Pour être bien franc, je perds le fil des batailles et des stratégies qui se jouent et se tissent pour mettre la main sur le Canadien. Hier matin, un informateur m'a prévenu que Pierre Boivin était très actif avec le groupe dirigé par Graeme Roustan, ce Canadien qui vit maintenant aux États-Unis et pour qui Boivin a travaillé il y a quelques années chez Bauer.

Réjean Tremblay LA PRESSE

Ça confirmait les informations de mes propres sources, qui me tenaient pareils propos le week-end dernier et qui soutenaient que Boivin pourrait très bien se retrouver dans un groupe d'acheteurs du Canadien.

Puis, hier en après-midi, les trois jeunes frères Molson ont annoncé qu'ils étaient intéressés à acheter le Canadien et à ramener l'équipe et le Centre Bell dans le giron familial.

Celle-là, je ne l'avais pas vue venir. Pourtant, j'aurais dû. La famille Molson, depuis que le sénateur Hartland Molson a été propriétaire du Canadien avec son frère, a toujours eu un lien direct avec l'équipe.

Sauf qu'à une époque, c'était pas mal plus simple à suivre.

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Je pense que c'était pendant l'été 1978. Peut-être en août. Je jasais avec Fernand Roberge, directeur général du Ritz-Carlton à l'époque où le Ritz était la grande dame de Montréal. C'était un cocktail quelconque. Grosses légumes. M. Roberge, qui allait devenir un ami très cher dans d'autres circonstances passionnantes, m'avait juste glissé quelques mots: «C'est pas moi qui te l'ai dit, mais il y a quelques jours, j'ai entendu discuter de l'achat du Canadien par la brasserie Labatt. Vérifie, t'as sans doute une bonne histoire.»

Les propriétaires de l'équipe étaient les frères Peter et Edward Bronfman, des cousins de Charles, propriétaire des Expos. Deux gentlemen qui suivaient parfois l'équipe à l'étranger et qui étaient d'une gentillesse désarmante. Pour eux, le Canadien était une autre patente dans un empire qui comprenait Carena Bancorp et autres compagnies.

Ça se passait comme aujourd'hui. Pas moyen d'obtenir une confirmation de ce que je savais. Mais je faisais confiance à Fernand Roberge. Quand on est grand patron du Ritz, on est plus fiable qu'un premier ministre, c'est connu. Effectivement, Labatt négociait avec les frères Bronfman.

La nouvelle avait eu son petit impact. Tellement que, deux jours plus tard, Molson prenait tout le monde par surprise en offrant deux millions de plus que Labatt et s'offrait le Canadien pour 20 ou 22 millions.

Pendant plusieurs années, c'est avec la grande brasserie de la rue Notre-Dame qu'on allait négocier les petits plaisirs du métier.

Justement, l'autre midi à Saint-Jérôme, j'ai rencontré Jacques Allard, l'ancien président de la brasserie. Ça nous a fait plaisir à tous les deux même si, certains matins, M. Allard appelait à la maison complètement furieux des mauvais coups de Marcel Aubut. Pourtant, j'avais rien à voir dans les combines à Marcel...

En fait, Molson a toujours fait partie de ma vie professionnelle. Que ce soit la brasserie ou la famille. Que ce soit avec le Canadien ou avec le Grand Prix du Canada ou le Molson Indy. Les Molson étaient encore dans le décor quand on a essayé d'acheter le Grand Prix du Canada avec George Gillett, il y a quelques années, en passant outre aux efforts de Martin Cauchon avec Normand Legault pour négocier directement avec le bureau de Jean Chrétien.

Si la famille Molson rachète le Canadien, ce sera un simple retour à la normalité.

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Au fait, où est donc passé Fernand Roberge?

Martin Havlat... ligue de broche à fouin

Les séries éliminatoires de la LNH offrent du hockey fabuleux. Malheureusement, l'arbitrage est tellement déficient que le jeu des plus brillants joueurs se détériore à chaque match.

Et il y a le cas Martin Havlat. Le grand Tchèque a perdu connaissance en recevant une dure mise en échec lors du troisième match. Knock-out. Commotion cérébrale grade 3. Dans la boxe, sport brutal et parfois primaire s'il en est un, les règlements obligent un boxeur qui a subi un knock-out à rester inactif pendant un mois. Le temps de récupérer.

Mais les Blackhawks de Chicago n'en ont rien à faire, de la santé et de l'avenir de Martin Havlat. Avec la complicité des médecins de l'équipe et le courage inconscient du joueur, ils ont incité Havlat à revenir au jeu. De la folie pure. À la première mise en échec, Havlat a été forcé de se retirer dans le vestiaire pour de bon.

Comment une association professionnelle peut-elle tolérer pareille barbarie et fermer les yeux sur une situation aussi dangereuse pour la santé d'un individu?

Les boxeurs sont mieux protégés au Québec par la Régie... C'est bien pour dire.

DANS LE CALEPIN - Vous avez été 137 à m'écrire pour me préciser que Dracon était un Athénien et non un Romain. Je le savais, c'était pour voir si vous étiez attentifs... Par contre, dites-moi donc pourquoi l'empereur Vespasien est si célèbre...