Dans tous les pays où l'État a voulu lever l'interdiction d'ouvrir les commerces le dimanche, cela a fait l'objet d'un débat émotif. Presque partout, la controverse s'est soldée par la défaite des partisans du dimanche chômé.

Publié le 26 juill. 2009
André Pratte LA PRESSE

Au Québec, le débat s'est fait dans les années 1980. Finalement, en 1992, le gouvernement Bourassa a autorisé l'ouverture des commerces le dimanche, à certaines conditions. Aujourd'hui, c'est en France que la discussion fait rage. Jeudi dernier, le Sénat français a adopté de justesse un projet de loi qui permettra à un plus grand nombre d'établissements d'ouvrir leurs portes le dimanche. Mais les jeux ne sont pas faits; l'opposition socialiste a annoncé qu'elle contesterait le nouveau texte devant le Conseil constitutionnel, l'équivalent de notre Cour suprême.

Ce projet est cher au président, Nicolas Sarkozy. «Pourquoi continuer d'empêcher celui qui le veut de travailler le dimanche? a lancé le président l'an dernier. C'est un jour de croissance en plus, c'est du pouvoir d'achat en plus.» Et d'ajouter: «Est-il normal que le dimanche, quand Mme Obama veut avec ses filles visiter les magasins parisiens, je dois passer un coup de téléphone pour les faire ouvrir?»

La première mouture du projet de loi, déposée en 2008, a suscité un tel mécontentement, même au sein du parti du président, qu'on a dû la retirer. La version qui a finalement été adoptée est édulcorée et d'une complexité toute française. Dans les «zones touristiques et thermales», tous les commerces, sauf les grandes surfaces alimentaires, pourront employer des salariés le dimanche. Il en est de même pour les «périmètres d'usage de consommation exceptionnel» (les PUCE!) de Paris, Aix-Marseille et Lille. Partout ailleurs, les commerces ne pourront ouvrir plus de cinq dimanches dans l'année. Les conditions offertes aux salariés devant travailler le dimanche varieront selon que leur commerce est situé dans un PUCE ou une zone touristique; certains recevront le double de leur rémunération habituelle.

Selon le gouvernement, la libéralisation du travail le dimanche ne touchera pas plus de 500 communes; l'opposition parle plutôt de 6000 communes (une commune sur six).

Selon l'éditorial du Figaro (droite), «aucune interdiction, dans le respect de la durée légale du travail des salariés, ne devrait empêcher l'activité dominicale.» Ce à quoi un porte-parole socialiste réplique que la nouvelle loi «remet en cause les principes du droit au repos dominical.»

Vu du Québec, le débat français paraît dépassé. La question est réglée, ici comme dans la plupart des pays occidentaux. Pourtant, sommes-nous certains d'avoir fait le bon choix?

Au Royaume-Uni, la libéralisation du commerce le dimanche a provoqué la création d'un groupe baptisé Keep Sunday Special. Le nom est bien choisi. Il est vrai qu'autrefois, le dimanche était une journée spéciale, une journée plus calme, réservée au repos et aux activités familiales et spirituelles. De nos jours, le dimanche est un jour comme les autres. Pour beaucoup de gens, c'est une journée de travail, forcément. Pour les autres, le dimanche est comme le samedi, une journée de ménage, de loisirs... et de magasinage.

Cette évolution était sans doute inéluctable, le monde d'aujourd'hui étant à la course 24 heures sur 24, 7 jours par semaine. Cela dit, il se peut que nous ayons perdu un petit quelque chose d'intangible que nous aurions eu intérêt à préserver. Sur ce point, les Français qui résistent n'ont peut-être pas tort.