Le 4 novembre dernier, la Ligue de hockey de l'Ontario a suspendu Michael Liambas, des Otters d'Erie, pour le reste de la saison, mettant ainsi un terme effectif à la carrière de l'attaquant de 20 ans dans le junior majeur.

Jean-François Bégin
Jean-François Bégin LA PRESSE

Le crime de Liambas? Cinq jours plus tôt, il avait brutalement aplati dans la bande le défenseur Ben Fanelli, des Rangers de Kitchener. Atteint à la tête, Fanelli avait subi une fracture du crâne, une fracture de l'os orbital et des lacérations au visage. Il n'a pas rejoué au hockey depuis.

Liambas était arrivé comme un train derrière le filet adverse et n'avait jamais ralenti avant de percuter Fanelli, dont la tête avait heurté violemment une attache de la baie vitrée. «Les joueurs doivent comprendre qu'ils seront tenus responsables de leurs actions, avait déclaré le commissaire de la Ligue de hockey de l'Ontario (OHL), David Branch. Nous devons travailler tous ensemble pour améliorer le niveau de respect des joueurs envers leurs adversaires et envers leur sport en général.»

Si Liambas méritait d'aller méditer chez lui pour le reste de la saison, Patrice Cormier, des Huskies de Rouyn-Noranda, devrait en toute justice, et au minimum, recevoir une sanction similaire pour son agression envers Mikaël Tam. Son coup de coude à la tête du défenseur des Remparts de Québec était un geste salaud, vicieux et dangereux, un geste qu'on ne peut même pas qualifier d'irréfléchi tant il est évident qu'il était prémédité.

Pour le respect, on repassera.

Choix de deuxième ronde des Devils du New Jersey en 2008 et capitaine d'Équipe Canada junior au récent championnat du monde, Cormier a fait preuve d'une négligence absolue envers un adversaire qui n'avait même plus la rondelle. Avec pour résultat que Tam est entré en convulsions sur la glace. Les images du jeune homme, le corps agité de spasmes incontrôlables, ont glacé le sang de quiconque les a vues.

Le préfet de discipline de la LHJMQ, Raymond Bolduc, n'a pas le choix. Sa crédibilité et celle de la ligue sont en jeu. S'il ne bannit pas Cormier pour le reste de l'année, séries incluses, il se fera accuser, avec raison, de vouloir protéger une des vedettes du circuit plutôt que de dispenser une justice équitable. D'autant plus que Cormier a des antécédents: il a blessé le Suédois Anton Rodin au nez avec un coup de coude similaire lors d'un match hors-concours, le mois dernier.

«Les coups à la tête sont inacceptables. On ne peut pas tolérer ça dans le monde du hockey, a dit le président des Remparts, Claude Rousseau, joint au téléphone, hier. Je ne veux pas faire le procès du hockey, un sport de rapidité et un sport physique. Mais il y a une grosse différence entre un sport physique et un sport vicieux. C'est un geste qui mérite d'être puni sévèrement. Il faut une punition réellement exemplaire.»

Imiter l'OHL?

À la lumière de ce qui s'est produit à Rouyn, les Remparts ont l'intention de ramener sur le tapis la possibilité d'imiter l'OHL, dont le livre de règlements interdit depuis quatre saisons tous les coups à la tête, y compris les coups d'épaule jugés légaux dans la LHJMQ et la Ligue nationale. L'arbitre peut infliger une punition mineure, une majeure ou une inconduite de partie, selon la gravité de l'impact.

Les Mike Milbury de ce monde - ces grands penseurs qui déplorent la «moumounisation» du hockey - affirment que la nouvelle réglementation sur les coups à la tête a rendu le hockey moins «physique» dans l'OHL. Ils ont tort, soutient le vice-président de la ligue, Ted Baker. «Le jeu est resté très viril. Nous n'avons pas éliminé les dures mises en échec, nous avons essayé de réduire les coups à la tête.»

De fait, les recruteurs de la LNH ne boudent pas l'OHL depuis qu'elle a resserré sa réglementation. Au contraire: la proportion des joueurs issus de la ligue ontarienne parmi tous ceux sélectionnés lors du repêchage amateur a bondi de 12,1% en 2002 à 21,8 et 21,4% lors des deux dernières années, rapportait récemment le Toronto Star. Pas si moumounes que ça, les Ontariens, faut croire.

À long terme, une réglementation inspirée de ce qui se fait chez nos voisins pourrait contribuer à réduire le nombre de blessures à la tête, sans conteste le grand fléau du hockey moderne. L'idée mérite d'être appuyée.

Cela dit, il ne faut pas se bercer d'illusions. Une sévérité accrue ne ferait pas disparaître les gestes sauvages comme celui de Cormier. Aucune ligue n'est immunisée contre les têtes brûlées, comme l'incident Liambas/Fanelli l'a démontré.

D'ailleurs, depuis qu'il a été banni, Liambas s'est trouvé du boulot avec le PrairieThunder de Bloomington, de la Ligue internationale... qui l'a promptement suspendu pour cinq matchs après qu'il eut frappé par derrière un adversaire, lui causant une rupture de la rate! C'est pas parce qu'on rit que c'est drôle.

S'il est suspendu, Cormier pourrait bien profiter d'une échappatoire semblable. Il n'aurait qu'à aller finir la saison avec le club-école des Devils, dans la Ligue américaine. À moins, bien sûr, que la LAH ait le bon sens de respecter et d'appliquer le verdict de la LHJMQ. Souhaitons-le.