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Jean-François Bégin: Un p'tit 100 $ pour la patrie

C'est le fantasme de n'importe quel amateur de sport: avoir un mot à dire sur la destinée de son équipe préférée.

Pour Jean-Sébastien Besner, c'est plus qu'un fantasme. C'est un projet qu'il espère sérieusement concrétiser, maintenant que le propriétaire du Canadien, George Gillett, envisage toutes les options concernant ses propriétés montréalaises, y compris la vente totale ou partielle du CH.

Comme l'explique mon collègue Vincent Brousseau-Pouliot, Besner, 36 ans, est un courtier en pharmacie. Un gars sérieux, à la tête d'un groupe de jeunes professionnels qui aimeraient convaincre Gillett de garder 50,1% des parts de l'équipe (19,9% appartiennent à Molson Coors), mais d'en vendre 30% à des investisseurs québécois, pour une centaine de millions. Coût d'une action: 100$.

Au téléphone, Jean-Sébastien Besner est persuasif. Faut dire que son projet est alléchant. Posséder une fraction du Club de hockey Canadien, si minime soit-elle, c'est quand même mieux qu'acheter une brique personnalisée à la place du Centenaire. S'il y a une équipe de hockey qui soulève suffisamment les passions pour inciter des centaines de milliers de partisans à puiser dans leurs économies, c'est sûrement le Canadien. Surtout que 100$, c'est à peu près ce que coûtent la bière, les hot-dogs et le programme officiel pour deux personnes au Centre Bell, alors...

Il existe des précédents. En Europe, bien sûr, où des clubs comme le Real Madrid et le FC Barcelone appartiennent aux dizaines de milliers de socios qui élisent périodiquement les dirigeants de l'équipe. Mais aussi en Amérique du Nord: les Eskimos d'Edmonton et les Roughriders de la Saskatchewan, de la Ligue canadienne de football, et les Packers de Green Bay, de la NFL, sont les exemples les plus connus.

M. Besner dit s'inspirer des Packers. L'ancienne équipe de Brett Favre est la propriété de la communauté depuis les années 20 et compte aujourd'hui un peu plus de 112 000 actionnaires, qui détiennent environ 4 750 000 actions. Aucun investisseur n'est autorisé à posséder plus de 200 000 actions, afin d'éviter qu'un individu puisse prendre le contrôle de l'équipe.

M. Besner croit que son projet est rien de moins que «mobilisateur, rassembleur et patriotique». Il y a des gestes plus patriotiques que d'investir dans le sport professionnel, mais bon, personne n'oserait nier l'attrait aussi magnétique que viscéral qu'exerce la sacro-Sainte-Flanelle, même dans sa version poteau de barbier, sur de larges pans de la population québécoise.

Des questionnements

Le projet demeurera hypothétique tant le groupe de M. Besner n'aura pas rencontré la direction du Canadien, ce que le jeune homme d'affaires espère faire «incessamment». Il suscite toutefois d'emblée quelques questionnements.

Dans le monde du sport professionnel, il n'est pas rare qu'un propriétaire doive faire des injections de capital pour aider l'équipe à traverser une période creuse. La prochaine fois que le huard plongera à 62 cents US, il faudra quand même continuer à payer Carey Price, Andrei Markov et compagnie.

Un Jim Balsillie ou un Guy Laliberté aurait les moyens d'avancer ponctuellement cinq, 10 ou 15 millions de plus pour permettre à son équipe d'éviter une vente de débarras comme celle dont les Expos se sont rendus coupables au milieu des années 90. Une constellation de petits et moyens actionnaires comme celle envisagée par M. Besner pourrait-elle faire de même?

Autre question: George Gillett, à supposer qu'il soit intéressé à laisser des amateurs acheter des parts minoritaires dans son club, comme il l'a laissé entendre en décembre, serait-il prêt à jouer le jeu de la transparence? Parce que si j'achète un paquet d'actions, comme M. Besner semble prêt à le faire, je vais vouloir savoir si l'équipe est rentable et recevoir une copie des états financiers de l'entreprise. Or, comme le savent tous les journalistes s'étant intéressés de près ou de loin aux finances du CH depuis que Gillett a acheté le club, le propriétaire actuel a une sainte horreur de brasser des affaires en public.

L'argument n'ébranle pas M. Besner, qui rétorque que le public serait moins susceptible de critiquer les profits de Gillett, sachant qu'une partie de ceux-ci aboutit désormais dans les poches d'actionnaires québécois. «Ce qu'on propose à M. Gillett, c'est une alternative qui lui donnerait des liquidités à courte échéance, tout en lui donnant pour partenaires les individus qui soutiennent l'équipe et ont intérêt à ce que ça marche. C'est un modèle gagnant-gagnant.»

Si M. Gillett préfère liquider entièrement ses intérêts dans le Canadien, les investisseurs pourraient aussi se joindre à un acheteur fortuné ou à un consortium, suggère M. Besner. «On deviendrait une belle fille que beaucoup de gens voudront marier. Le but est d'avoir 100 millions comptant, par la masse ou par un groupe sélect.»

N'empêche, les petits actionnaires ne resteraient-ils pas soumis aux diktats de l'actionnaire de contrôle, contrairement aux détenteurs de parts des Packers, par exemple, qui peuvent au moins choisir les membres de leur conseil d'administration? «Le propriétaire ne ferait pas exprès pour déplaire à ceux qui détiennent 30% de l'équipe, croit M. Besner. Il y a certaines décisions qu'on pourrait influencer. La première, ce serait d'avoir des joueurs de chez nous.»

Peut-être qu'investir dans le Canadien est un geste patriotique, après tout.

 




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