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Au diable Khadr... et la Charte

Vincent Marissal
La Presse

Résumé du jugement de la Cour fédérale sur l'affaire Omar Khadr, rendu par le juge James O'Reilly, ce jeudi: en laissant Omar Khadr croupir à Guantánamo, le gouvernement a été complice des mauvais traitements qui lui ont été infligés et le Canada a contrevenu à ses obligations contenues dans la Convention internationale des droits des enfants et celle contre la torture.

Peut-on être plus clair? Difficilement, mais cela, apparemment, ne réussira pas à ébranler le gouvernement, qui maintient, contre toute logique juridique, sa décision de laisser Omar Khadr moisir à Guantánamo plutôt que de réclamer son rapatriement.

 

Contre toute logique politique, aussi, d'ailleurs. Pas besoin d'un doctorat en sciences politiques pour comprendre que l'entêtement du gouvernement conservateur lui fera plus de mal au centre, là où il doit gagner des votes, que de bien à droite, là où il a fait le plein de toute façon.

Pourtant, le jugement de la Cour fédérale offre une porte de sortie rêvée pour le gouvernement Harper. Que les conservateurs ne soient pas empressés de rapatrier un jeune Canadien accusé d'avoir guerroyé avec les talibans et d'avoir tué un militaire américain, soit. Le gouvernement libéral précédent n'était pas non plus trop pressé d'intervenir.

Mais en s'obstinant, malgré les décisions de cour, malgré le changement de régime à Washington, Stephen Harper ne fait pas que punir Omar Khadr, il renie les principes du pays qu'il dirige et, au passage, la signature du Canada au bas des traités internationaux. En plus, il piétine allègrement la Charte des droits et libertés, un document fondamental pour lequel les conservateurs purs et durs ont toujours eu un profond mépris.

Dans un passé récent, des conservateurs (en fait, d'anciens réformistes) avaient même indiqué qu'ils pourraient réécrire la Charte s'ils prenaient le pouvoir. M. Harper n'a pas poussé jusque-là, mais c'est tout comme. Il ne s'est pas attaqué à la Charte, il l'ignore.

Aux États-Unis, Barack Obama a annoncé qu'il fermera Guantánamo d'ici janvier prochain. Plusieurs pays ont d'ailleurs offert à Washington de prendre sous leur aile les détenus de Guantánamo.

Le président américain a décrié l'usage de la torture et même rendu publiques des notes secrètes de la CIA décrivant en détail les interrogatoires musclés et les techniques des tortionnaires. D'anciens responsables de l'administration Bush pourraient être poursuivis pour avoir autorisé la torture.

Ici, le gouvernement continue d'ignorer ce cas patent de torture, comme si Omar Khadr allait finir par disparaître à force d'être ignoré.

Comme si un pays pouvait signer à moitié les traités internationaux et renier sa parole lorsqu'une situation heurte son idéologie. Il ne s'agit pas ici d'excuser Omar Khadr ou de minimiser les accusations qui pèsent sur lui. Pas plus qu'il ne s'agit, comme l'a laissé entendre hier le ministre des Affaires étrangères, Lawrence Cannon, dans un grand élan de démagogie, de défendre les terroristes qui tuent nos jeunes soldats, comme Karine Blais, enterrée hier par les siens.

Si Stephen Harper veut réécrire la Charte ou retirer le Canada de certains traités internationaux, qu'il en prenne l'engagement à la prochaine campagne électorale. Ce sera plus transparent.

L'embarrassant Mulroney

La commission d'enquête Oliphant ne nous aura pas permis d'apprendre beaucoup de neuf ces trois dernières semaines sur l'affaire Mulroney-Schreiber, mais elle aura toutefois permis de constater que Brian Mulroney reste un personnage controversé dans son propre parti.

Il y a eu d'abord cette controverse surréaliste à savoir si l'ancien premier ministre est toujours membre du PCC. Puis, chose rarissime dans le gouvernement Harper, une contestation ouverte de son autorité.

Bien des députés et sénateurs conservateurs n'ont pas apprécié que la leader au Sénat, Marjorie LeBreton, ex-grande amie de Brian Mulroney, le renie publiquement pour satisfaire Stephen Harper. En plus, les partisans de M. Mulroney au sein du caucus accusent le bureau du premier ministre d'avoir fait circuler l'information selon laquelle M. Mulroney n'est plus membre du Parti conservateur.

M. Harper, qui n'est pas habitué de devoir reculer, a dû mettre de l'eau dans son vin cette semaine. Il a demandé à son caucus de traiter l'ancien premier ministre avec respect et a prévu que tout cela (l'embarras de l'affaire Mulroney-Schreiber) serait bientôt terminé.

Comment peut-il en être aussi sûr? N'a-t-il pas commandé lui-même cette commission pour faire toute la lumière? Il est pour le moins malhabile pour un premier ministre de présumer des conclusions d'une commission d'enquête des mois avant le dépôt du rapport.

Quant aux réactions de son caucus, M. Harper aurait dû s'en douter.

Déjà, en 2007, lorsqu'il a ordonné à ses ministres de couper tout contact avec Brian Mulroney, au moins deux d'entre eux, Michael Fortier et Peter MacKay, l'avaient prévenu qu'ils n'avaient pas l'intention de se plier à cette directive.

La loi et l'ordre, encore...

Le Bloc québécois, une menace pour les familles?

Voilà du moins ce que les conservateurs affirment haut et fort depuis quelques jours dans une offensive concertée qui met la table pour la prochaine campagne électorale.

De toute évidence, les conservateurs ont décidé de jouer la carte de la loi et de l'ordre contre le Bloc pour sauver les sièges qu'il lui reste au Québec.

C'est que le Bloc a voté contre le projet de loi C-268, qui prévoit une peine minimale de cinq ans pour les crimes contre les enfants.

Selon les conservateurs, le Bloc prend le parti des criminels au détriment des enfants. Le Bloc se défend en répétant qu'il est contre les peines minimales, une approche trop rigide.

Les conservateurs pensent avoir trouvé des munitions contre le Bloc et ont déjà lancé l'attaque. Et pas seulement aux Communes. J'ai reçu ces trois derniers jours plusieurs courriels de «gens ordinaires» qui, comme par hasard, reprennent tous les mêmes arguments et les mêmes mots entendus à Ottawa cette semaine pour dénoncer le Bloc.

 




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