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L'aigle dégriffé

Jean-Pascal Beaupré
La Presse

Depuis le morcellement de l'URSS, au début des années 90, les États-Unis dominaient la planète en roi et maître. En leur qualité d'unique superpuissance, ils pouvaient imposer leur vision et faire fi de la désapprobation internationale. Une arrogance qui a atteint son paroxysme lorsque l'armée de George W. Bush a envahi l'Irak.

Cette ère est révolue. La donne a brutalement changé. Les sommets du G20 et de l'OTAN en sont la plus flagrante démonstration. Les États-Unis ne sont même plus en mesure de forcer la main de leurs propres alliés.

 

Deux raisons principales expliquent ce bouleversement, qui s'apparente au déclin annoncé de l'empire américain.

D'une part, la crise économique a fragilisé l'hégémonie des États-Unis, qu'on tient responsables de la débâcle mondiale. Et leur affaiblissement s'accompagne d'une montée en puissance de grands pays émergents, comme la Chine, banquier mondial qui étend rapidement ses tentacules, mais également du Brésil et de l'Inde.

Son influence ayant commencé à s'effriter, la philosophie du capitalisme débridé prôné par les Américains ne trouvera plus preneur comme auparavant hors de ses frontières. L'Oncle Sam n'a d'autre choix que de modifier sa stratégie internationale de fond en comble.

L'autre motif du changement soudain de l'attitude des États-Unis tient davantage à la personnalité même du président Barack Obama. Un homme de compromis, pragmatique, qui préfère la main tendue au coup de poing sur la table. Un leader qui est à l'écoute, capable de mettre de l'eau dans son vin. Aux antipodes de M. Bush quoi.

Ça tombe bien que M. Obama ait été porté au pouvoir: le reste du globe, qui avait pris les États-Unis en aversion, sera plus enclin à écouter leurs propositions si elles sont subtilement suggérées que si elles sont perçues comme un ultimatum.

Tout au long de son premier périple en Europe, le président s'est employé à privilégier ses talents de diplomate. Les résultats se sont parfois avérés maigres, mais sûrement meilleurs que si M. Obama avait joué les gros bras et s'était ainsi mis ses partenaires à dos.

Il n'a pas cherché à voler la vedette: la meilleure façon d'exercer du leadership, c'est en écoutant, a-t-il martelé aux journalistes, qui s'inquiétaient, en conférence de presse, de la baisse de l'influence américaine.

Le week-end dernier, le président américain a certes fait bonne impression au sommet de l'OTAN. Mais encore là, ses alliés européens se sont montrés réticents à envoyer des troupes en Afghanistan.

En Turquie, le président américain a tenté hier de jeter des ponts avec les pays musulmans. Toutefois, lorsqu'il s'est déclaré en faveur de l'intégration de la Turquie à l'Union européenne, il s'est immédiatement fait rabrouer par son homologue français Nicolas Sarkozy.

À l'avenir, les Américains devront apprendre à partager le pouvoir, à faire preuve de plus grande humilité, qu'ils le veuillent ou non. Barack Obama le sait bien et se comporte déjà en conséquence à l'étranger. Il devra aussi convaincre ses compatriotes qu'il s'agit de l'unique avenue pour les États-Unis s'ils comptent demeurer la puissance la plus influente du globe. L'aigle doit rentrer ses griffes.

jbeaupre@lapresse.ca

 




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