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Travailler, c'est trop dur...

Claude Picher
La Presse

Vous avez l'impression de vous défoncer à l'ouvrage, que les semaines de travail sont de plus en plus longues, que vous n'arrivez plus à «fournir» ?

Eh Bien! vous n'avez pas tort.

Une étude de la sociologue Katherine Marshall, parue hier dans L'Emploi et le revenu en perspective, une publication spécialisée de Statistique Canada, montre qu'en 30 ans, le nombre moyen d'heures travaillées des couples est passé de 58 à 65 heures par semaine. Cela représente une hausse de 13% ou, si vous voulez, l'équivalent d'une journée entière (un peu plus de sept heures) de travail. Nous parlons ici de travail rémunéré.

 

Et dire que, justement dans les années 70, les futurologues nous prédisaient la «civilisation des loisirs» dans les années 2000...

Les chiffres que nous venons de voir cachent toutefois en bonne partie les bouleversements qui ont secoué le marché du travail depuis trois décennies.

En 1976, les familles où les deux conjoints travaillaient à l'extérieur ne représentaient que 4 ménages sur 10, contre 7 sur 10 maintenant.

Évidemment, c'est l'arrivée massive des femmes sur le marché du travail qui a tout changé. En 1976, dans 53% des ménages, seul l'homme occupait un emploi. Aujourd'hui, cette proportion est tombée à 21%.

Lorsque les deux conjoints travaillent, cela fait forcément augmenter le nombre d'heures travaillées des familles.

Un des points les plus intéressants de l'étude concerne la semaine de travail chez les familles où les deux conjoints travaillent. En 1976, nous avons vu que ces ménages formaient une minorité. Ensemble, les deux conjoints travaillaient à l'extérieur, à cette époque, 77,2 heures en moyenne par semaine (33,8 heures pour les femmes et 43,3 heures pour les hommes). En 2008, la semaine de travail des conjoints se situait à 76,7 heures (34,7 heures pour les femmes et 42 heures pour les hommes).

C'est dire qu'en ce qui concerne les ménages à deux revenus, le nombre d'heures de travail n'a pratiquement pas bougé en 30 ans. On peut noter une très légère augmentation des heures travaillées chez les femmes, et une très légère diminution chez les hommes. Pourquoi alors a-t-on l'impression de courir comme des fous à longueur de journée?

Parce qu'il y a plus de ménages à deux revenus, c'est aussi simple que cela.

Dans les années 70, lorsqu'un seul conjoint occupait un emploi, la deuxième (je l'écris au féminin pour des raisons évidentes) s'occupait généralement des courses, du ménage, des travaux domestiques, des enfants. Lorsque cette deuxième conjointe est entrée à son tour sur le marché du travail, comme cela s'est produit massivement, le couple doit se partager les travaux domestiques, et la charge globale de travail augmente pour les deux conjoints, surtout quand il y a des enfants. Même si la participation des hommes aux tâches domestiques tend à augmenter, les femmes continuent d'y consacrer plus d'heures.

L'étude s'étend longuement sur le stress lié au manque de temps.

Pour mesurer le niveau de stress relié à des horaires surchargés, on recueille des renseignements auprès d'un échantillonnage représentatif de répondants.

Ceux-ci sont invités à répondre par oui ou par non à dix propositions comme «Je sens que je n'ai plus le temps de m'amuser», «Je crains de ne pas passer assez de temps avec ma famille ou mes amis» ou «À la fin de la journée, j'ai souvent l'impression que je n'ai pas accompli ce que je voulais accomplir».

Un score de zéro à trois réponses positives indique un niveau de stress tolérable. À plus de sept réponses positives, on considère que le niveau de stress lié aux horaires surchargés est extrême.

Les résultats de l'enquête montrent que, dans l'ensemble, 46% des hommes, mais seulement 33% des femmes, supportent un niveau de stress tolérable. À l'inverse, seulement 19% des répondants masculins vivent un niveau de stress élevé, contre 30% chez les femmes.

Chez les couples à deux revenus comptant au moins un enfant de moins de six ans, le niveau de stress extrême grimpe à 24% chez les hommes et 38% chez les femmes.

Enfin, l'étude établit qu'il existe toujours un écart salarial important entre les hommes et les femmes, mais que celui-ci tend à s'amenuiser. En 2008, les gains hebdomadaires moyens des hommes (avant impôts) se situaient à 1040$, contre 740$ pour les femmes, un écart de 41%. Dix ans plus tôt, cet écart atteignait 52%. Comme les femmes diplômées universitaires sont maintenant plus nombreuses que les hommes sur le marché du travail, leurs salaires augmentent plus rapidement. Ainsi, entre 1997 et 2008, l'augmentation a été en moyenne de 6,7% chez les hommes et de 15,4% chez les femmes.

D'autre part, l'écart de 41% ne tient pas compte de la longueur de la semaine de travail, plus longue chez les hommes que chez les femmes. Heure pour heure travaillée, l'écart fond à 19%.

 




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