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Documentaires

Pierre Foglia
La Presse

Si je vous dis: un documentaire sur l'enseignement de la musique dans une école primaire de Sherbrooke?

Ne faites pas cette tête-là.

Et si je vous dis, en plus : un documentaire sur des enfants trisomiques en expédition au Machu Picchu?

O.K. J'ai compris. Suffit que je dise documentaire et vous faites la gueule. Je suis un peu comme ça aussi, remarquez. Eh bien! on a tort. Surtout pour le premier des deux documentaires dont je vais vous parler.

... et la musique est un film de Michel Lam produit par l'ONF, qui prend l'affiche aujourd'hui à Montréal et Sherbrooke. ... et la musique montre des enfants qui sont contents d'aller à l'école, des profs qui sont contents d'enseigner. On veut bien dans une fiction, mais dans un documentaire? Est-ce dire que ces choses-là existent pour vrai? Oui, madame. Dans une école privée alors? Non, madame. Ça se passe à l'école primaire du Sacré-Coeur de la Commission scolaire de Sherbrooke, 600 élèves. On en suit trois : Alexis, 6 ans, Rachel, 9 ans et Anne-Catherine, 11 ans. Le documentariste a eu l'intelligence de ne pas en faire des vedettes, seulement des poissons-pilotes qui nous mènent aux autres. Les vraies vedettes du film, c'est la musique, les instruments, l'école, l'enseignement, les profs, un environnement, un état d'enseignement qui fera rêver bien des parents, j'en suis sûr.

Ce n'est pas vraiment un film sur l'enseignement de la musique, plutôt sur l'enseignement tout court, sur l'éducation. On comprend tout de suite que ces enfants-là ne deviendront pas des virtuoses, ce n'est pas l'idée non plus. L'idée, magnifique, et même grandiose, est celle qui est au coeur de tout projet éducatif: apprendre à apprendre. On comprend tout de suite que ces enfants-là seront meilleurs en français, en sciences, en mathématiques, grâce à la musique certes, mais on comprend aussi que cela pourrait être grâce à l'équitation, au tricot, à la littérature... Je dis n'importe quoi exprès pour qu'on m'entende bien: apprendre à apprendre à travers une passion.

Et on ne s'étonnera pas, bien sûr, que l'auteur de ce petit bijou de film soit justement allé à cette école-là.

***

Ce qui rebute dans les documentaires, c'est souvent la narration, souvent déclamatoire. Pensez au ton de l'émission dominicale Découverte: oh! lala-la ma bobinette, ce ton-là. Dans ... et la musique, il n'y a ni narration, ni commentaires. On laisse parler les images.

Dans Trisomie 21 - Le défi Pérou, l'autre documentaire au menu d'aujourd'hui, il y a un commentaire, et c'est dommage. Défi Pérou est aussi, dans un certain sens, un documentaire sur l'éducation. La nôtre. On nous montre de jeunes adultes trisomiques en route vers le Machu Picchu qui n'est pas une si haute montagne, mais qui se dresse, pour eux, comme un Himalaya. Ce qu'on veut nous dire est évident: voyez, ils sont capables.

C'est une bien folle idée d'avoir monté cette expédition. Il ne m'étonne pas, d'ailleurs, qu'elle ait été parrainée par un garçon que j'aime beaucoup, Jean-Marie Lapointe.

Vous ai-je déjà parlé de Jean-Marie? Vous allez rire, Jean-Marie, c'est ma Susan Boyle à moi! Jean-Marie avait (a encore?) tout pour me faire hurler. Fils de. Beau comme le sont les vedettes chromées des émissions de télé que je ne regarde jamais. Animateur, comédien, et je ne sais trop quoi d'autre dans ce milieu-là. Le hasard a voulu qu'on se croise à Sainte-Justine, il y a quelques années, au chevet d'un ado en train de mourir d'un ostéosarcome, Jean-Marie comme bénévole de Leucan, moi comme voisin de ce garçon qui s'appelait Timothée, décédé en 2003. Il faut que tu écrives un papier sur Jean-Marie, m'avait demandé Timothée avant de mourir...

Qu'est-ce que tu veux que je dise?

Qu'il est absolument formidable. C'est mon héros.

Jean-Marie a illuminé les derniers mois de la courte de vie de Timothée. Je ne le lui ai jamais dit, mais il est devenu mon héros aussi. Vous dites bonté et je pense à Jean-Marie, et aussi, je rougis un peu du regard que je poserais sur lui aujourd'hui si je ne l'avais pas croisé dans la chambre de Timothée. Ma Susan Boyle, vous dis-je.

Pourquoi je vous raconte ça? Pour vous dire qu'on a tous une (ou deux, ou trois ou 25) Susan Boyle dans son placard. Et aussi qu'il est dans l'ordre de retrouver Jean-Marie Lapointe au coeur d'une expédition aussi sautée que Défi Pérou.

Une demi-douzaine de trisomiques chacun flanqué d'un moniteur, et hop, on monte vers le Machu Picchu par des sentiers qui longent des gouffres vertigineux. Justement une trisomique a le vertige, pas grave ma grande, regarde pas en bas.

Ceux qui aiment les cartes postales trouveront les images magnifiques - on est dans les Andes -, mais même ceux qui ne les aiment pas applaudiront à la réussite de l'expédition et peut-être même essuieront une petite larme.

Peut-être aussi que si je n'étais pas la tête vache que je suis, personne n'eût relevé ce que le commentaire de ce documentaire a parfois d'agaçant. Peut-être que je suis tout seul à n'en plus pouvoir du discours mille fois rabâché du parent d'enfant handicapé qui redit une autre fois combien ces enfants admirables rendent leurs parents... admirables aussi.

Ben oui, ben oui. On a compris. Que vous avez donc de la chance d'avoir des enfants trisomiques plutôt que des enfants mongols comme les nôtres.




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