Quand elle travaillait comme infirmière et sage-femme au Malawi, Dorothy Ngoma suivait parfois de front une quinzaine de femmes sur le point d'accoucher. Il n'était pas rare que quatre ou cinq d'entre elles expulsent leur bébé presque simultanément.

Agnès Gruda
Agnès Gruda LA PRESSE

«Je me plaçais face à mes patientes et quand je voyais apparaître la tête d'un bébé, j'accourais. Parfois, je n'avais pas le temps de m'assurer que le placenta était sorti que déjà, je devais courir vers une autre femme.»

Dorothy Ngoma dirige aujourd'hui une association d'infirmières au Malawi. Elle ne pratique plus d'accouchements depuis plusieurs années. Mais elle est bien placée pour savoir que les conditions dans lesquelles les femmes donnent la vie, dans son pays, ne se sont pas beaucoup améliorées au fil des ans.

Surtout dans les villages, où les femmes accouchent encore trop souvent à la lueur d'une bougie ou d'une lampe de poche. Quand l'accouchement se complique, il n'y ni médecin, ni équipement nécessaire pour pratiquer une transfusions sanguine ou une césarienne.

Résultat: 16 femmes par jour meurent en accouchant au Malawi, qui connaît le quatrième plus haut taux de mortalité maternelle de la planète. Pas étonnant que Dorothy Ngoma ait suivi de près «l'initiative de Muskoka», qui visait à prendre ce fléau de front.

Mais quand elle a vu les engagements annoncés vendredi au sommet du G8, Dorothy Ngoma a déchanté. «Cinq milliards en cinq ans, ce n'est qu'une goutte d'eau dans l'océan», déplore-t-elle.

Un des principaux problèmes auxquels sont confrontées les femmes enceintes, c'est une pénurie criante de personnel médical. On estime qu'il manque environ 350 000 sages-femmes et infirmières-accoucheuses dans le monde. Les sommes promises vendredi ne permettraient même pas d'en former suffisamment pour combler ce retard.

Une fois formées, les sages-femmes doivent encore être adéquatement rémunérées, à défaut de quoi elles quittent l'Afrique pour émigrer dans les pays développés, déplore Dorothy Ngoma.

Et il n'y a pas que les ressources humaines. «Nous n'avons pas suffisamment de médicaments, pas assez de cliniques, pas assez de moyens pour sauver les femmes quand elles ont une hémorragie», énumère Dorothy Ngoma. Résultat: même à la plus grande maternité de la capitale du Malawi, environ une femme par semaine meurt en couches. «La majorité de ces morts sont évitables», souligne-t-elle.

Dorothy Ngoma, qui a passé le week-end à Toronto pour suivre la rencontre du G8, n'est pas la seule à avoir été déçue de l'annonce de vendredi. L'organisation humanitaire ONE affirme que les détails de l'initiative «ont fait l'effet d'une douche froide».

«Les scénarios les plus conservateurs chiffrent les besoins élémentaires à au moins 20 milliards de dollars, les pays du G8 ne s'engagent qu'à apporter collectivement 5 milliards à l'initiative sur cinq ans. Le Canada, instigateur de l'initiative, n'a pas réussi à entrainer dans son sillage les autres pays du G8», déplore ONE dans un communiqué publié aujourd'hui.

Même son de cloche chez plusieurs autres organisations, comme Oxfam ou Vision Mondiale, qui s'attendaient tous à un montant beaucoup plus substantiel. Et qui garderont de ce sommet du G8 le souvenir d'un pays hôte incapable de convaincre ses partenaires de la pertinence de son projet, et d'un Stephen Harper en manque de leadership.

Photo: David Boily, La Presse

Dorothy Ngoma