Y a-t-il encore quelqu'un quelque part qui se soucie du fait que le Canadien n'a pas de capitaine? Trouvez-vous encore que cette équipe manque de leaders?

Jean-François Bégin
Jean-François Bégin LA PRESSE

Les hommes de Jacques Martin n'étaient pas censés gagner contre les Capitals de Washington, un club dont l'arsenal offensif mériterait son propre traité de désarmement. Surtout pas après avoir tiré de l'arrière 3-1 dans la série.

Ils ont pourtant causé mercredi soir une des plus grandes surprises de l'histoire des séries de la LNH en défaisant une équipe qui avait fini la saison régulière avec 33 points d'avance sur eux.

Deux jours après son moment de grâce au Centre Bell, Jaroslav Halak a une fois de plus été «Royal» en stoppant 41 des 42 tirs dirigés vers lui. Toujours calme, ne quittant jamais la rondelle des yeux, il s'est transformé, pour reprendre l'expression de Craig MacTavish à TSN, «en planche de contreplaqué de 4x6» devant son filet. Quoi qu'en pense mon estimé collègue Pierre Foglia, je n'hésiterais pas à aller à la guerre avec un gardien comme lui.

Mais Halak est loin d'avoir fait le travail tout seul : ses coéquipiers ont bloqué autant de tirs que lui (41!) dans un effort collectif remarquable pour frustrer les dangereux attaquants des Capitals. On ne compte plus les fois où les défenseurs du Canadien, Hal Gill et Josh Gorges en tête, ont stoppé dans l'oeuf les descentes des Ovechkin, Semin et Backstrom, la rondelle s'arrêtant sur leur bâton, leurs patins ou leurs jambières.

Ovechkin a marqué cinq buts en sept parties, cinq de plus qu'Alexander Semin, qui partage avec Mike Green le titre de pire déception de la série. Mais contrairement à son grand rival Sidney Crosby, qui a dominé la série contre les Sénateurs d'Ottawa, la supervedette des Caps a été incapable de dicter le rythme des affrontements contre le Canadien.

Jacques Martin et ses adjoints avaient préparé un plan de match parfait pour le contrer, notamment en avantage numérique, où Ovechkin a régulièrement dû composer avec un couvreur individuel. Résultat : la meilleure attaque à cinq de la LNH a été limitée à un seul but en 33 occasions. Un résultat sidérant - et une claque en plein visage de l'entraîneur Bruce Boudreau, architecte du jeu en supériorité numérique des Caps, qui a été incapable de solutionner l'énigme posée par le Canadien.

Disons-le crûment : Jacques Martin, dont c'était la première victoire dans un septième match, après quatre défaites, a eu nettement le meilleur sur Boudreau au cours de cette série.

Un coup de pouce

C'est vrai, le Canadien a profité mercredi soir d'un coup de pouce crucial de l'arbitre Brad Watson, qui a refusé un but à Ovechkin, arguant que le patin de Mike Knuble avait causé de l'obstruction envers Jaroslav Halak.

C'est une décision qui sera critiquée à Washington de manière aussi virulente que celle de Kerry Fraser de refuser le but d'Alain Côté l'avait été à Québec, il y a 23 ans. Brad Watson est mieux d'apporter des bouchons la prochaine fois qu'il arbitrera au Verizon Centre... et la fois d'après aussi. Il n'a pas fini d'entendre les huées des partisans des Capitals.

Si on applique le règlement à la lettre - ce qu'un arbitre est censé faire, après tout - le but devait sans doute être refusé. Le problème, c'est que neuf fois sur 10, les arbitres ferment les yeux sur les gestes anodins comme celui de Knuble. Surtout que sur la reprise vidéo, le vétéran des Caps semble effleurer Halak au moment où la rondelle pénètre dans le filet, pas avant.

Mais les Capitals, rois de la troisième période en saison régulière, avaient encore le temps de remonter la pente, comme ils l'avaient fait de façon mémorable dans le deuxième match de la série, qu'ils avaient remporté 6-5 en prolongation.

Qu'ils aient échoué tient pour beaucoup, j'y reviens, à l'effort collectif du Canadien. Je peine à trouver des joueurs en bleu-blanc-rouge qui n'ont pas apporté une contribution dans cette victoire. Scott Gomez et Brian Gionta étaient infatigables. Maxim Lapierre s'est moqué de Mike Green sur le but gagnant de Dominic Moore. Marc-André Bergeron n'a joué que quatre minutes, mais il a trouvé le temps de marquer un but. Le moins bon a probablement été Andrei Kostitsyn, mais il a quand même bloqué deux tirs.

Je regardais le match et je ne pouvais m'empêcher de faire des comparaisons avec l'Inter de Milan, qui, quelques heures plus tôt, avait sorti Barcelone en demi-finale de la Ligue des champions. Se défendant à 10 pendant une heure, les hommes de Jose Mourinho n'ont eu possession du ballon que 25% du temps et ont encaissé attaques par-dessus attaques de Lionel Messi et compagnie. Ils ont plié, mais ils n'ont pas rompu.

Le Canadien a fait pareil. Et il est maintenant confronté au défi de battre les champions en titre de la Coupe Stanley. La logique commanderait de dire qu'ils n'ont aucune chance. Pas contre Sidney Crosby. Mais après la série que nous venons de voir, qui oserait parier contre Jaroslav Halak et le Canadien de Montréal?