Les quatre économistes choisis par le ministre des Finances pour le conseiller sur les enjeux budgétaires lui ont envoyé, cette semaine, un message que celui-ci ne voulait peut-être pas entendre. Ce qu'ils disent en substance, c'est que les mesures prévues pour rétablir l'équilibre budgétaire ne suffiront pas et qu'il faudra aller plus loin.

Mis à jour le 24 févr. 2010
Alain Dubuc, collaboration spéciale
Alain Dubuc, collaboration spéciale LA PRESSE

Selon le plan du gouvernement Charest, les deux tiers de l'effort pour ramener à zéro d'ici 2013-2014 proviendraient des augmentations de revenus, et un tiers du contrôle des dépenses. Dans leur troisième fascicule, les économistes proposent qu'on agisse autant du côté des dépenses que de celui des revenus: 50-50 plutôt que 66-33.

 

La différence entre les deux formules peut sembler anodine, mais les conséquences sont importantes. Il est facile d'augmenter les revenus. Une réduction des dépenses exige un effort considérable, des décisions difficiles et impopulaires. Le ministre Bachand osera-t-il écouter ses conseillers?

Dans son dernier budget, Monique Jérôme-Forget avait proposé trois axes d'intervention pour ramener à zéro un déficit qui, autrement, aurait atteint 11,3 milliards en 2013-2014. Des hausses de revenus de 2,4 milliards (1% de TVQ, lutte à l'évasion fiscale, indexation de certains tarifs), un plan pour ramener de 4,6% à 3,2% la croissance des dépenses de programme, ce qui dégagerait 2,9 milliards, et 5,1 milliards en mesures à identifier. Depuis, on sait qu'on voulait le faire en augmentant les revenus, d'où le débat sur la tarification.

Selon les économistes, ce scénario réussira à ramener le déficit à zéro. Mais on ne fera que gagner du temps. Le problème restera entier, car les dépenses continueront à augmenter plus vite que les revenus, avec un retour aux déficits après 2013 et à des crises financières à répétition. La solution durable consiste à réduire davantage les dépenses pour qu'elles soient sous contrôle et que leur croissance ne dépasse pas celle des revenus.

Une formule 50-50 implique que la croissance annuelle des dépenses devrait être limitée à 2,5%. Au lieu d'aller chercher 3,9 milliards, Québec devrait trouver des économies de 5,6 milliards sur une période de quatre ans pour y arriver. C'est un effort bien moins exigeant qu'en 1995. Mais c'est beaucoup.

Pour y parvenir de façon intelligente, sans coupures et sans ruptures de services, on ne pourra pas éviter de s'attaquer aux secteurs de la santé et de l'éducation, qui comptent pour 60% des dépenses publiques. C'est un véritable choix de société.

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Aux antipodes, on trouve un autre choix de société, celui de la Fédération des médecins spécialistes. Lundi, j'ai critiqué leur campagne publicitaire, que j'ai qualifiée de simpliste et d'intellectuellement malhonnête. La FMSQ n'est pas identifiée dans ces messages télévisés, et elle tente de vendre au public des hausses de taxes en principe attrayantes sans dire que c'est pour payer les salaires des spécialistes.

Le président de la FMSQ, le Dr Gaétan Barrette, a réagi à mes propos à l'émission de Christiane Charrette, en affirmant que cette campagne visait plutôt à s'inscrire dans un débat de société, et à démontrer qu'avec des hausses de revenus, le gouvernement pourrait à la fois éliminer son déficit, éviter les coupures, et satisfaire aux demandes des médecins et des autres professionnels.

Où mène cette logique, qui ne prévoit aucune forme de rationalisation, et qui repose exclusivement sur une hausse des revenus? Elle mène à une croissance des dépenses du gouvernement supérieure à celle que nous connaissons. Et donc à une augmentation du poids de l'État québécois dans l'économie. Et à une pression fiscale qui deviendra intolérable. Un seul parti politique propose un tel choix. Est-ce que la FSMQ a l'intention d'appuyer Québec solidaire aux prochaines élections?