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Pauvre Montréal

Vincent Marissal
La Presse

Courriel récent d'une bonne source politique: «Dommage que vous ne vous intéressiez pas davantage à la politique municipale parce que nous sommes en pleine année électorale et, dans le monde municipal, c'est le far west, surtout dans les petites villes!»

Surtout dans les petites villes? Vraiment? Pour ce qui est des cowboys de la politique, Montréal n'a apparemment rien à envier aux petits bleds de province.

Avec toutes ces histoires de contrats, d'apparence de conflits d'intérêts et de copinage, Montréal pourrait certainement se qualifier dans le club du far west.

Il est vrai, malheureusement, qu'entre Ottawa et Québec, il me reste peu de temps pour explorer le far west du monde municipal, mais en ce qui concerne Montréal, mes collègues y travaillent avec acharnement. Un acharnement, n'en déplaise à Frank Zampino, qui ne vise qu'à fouiller et «sortir» les nouvelles.

En cette année électorale, justement, il y a un autre aspect plus politique à toutes ces histoires, aspect dont a trop peu parlé: l'effet des odeurs de scandale sur l'électorat.

Mine de rien, les Montréalais éliront leur maire et leurs conseillers dans sept mois et le climat malsain qui règne sur l'administration municipale, en plus de l'apathie proverbiale de l'électorat, risquent de faire chuter encore un peu le taux de participation déjà anémique.

Le syndrome «c'est toute une gang de croches» qui semble se répandre à Montréal n'est certainement pas de nature à ramener les électeurs désillusionnés aux urnes.

En 2005, lors des dernières élections municipales, Montréal a connu l'un de ses plus bas taux de participation électorale, 39,1%, une chute de 10% par rapport au taux (faible aussi) de 2001 et 1998. Chez les jeunes, c'est encore pire: on estime que seulement 20 à 30% des électeurs de moins de 30 ans ont voté en novembre 2005.

Au lendemain des dernières élections municipales, tout le monde politique, à commencer par le maire Gérald Tremblay, affirmait qu'il fallait trouver des remèdes à l'apathie électorale des Montréalais. C'est raté.

En plus de rebuter un électorat déjà froid, les «affaires» qui ébranlent l'hôtel de ville aggravent un autre phénomène navrant propre à Montréal: l'absence de candidatures de fort calibre au poste, pourtant prestigieux et important, de maire.

En tout respect pour Benoît Labonté, chef de Vision Montréal, et de Richard Bergeron, chef de Projet Montréal, la course vers la mairie n'a pas attiré, encore une fois, de grosses pointures.

C'est ainsi que l'on se retrouve, en cette année électorale, devant une étrange fatalité: on gardera vraisemblablement Gérald Tremblay, maire par défaut, qui, en plus, est à moitié parti puisque tout le monde sait qu'il ne finira pas son dernier mandat s'il est réélu en novembre.

Le plus ironique, c'est que la piètre performance du maire Tremblay et tous les problèmes de son administration ces derniers mois auront fortement contribué à dévaluer la fonction, rendant le poste encore moins attirant.

La politique municipale, c'est le far west, Montréal est ingouvernable, le maire n'a pas de vrais pouvoirs à cause de Québec et de la structure des arrondissements... Tant pis, c'est comme ça et on n'y peut rien. On appelle ça du nivellement pas le bas dans une ville qui aurait pourtant bien besoin d'un peu d'élévation.

Il est vrai que gouverner Montréal est une tâche pratiquement impossible dans le contexte politique actuel. Coincée entre le gouvernement du Québec, dont elle est la créature, et les arrondissements jaloux de leurs petits pouvoirs, la Ville est une bête politique édentée.

Cette structure municipale avait été présentée comme un rapprochement avec les citoyens, mais dans les faits, elle a complètement dilué le principe de responsabilité.

Lorsqu'un scandale frappe l'administration municipale, Québec s'en lave les mains (avez-vous entendu la ministre des Affaires municipales, Nathalie Normandeau, parler récemment de l'affaire des compteurs d'eau?). Lorsqu'un problème perdure à Montréal, la Ville blâme Québec ou les arrondissements, qui eux, relancent la balle à la Ville.

Personne ne se mouille, c'est confortable pour tout le monde. Montréal est devenu ingouvernable, constate-t-on, résigné. Voilà précisément pourquoi il a plus que jamais besoin d'un maire fort et déterminé.

À la fin de 2008, on a clairement senti le ras-le-bol chez certains gens d'affaires et personnalités influentes de Montréal devant les ratés de l'administration Tremblay. Opérations déneigement foireuses, problèmes éthiques, politiques et financiers à la SHDM, perte du Grand Prix, stagnation générale des grands projets de développement, les griefs étaient presque aussi nombreux que les nids-de-poule dans les rues de Montréal.

Des noms ont circulé dans certains milieux (les noms de Gilbert Rozon, Pierre Marc Johnson, Michael Fortier, notamment), mais les discussions ne sont pas allées plus loin que les cocktails privés et les lunchs informels.

Il paraît qu'on a les gouvernements que l'on mérite. Ce n'est pas flatteur pour les Montréalais. 




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