Insatisfaits des réponses obtenues en commission parlementaire, les partis de l'opposition et une association de retraités réclament la mise sur pied d'une commission d'enquête sur les pertes de la Caisse de dépôt. À notre avis, une telle commission serait interminable, coûteuse et inutile.

André Pratte LA PRESSE

Des causes des pertes de 40 milliards - réelles et sur papier -, on sait maintenant l'essentiel. Une partie de ces pertes était inévitable, causée par l'effondrement des marchés.

 

Une autre partie s'explique par les politiques d'investissement de l'institution, certaines bien fondées mais qui se sont retournées contre elle, d'autres mal avisées. Enfin, l'investissement massif dans les PCAA non bancaires fut une erreur monumentale.

L'opposition aimerait prolonger le supplice. Cependant, l'heure est venue de penser à l'avenir de la Caisse. Dans nos pages samedi dernier, le député péquiste François Legault proposait «une réflexion fondamentale sur la mission» de la Caisse. Une commission d'enquête ne serait pas un forum approprié pour une telle réflexion. Le gouvernement devrait plutôt mettre sur pied un groupe d'experts qui ferait rapport à l'Assemblée nationale sur les moyens de prévenir de tels dérapages et, plus largement, sur ce que devraient être la mission de la Caisse et la gestion de ses actifs dans le nouveau monde financier qui prend forme. C'est cette voie qu'a proposée Jacques Parizeau dans une entrevue au canal Argent: «On établit une commission d'enquête lorsqu'on pense qu'il y a eu de la malhonnêteté ou des irrégularités, ce qui n'est pas le cas du tout. Des experts devront se pencher sur la situation et nous dire, à l'avenir, voici comment il faudra procéder.»

Parmi les questions qu'un tel groupe devrait étudier, il y a celle du niveau de risque. On a beaucoup dit que sous Henri-Paul Rousseau, la Caisse était devenue obsédée par le rendement. En réalité, il y a belle lurette que la Caisse n'a plus rien d'un bas de laine. Les dirigeants de l'institution, qu'ils aient été nommés par les libéraux ou les péquistes, n'ont cessé de faire pression sur le gouvernement pour que soient levées les contraintes autrefois imposées par la loi et que la Caisse puisse placer son argent dans des véhicules plus rentables (forcément plus risqués). Si l'on souhaite que la Caisse soit désormais plus prudente, il faudra accepter que ses rendements moyens soient plus faibles. Devrait-on amender la loi pour circonscrire la marge de manoeuvre des gestionnaires de la Caisse? Ou bien la nouvelle organisation de gestion de risque mise en place par Michael Sabia sera-t-elle suffisante?

La baisse de la part des actifs de la Caisse investis dans des entreprises québécoises suscite une inquiétude légitime. Ce glissement ne date pas d'hier. «Quand on connaît bien un marché, c'est aussi prudent d'investir à Paris qu'à Montréal», soutenait Jean-Claude Scraire il y a une dizaine d'années. Le mouvement s'est toutefois accéléré sous M. Rousseau. Faudrait-il imposer à la Caisse un seuil minimal de participations québécoises? Ce n'est certainement pas notre avis mais la question doit être étudiée et vidée.

Bref, le débat de fond doit succéder à l'inquisition.