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Monique accroche sa sacoche

Vincent Marissal
La Presse

Déjà que les choses n'allaient pas très bien pour Jean Charest, même avec les deux mains sur le volant, voilà qu'il vient de perdre son copilote au beau milieu de la tempête.

La nouvelle de la démission de Monique Jérôme-Forget n'aura toutefois surpris personne, même si elle survient plut tôt qu'on le pensait. Mais bon, cela ne change pas grand-chose, la question n'était pas de savoir si elle démissionnerait, mais bien quand.

 

Certains diront que la ministre accroche sa sacoche trop tôt, exactement quatre mois après les élections, et qu'elle aurait pu rester au chevet de l'économie malade quelques mois de plus. Franchement, cela n'aurait pas fait une grande différence puisque les grandes mesures annoncées dans le budget du mois dernier n'entreront en vigueur qu'en 2011.

Les mauvaises nouvelles du budget, comme la hausse de 1% de la TVQ, portent déjà la signature de Monique Jérôme-Forget.

Quant à sa comparution annoncée devant un comité parlementaire au sujet des piètres résultats de la Caisse de dépôt, personne ne s'attendait à de grandes révélations. L'ex-ministre a dit ce qu'elle avait à dire, à vous de tirer vos conclusions, ce dont vous êtes parfaitement capables, à en juger par les nombreux courriels sur le sujet.

Elle ne peut non plus être tenue responsable de la nomination controversée de Michael Sabia à la Caisse de dépôt puisqu'elle n'y était pas favorable. Cet épisode, d'ailleurs, sans être décisif, l'aura certainement confortée dans sa décision de partir pour des cieux plus cléments après avoir servi de paratonnerre à ce gouvernement pendant des mois.

«C'est une journée d'émotions, mais c'est surtout une journée de grand soulagement», m'a-t-elle confié hier quelques minutes après avoir quitté Québec.

Ce départ était préparé, minutieusement, et Mme Jérôme-Forget n'a pas fait une journée de plus que prévu. Elle ne voulait pas se représenter en décembre, mais Jean Charest lui a demandé de faire un dernier tour de piste. D'accord, avait-elle dit, mais je pars au lendemain de l'adoption de mon budget.

Sa décision était donc ferme et même si elle avait eu quelques remords, les derniers mois l'auraient de toute façon convaincue de plier bagage.

Parlant de bagage, ne cherchez pas Monique Jérôme-Forget ces prochaines semaines, elle part ces jours-ci au Mexique, où elle est déjà inscrite depuis longtemps à quatre semaines intensives de cours d'espagnol.

Et après? Les petits-enfants (qui vivent à Londres) d'abord, la famille, les amis, le Mexique et un intérêt pour sa culture maya. Monique Jérôme-Forget passe en mode PPP: Plus de Politique Pantoute!

Lorsque quelqu'un passe une décennie en politique, le premier geste qui s'impose est de lui lever notre chapeau, ce que Pauline Marois a fait avec classe, hier.

Le côté positif de son bilan, Mme Jérôme-Forget l'a dressé hier elle-même: équité salariale (lancée par Louise Harel, du PQ), contrôle des dépenses et programmes d'infrastructures.

Il faudra ajouter deux autres éléments intangibles à ce bilan. D'abord, elle aura été, ces dernières années, la femme politique la plus puissante du Québec, comme Lise Bacon et Pauline Marois dans les années 80 et 90. Une telle influence, nécessairement, se fait sentir chez ses collègues féminines, pas toujours à l'aise dans ce monde d'hommes.

«Monique, c'est un roc, elle est tellement en confiance que cela se transmet autour de la table», disait récemment une de ses collègues députées.

Et puis, elle était une des rares ministres de ce gouvernement capable d'affronter Jean Charest, d'entrer dans son bureau et de lui dire: «Jean, cette affaire-là, ça ne marche pas!» Il y aura toujours trop de yes men dans l'entourage d'un premier ministre. C'est sain qu'il y ait aussi parfois une dame de fer.

D'un autre côté, ses réactions impulsives ont aussi donné bien des ulcères au premier ministre, comme cette fois, en février, lorsqu'elle a «échappé» inopinément devant les journalistes que le Québec fonçait droit vers un déficit!

Au passif de son bilan, un point supplante tous les autres: son combat perdu pour les PPP, les fameux partenariats public-privé.

En six ans au pouvoir, Mme Jérôme-Forget n'a pas réussi à démontrer l'utilité, encore moins la nécessité, et certainement pas la faisabilité de cette approche. Psychologue de formation, elle a manqué, justement, de psychologie en pensant que les Québécois allaient s'enticher d'une formule aussi mal expliquée et même rebutante pour une portion importante de la population. Sans compter la résistance naturelle des grands syndicats.

Fallait voir la réaction d'exaspération de Monique Jérôme-Forget, la semaine dernière lors de la conférence de presse sur le CHUM, quand une journaliste a parlé des risques d'intrusion du privé en santé. Les yeux au ciel, le hochement de tête, tout son body language criait: «Vous ne comprenez rien!»

Mme Jérôme-Forget part aussi en laissant le premier déficit en 10 ans au Québec. Pas exactement le genre de trace que l'on veut laisser derrière soi.

Personne ne peut lui faire porter la responsabilité de la récession, mais bien des électeurs lui reprochent aujourd'hui son trop grand optimisme lors de la dernière campagne électorale.

Une chose que l'on ne pourra jamais lui reprocher, toutefois, c'est d'avoir été déloyale envers son chef, elle qui a pris bien des coups pour lui au cours des quatre derniers mois.

On verra si son successeur, Raymond Bachand, sera aussi bon soldat, lui qui, contrairement à Mme Jérôme-Forget, a des ambitions au leadership de son parti.

Pour joindre notre chroniqueur: vincent.marissal@lapresse.ca

 




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