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La symphonie pathétique

Jean François Bégin
La Presse

Il était vraiment temps que finisse cette foutue saison. Qui est maintenant officiellement une saison foutue.

Cette ultime défaite a été laide. Laide comme la foule qui a tourné Carey Price en dérision sur un arrêt de routine, en deuxième période. Et laide comme la réaction de Price, qui a répondu en levant les deux bras dans les airs, comme Patrick Roy un certain soir de décembre 1995.Price ne méritait pas ça. Il a fait preuve d'immaturité hors de la patinoire cette saison, ce n'est un secret pour personne. Il a été souvent ordinaire et franchement mauvais par moments. Mais pas hier soir. Il n'était absolument pas responsable des quatre buts marqués jusque-là par les Bruins. Même qu'il avait stoppé coup sur coup deux échappées plus tôt en deuxième!

Si les fans voulaient démolir pour de bon la confiance d'un jeune athlète, ils n'auraient pu mieux s'y prendre. J'ignore quelle est la pire insulte entre «trou de cul» (comme Bob Gainey a qualifié hier les partisans de Los Angeles qui huèrent jadis Darryl Sydor) et «bâtard» (l'épithète qu'il avait réservée aux tortionnaires de Patrice Brisebois). Mais Gainey avait raison de trouver les partisans injustes. Reste que Price a mal réagi. À ce jeu-là, un athlète ne sortira jamais gagnant. Jamais. Après la saison qu'il vient de connaître, le jeune gardien n'avait qu'une seule option: encaisser sans mot dire. Sa réaction, même spontanée, a une portée symbolique trop grande pour ne pas laisser des cicatrices qui mettront du temps à s'estomper...

Ce geste de Price a marqué le point le plus bas d'une saison qui n'en manque pourtant pas. La dégringolade de la première à la huitième place dans l'Association de l'Est. La régression marquée de plusieurs joueurs, de Price à Sergei et Andrei Kostitsyn en passant par Chris Higgins, Mike Komisarek et Tomas Plekanec. L'épidémie de blessures qui a dévasté le vestiaire. Les manchettes-chocs sur la vente possible de l'équipe et les fréquentations douteuses des frères K. Les vacances forcées d'Alex Kovalev. Le congédiement de Guy Carbonneau. Et ainsi de suite, comme autant de mouvements dans la symphonie pathétique qu'aura été la saison du Centenaire. Jusqu'au couac final, cette élimination en quatre coups de cuiller à pot face à des Bruins désormais sans complexes.

Annus horribilis, vous dites? Mettons que si on était dans Dallas, ce vieux soap américain, ce serait le moment pour Bobby Ewing de sortir de la douche et de nous dire: toute cette saison n'était qu'un (mauvais) rêve.

La déception exprimée hier soir par les partisans, qui s'est aussi manifestée par des «Carbo, Carbo» bien sentis, est à la mesure des attentes énormes créées par l'organisation. Rarement un club aura investi autant d'énergie que le Canadien dans l'autocélébration et l'exaltation de sa gloire passée. Le marketing a été fabuleux. Le retrait du chandail de saint Patrick, les chandails d'époque (on va charitablement oublier le pyjama rayé), les briques personnalisées à la place du Centenaire, les plaques commémoratives, les pièces de monnaie, les DVD, les montages vidéo léchés au Centre Bell - rien n'avait été laissé au hasard pour rendre encore plus folles de leur équipe une ville et une province déjà assez dingues, merci.

Mais on ne gagne pas des matchs avec des cérémonies spectaculaires, même sur des airs de U2. (En passant, peut-on espérer entendre autre chose au Centre Bell que l'estimable quatuor irlandais à l'occasion du deuxième siècle qui s'annonce? Merci.) Si le grand manitou du marketing Ray Lalonde peut dire mission accomplie, Bob Gainey doit maintenant se prêter à un sérieux examen de conscience.'

Le Canadien de Montréal devait faire mieux cette année. Peut-être pas aussi bien que ce que les «experts» aux lunettes teintées de rose (moi le premier) prévoyaient en début de saison. Mais quand même mieux que cette huitième position arrachée par la peau des fesses et ce balayage en première ronde. Il n'est pas normal que l'équipe se soit désintégrée de la sorte en deuxième moitié de saison. Car c'est de cela qu'il s'agit. Une désintégration.

À mi-parcours, le CH avait une fiche de 25-10-6. La deuxième moitié a été l'inverse de la première: 16-20-5. Comme si les dieux du hockey avaient voulu punir les partisans du Canadien d'avoir eu l'impudence d'envoyer quatre joueurs au match des Étoiles, alors qu'un seul, Andrei Markov, le méritait.

Coïncidence? En tout cas, la saison du Canadien a tourné en eau de vaisselle autour de la classique annuelle, qui avait lieu à Montréal. Entre le 21 janvier et le 19 février, le CH a présenté un dossier atroce de 3-11-1. Guy Carbonneau a commencé à jouer à la roulette avec ses trios, les blessures se sont accumulées et puis voilà, Bob Gainey est descendu derrière le banc pas longtemps après.

Quand Carbonneau a été congédié, j'ai écrit que Bob Gainey jouait quitte ou double. Il a perdu son pari. Les blessures à Andrei Markov, Alex Tanguay, Mathieu Schneider, sans parler de celles à Robert Lang, Francis Bouillon et Patrice Brisebois, ont fait très mal, c'est l'évidence. Le Canadien ne luttait pas à armes égales avec les Bruins. Mais même avant, on n'a jamais senti que Gainey avait réussi à remettre son équipe sur les rails.

Le plan de cinq ans a échoué. La moitié des joueurs de l'équipe obtiennent leur autonomie cet été. L'avenir du gardien d'avenir de l'équipe est plus nébuleux que jamais. Et la saison qui devait être la plus belle s'achève dans l'ignominie la plus totale.

Bob Gainey, s'il décide de rester - et si on lui permet de le faire - n'aura pas assez d'un nouveau plan quinquennal pour mettre de l'ordre dans tout ça.




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