbolique mais parfois crucial, que lui attribue la démocratie parlementaire. Avant d'envisager un tel changement, il faudrait donc s'assurer que le nouveau système fonctionnerait mieux que l'ancien. Ce qui est vieux n'est pas toujours dépassé.

Il est évidemment étrange qu'un pays ait comme chef d'État la reine d'un autre pays. Cependant, si beaucoup de Canadiens sont encore attachés à ce symbole et si l'institution ne nuit en rien au Canada, pourquoi lancer un débat qui provoquerait nécessairement la division?