Les dernières heures du séjour en Europe du premier ministre Jean Charest ont été aimablement saluées, hier, par une sortie de l'illustre écrivain Jean-Marie Le Clézio contre l'État québécois. Dans le quotidien Le Monde, le prolifique auteur crucifie le projet hydroélectrique de la Romaine qui, selon lui, est «monstrueux» au point de vue environnemental et «condamne à mort» les autochtones de la région.

Mario Roy LA PRESSE

Le Prix Nobel de littérature (2008) estime qu'Hydro-Québec, une «multinationale caractéristique du grand capitalisme», déclenche un «désastre écologique». Et ce, après avoir floué la «tribu innue» visiblement incapable de discerner son véritable intérêt, devenant ainsi victime de la «civilisation industrielle» et du «monde technocratique moderne»...

 

Ouf.

Disons-le: cette bulle tombant des plus hauts cénacles de la curie littéraire française est extraordinairement irritante.

Dépouillée de son lyrisme, elle apparaît en effet comme une courtepointe de folklore rural, de banalité pseudo-rebelle et de rousseauisme condescendant tricotée tellement serré qu'on ne trouve plus le fil sur lequel tirer.

Faut-il d'abord signaler que la nation - et non la «tribu» - innue n'a pas pour vocation première de fournir à l'homme blanc du pittoresque (Ah! La «rivière sacrée» et son «gibier», ses «baies pour la collecte» et ses «plantes médicinales»...)? Que cette nation, loin d'être impuissante, se débrouille fort bien dans la négociation et la relation publique, y compris aux États-Unis et en France? Qu'elle n'est pas, elle, repliée sur le folklore et ne rejette pas en bloc la modernité? Qu'au Québec, d'autres nations autochtones ont, par le passé, su brillamment profiter des retombées de projets comparables à celui de la Romaine?

Est-il opportun de noter ensuite qu'Hydro-Québec n'est pas exactement une multinationale capitaliste, mais plutôt une société d'État, entière propriété de la population québécoise? De noter aussi que l'hydroélectricité demeure jusqu'à nouvel ordre la façon la plus verte de produire de l'énergie en grande quantité? Et que, éventuellement vendue aux États-Unis (pour la plus grande santé de notre trésor public), elle y offrira une solution alternative au charbon?

Enfin, est-il vraiment nécessaire d'expliquer que nos cabanes au Canada sont surtout chauffées à l'électricité, ce qui nous évite de geler comme des crottes lorsqu'il fait moins 30 dans nos grands espaces?