Les ménages aux finances fragiles n'auront plus accès à la propriété ou presque. Ainsi en a décidé le gouvernement Harper en introduisant une série de mesures limitant de façon importante l'accessibilité aux lourdes hypothèques...

Mis à jour le 17 févr. 2010
Michel Girard
Michel Girard LA PRESSE

Selon la grille officielle des prêts hypothécaires actuellement en vigueur, le taux variable est de 2,25% à comparer à 5,50% pour le terme fixe de 5 ans. Par tranche d'hypothèque de 100 000$, l'hypothèque à taux variable revient à 435$ par mois alors que l'hypothèque à taux fixe de 5 ans nécessite un débours mensuel de 610$. On parle donc d'un écart de 175$ par mois, soit 2100$ par année.

Pour bien des ménages, cet important écart hypothécaire entre le taux variable et le taux fixe de cinq ans va devenir une barrière qui les empêchera d'accéder à la propriété.

Pourquoi? Parce que le gouvernement Harper vient de restreindre l'accessibilité à l'assurance hypothécaire garantie par l'entremise de la SCHL (Société canadienne d'hypothèques et de logement).

Quel est le principal motif derrière cette mesure restrictive d'accessibilité à la propriété?

La réponse se retrouve dans cette déclaration du ministre des Finances Jim Flaherty: «Cela aiderait les Canadiennes et les Canadiens à faire face à des hausses de taux d'intérêt dans l'avenir.»

Le message m'apparaît clair: comme les taux d'intérêt vont grimper au fil des prochains semestres, il faut que les ménages aient les reins financiers assez solides pour pouvoir éponger l'éventuelle hausse de leurs versements hypothécaires.

Prenons l'hypothèque à taux variable, laquelle est basée sur le taux préférentiel. De 2,25%, les économistes du Mouvement Desjardins prévoient que le taux préférentiel pourrait atteindre les 7,0% en 2014. L'hypothèque de cinq ans passerait de 5,50% à quelque 7,85% dans quatre ans. Chose certaine, les taux hypothécaires ne peuvent suivre qu'une seule direction: à la hausse.

En même temps, il est également clair que le gouvernement Harper veut freiner l'enthousiasme actuel du marché immobilier résidentiel. Entre nous, il craint la naissance d'une nouvelle bulle immobilière.

Dans un récent discours, le conseiller David Wolf, de la Banque du Canada, a sonné l'alarme. «À la faveur de la reprise économique au Canada, le secteur du logement s'est fortement redressé. Les ventes de maisons existantes ont atteint un nouveau sommet et les prix sont presque revenus aux niveaux inégalés qu'ils avaient enregistrés en 2008.»

Il attribue cette relance immobilière à deux facteurs. D'abord, l'accessibilité à la propriété n'a jamais été, dit-il, aussi favorable à cause des taux d'intérêt se situant actuellement à des creux historiques. Et ensuite, au regain de confiance des consommateurs.

Cette reprise du secteur du logement s'est accompagnée, ajoute-t-il , d'une hausse très rapide de l'endettement des ménages. Le ratio de la dette au revenu des ménages a atteint un nouveau sommet de 142% au second trimestre de 2009.

Conséquence? Le conseiller de la Banque du Canada affirme que ces niveaux d'endettement élevés des ménages rendent ceux-ci vulnérables aux hausses des coûts d'emprunt.