La crise financière qui nous a frappés en 2008 et la récession qui a suivi en 2009 ont montré l'absolue nécessité de se doter d'une gouvernance mondiale qui permettrait d'éviter de tels dérapages et de mieux gérer une économie qui ne connaît plus de frontières. C'est en fonction de cet objectif incontournable qu'il faut mesurer le succès ou l'échec du sommet du G20 à Toronto.

Alain Dubuc, collaboration spéciale
Alain Dubuc, collaboration spéciale LA PRESSE

Il y a eu un progrès dans la difficile marche vers une gouvernance mondiale. Il n'est pas spectaculaire. On y va pas à pas. Mais on se rapproche de cet objectif de façon assez rassurante, quand on tient compte des circonstances. D'abord, ce sommet du G20 à Toronto n'est qu'une rencontre d'étape, qui fait le point avant le sommet qui se tiendra à Séoul l'automne prochain.

 

Mais surtout, c'était la première fois que le G20, qui englobe les économies émergentes, prenait formellement le relais du G8, le club des pays riches, comme lieu de coordination économique et d'articulations des stratégies mondiales. Ce passage du flambeau semble réussi, quand on voit la cohésion et la volonté commune qu'ont exprimés des pays aux situations et aux problèmes si différents.

On avait vu, depuis quelques semaines, plusieurs pays exprimer des positions très divergentes, sur la taxation des banques, et surtout sur les stratégies de sortie de crise. Fallait-il mettre l'accent sur le maintien des politiques de relance, comme le prônaient par exemple les États-Unis, le Brésil et l'Argentine, ou fallait-il maintenant privilégier le retour à la santé financière, comme le souhaitent le Canada, l'Allemagne ou la Grande-Bretagne?

Il y avait quelque chose de naïf dans les attentes à l'égard de ce sommet. Un consensus n'était ni réaliste ni même souhaitable. Les problèmes de chaque pays sont trop différents pour qu'ils choisissent tous de faire la même chose. Il est normal qu'un pays qui est à peine sorti de la récession ne veuille pas se lancer dans des politiques d'austérité qui compromettraient la reprise. Et il est normal que des pays qui sont sortis de la tourmente commencent à mettre de l'ordre dans leur finances. En outre, si tout le monde se lançait en même temps dans des politiques de prudence fiscale, l'impact sur l'économie mondiale pourrait être néfaste.

C'est cette réalité que reconnaissent les pays du G20, en acceptant de respecter la spécificité des circonstances de chaque pays, et en recherchant un équilibre entre les objectifs de la reprise et de la responsabilité fiscale. C'est une logique d'asymétrie, où l'objectif recherché n'est pas l'homogénéité des approches, mais leur cohérence.

Il y a un fil directeur qui permet cette cohérence. Et c'est la proposition du premier ministre Stephen Harper, qui a très bien joué son rôle d'hôte et de président du sommet, et qui a exercé un solide leadership international. Sa suggestion - que les pays avancés réduisent leurs déficits de moitié d'ici 2013, et commencer à stabiliser ou à réduire la dette d'ici 2016 - a été reprise par les membres du G20.

Il est vrai que ces cibles sont très générales, et qu'elles peuvent être interprétées comme un objectif plutôt que comme un engagement formel. Mais elles exercent une pression morale, introduisent un mécanisme de surveillance par les pairs, et serviront de critères de performance auxquels les marchés ne seront pas indifférents.

Mais ce qui frappe aussi, c'est qu'on sent un sentiment partagé, qui n'existait pas il y a 10 ans, d'appartenir à une économie mondiale, et on observe les premières manifestations d'une conception planétaire du développement.

S'il faut voir ce sommet comme un premier pas, le véritable test pour le G20, ce sera la rencontre de Séoul, en novembre prochain, quand ces nations devront s'entendre sur les façons de renforcer et d'encadrer le système financier mondial.