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La bulle porcine

Jean-Pascal Beaupré
La Presse

Déjà terrassée par sa pire crise économique en 70 ans, la planète en convalescence est menacée d'être alitée de nouveau par une pandémie de grippe porcine. Ça ne pouvait tomber à un plus mauvais moment.

Une épidémie ne causera pas que de la souffrance physique aux populations. Elle ferait aussi très mal au niveau de vie de tous et chacun parce que le commerce international en serait grandement affecté.

 

Une pandémie entraînerait d'abord une montée naturelle du protectionnisme, entrave majeure à une reprise économique, réflexe qui a encore été décrié tout récemment au sommet du G20. Une chute du tourisme et des voyages d'affaires, l'interdiction d'importer des aliments ou d'accepter des travailleurs provenant des pays touchés par le virus: voilà le visage que pourrait prendre ce repli sur soi des nations effrayées.

Dans les pays ravagés par la grippe porcine, l'absentéisme au travail et la réduction des dépenses des consommateurs reclus à la maison mineront inévitablement la croissance économique. La hausse fulgurante des dépenses de santé associées à la lutte contre l'épidémie plomberait aussi les finances publiques.

Plusieurs études récentes ont évalué les conséquences économiques d'une pandémie de grippe. La Banque mondiale a estimé en 2008 qu'il en résulterait une chute de 2 à 5% du PIB mondial. Ce serait pire que la contraction de 1,3% prévue en 2009 par le FMI, en raison de la crise économique.

Il y a deux ans, une étude du ministère canadien des Finances a calculé que le PIB national encaisserait une baisse de 0,9% si le pays était frappé par une forte épidémie de grippe. De son côté, un rapport du Congrès de 2006 a révélé qu'une pandémie modérée ferait culbuter la croissance américaine d'au moins 1%.

Ces études avaient ceci en commun: toutes prévoyaient un rebond spectaculaire de l'économie dans l'année qui suivrait celle de la pandémie. Sauf que leurs conclusions remontent avant l'éclosion de la présente crise financière. Or, les économistes prédisent déjà une reprise très modeste de l'économie mondiale au sortir de la récession. Le patient peinera davantage à se rétablir si une pandémie de grippe porcine de plusieurs mois vient se superposer à la débâcle financière.

Mieux dotés en services de santé, les pays développés pourraient s'en tirer à meilleur compte. Mais qu'arrivera-t-il dans les pays émergents, plus vulnérables, dont la croissance dépend essentiellement des exportations? Leur remise sur pied pourrait s'avérer passablement plus pénible.

Le premier affecté, c'est le Mexique évidemment, qui en arrachait déjà. La récession et la guerre de la drogue ont fait chuter ses recettes touristiques de 20% en quelques mois. La grippe porcine portera un coup fatal à l'industrie. Plusieurs pays ont bloqué l'importation de porc mexicain. Les États-Unis ont aussi fermé la frontière à un nombre croissant de travailleurs mexicains pour protéger les emplois des Américains.

La bulle des technos a crevé en 2000. Puis, récemment, ce fut au tour de la bulle immobilière, encore plus dévastatrice. Cette fois-ci, on craint que le virus de la grippe porcine enfle à vitesse grand V et emporte toute la planète dans la tourmente économique.

jbeaupre@lapresse.ca

 




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