Pendant que l'or se négocie à un prix historiquement élevé, les actions des mines juniors qui ont pignon sur rue au Québec se négocient à des cours ridiculement bas.

Mis à jour le 14 déc. 2009
Michel Girard
Michel Girard LA PRESSE

Historiquement, lorsque le prix de l'or grimpe, les actions des compagnies aurifères emboîtent le pas et grimpent substantiellement. Le mouvement à la hausse commence généralement par les grandes compagnies productrices d'or, qui ont d'ailleurs le don d'anticiper de quelques mois la hausse du cours de l'or métal. Suivent ensuite à la hausse les compagnies aurifères de taille moyenne, puis les petites sociétés productrices. Et en bout de piste, on retrouve les mines juniors de l'exploration aurifère qui finissaient par emboîter le pas...

Mais cette fois, les mines juniors du Québec n'ont pas suivi le mouvement haussier alors que le cours de l'or se transige à des niveaux de plus en plus élevés. Comment peut-on expliquer ce phénomène boursier?

Claude St-Jacques, président de la Société d'exploration minière Vior, croit avoir la réponse, du moins une certaine partie de l'explication.

Concernant à tout le moins les mines juniors du Québec, M. St-Jacques attribue la faiblesse du cours des actions au fait que les petits spéculateurs québécois ne sont pas redevenus actifs dans le marché des petites sociétés d'exploration minière. Ils brillent par leur absence. Donc faute de spéculateurs, il n'y a pratiquement pas de demande pour les mines juniors du Québec. Du moins depuis la grande déconfiture boursière qui a durement frappé le monde entier entre septembre 2008 et début mars 2009.

Et comme la Bourse est avant tout un jeu d'offre et de demande, faute de demande, le prix des actions des mines juniors québécoises végètent dans les bas-fonds de la Bourse. Notez que plusieurs petites sociétés d'exploration minière des autres provinces bénéficient, elles, d'une meilleure «passe» boursière, grâce notamment aux spéculateurs de Toronto.

Quoi qu'il en soit, la faiblesse chronique du cours des actions des mines juniors québécoises soulève un important problème de financement. Des compagnies sont en train de diluer grandement la valeur de leurs actions en procédant à des émissions d'actions à trop faibles prix.

Claude St-Jacques, lui, tente de contourner ce problème de dilution de la valeur des actions de Vior en essayant d'obtenir du financement par l'entremise de royautés à verser sur l'éventuelle production d'or de l'entreprise. Il faut dire que sa société détient des réserves aurifères dans son portefeuille de propriétés minières. Il faut croire que M. St-Jacques garde confiance dans le potentiel boursier de sa société puisqu'il a lui-même investi cette année plus de 50 000$ dans l'achat sur le marché de blocs d'actions de sa mine.

Cela dit, nombre de promoteurs québécois gardent manifestement espoir dans le potentiel boursier de leurs mines juniors. Rien de mieux que de se fier aux transactions d'achat des initiés de mines juniors pour s'en rendre compte. Voici un compte rendu partiel des achats effectués au cours des derniers par des initiés de mines juniors.

> Société d'exploration Vior: Jacquelin Gauthier (20 000$: 160 000 actions à 12,5 cents)

> Exploration Diamond Frank: Pascal Ducharme (5000$: 100 000 actions à 5 cents)

> Exploration Dios: Marie-Josée Girard (31 400$: 157 000 actions à 20 cents)

> Exploration First Gold: Jean-Sébastien Lavallée (20 000$: 20 0000 actions à 10 cents)

> Ressources Robex: (Gabriel Alarie (10 000$: 100 000 actions à 10 cents)

> Corporation minière Rocmec: Donald Brisebois (10 500$: 100 000 actions à 10,5 cents)

> Ressources Dianor: Daniel Duval (2730$: 39 000 à 7 cents)

> Ressources Sirios: Dominique Doucet (6000$: 60 000 actions à 10 cents)

> Mines d'or Dynacor: Richard Devitre (4600$: 20 000 actions à 23 cents)

> Mines Cancor: David Crevier (4800$: 160 000 actions à 3 cents)

> Ressources Beaufield: Jens Eskelund-Hansen (12 000$: 100 000 actions à 12 cents)

> Ressources Melkior: Jean Eskelund-Hansen (6900$: 30 000 actions à 23 cents)

> Exploration Orex: Mark Antony Billings (50 000$: 50 0000 actions à 10 cents)

> Ressources d'Ariane: Bernard Lapointe (6300$: 45 000 actions à 14 cents)

> Ressources Abitex: Robert Bryce (18 000$: 120 000 actions à 15 cents)

Remarquez que plusieurs transactions d'achat portent sur l'acquisition d'actions accréditives, lesquelles «rapportent» d'alléchantes économies d'impôt aux acquéreurs. Les déductions fiscales accordées sur les actions accréditives (pour le financement de travaux d'exploration) réduisent le prix d'acquisition d'environ 50% à 60%. Les investisseurs risquent quand même de perdre de l'argent si l'action de la mine junior se ramasse au bord du trou, comme ç'a été le cas de plusieurs d'entre elles depuis les deux dernières années.