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Payez en yuans S.V.P.

Richard Dupaul

La Chine multiplie les accords avec des pays qui pourront désormais payer leurs achats en yuans, et non en billets verts américains. Les Chinois mijotent-ils une révolution commerciale?

Il y a trois semaines, cinq navires chinois ont encerclé un bateau américain non armé dans les eaux internationales, en mer de Chine.

 

Les Chinois se sont rapprochés à sept mètres des Américains, qui essayaient de les éloigner avec des jets d'eau. Mais les marins chinois ont gardé le cap, créant d'énormes vagues et allant jusqu'à se mettre en sous-vêtements... et à montrer leur «derrière aux intrus», selon des médias européens.

Le Pentagone a protesté, dénonçant ces manoeuvres «agressives, imprudentes (...) et non professionnelles». Réponse des Chinois: nos marins soupçonnaient les Américains, officiellement en mission scientifique, de faire de l'espionnage.

Pas de quoi provoquer une troisième guerre mondiale. Un incident cocasse, au dire des experts. Mais les milieux financiers y voient une illustration des dernières manoeuvres chinoises sur les marchés de change.

Depuis le début 2009, la Chine multiplie les accords d'échange de devises («swap») avec plusieurs pays. Pas de quoi évacuer Wall Street. Mais des experts croient néanmoins que Pékin tente de pousser sa monnaie sur le devant de la scène internationale... en faisant un pied de nez au tout puissant billet vert américain.

125 milliards

Le dernier swap de devises, conclu avec l'Argentine la semaine dernière, atteindra 70 milliards de yuans (12 milliards CAN) sur trois ans.

En clair, les Argentins pourront ainsi financer leurs achats chez le géant asiatique. La Banque centrale de Chine leur a ouvert un compte en yuans, qui servira à payer les échanges commerciaux entre les deux pays.

Or, la Banque de Chine a conclu six de ces accords de crédit croisé depuis décembre.

Outre l'Argentine, l'Indonésie, la Corée du Sud et la Biélorussie notamment ont dit «oui» au yuan. Valeur totale des swaps: 125 milliards CAN. Et des négociations se poursuivent avec d'autres pays.

Les autorités chinoises maintiennent que ces transactions visent à injecter de la liquidité dans le système financier, à un moment où la crise bancaire complique le financement du commerce.

De fait, la Chine cherche plutôt à réduire les risques associés à sa dépendance au dollar américain et à habituer les clients à payer avec sa monnaie, affirme Andrew Peaple, expert-comptable collaborateur de l'agence Dow Jones.

«Le but semble bien de poser les fondations pour que le yuan devienne plus largement utilisé dans le commerce international», dit-il.

Le roi yuan

Pour l'instant, le yuan est une monnaie dont la convertibilité est limitée à certaines activités, comme le tourisme. Le yuan n'est pas une devise jugée acceptable, par exemple, dans les transactions financières internationales.

Aussi, les swaps chinois ont été soigneusement planifiés. Ils surviennent à l'heure où Pékin vient de jeter un pavé dans la mare financière: peu avant la réunion du G20, de jeudi, Pékin a avancé l'idée d'en finir avec la domination du billet vert et d'adopter une monnaie de référence internationale.

Les Chinois sont préoccupés par leurs investissements de 740 milliards US en obligations américaines. Sans compter qu'une grande part (70% environ) de leurs réserves monétaires de 2000 milliards sont en dollars.

La Chine, premier créancier des États-Unis, s'inquiète surtout de l'émission massive de billets verts par Washington, qui cherche à financer ses déficits record. Ces emprunts risquent d'affaiblir le dollar américain et, du coup, de déprécier davantage les placements chinois chez l'Oncle Sam.

Mais les experts sont d'avis que la création d'une devise internationale alternative est un projet irréaliste. Du moins à court terme. Simplement parce qu'on ne crée pas à partir de rien une monnaie internationale, qui repose sur la confiance, la solidité du système de grands pays ou sur l'or.

La Chine le sait aussi. C'est pourquoi elle cherche à promouvoir l'usage du yuan dans le commerce. C'est un travail de longue haleine. Mais cela cadre avec les objectifs de l'empire du Milieu de s'imposer peu à peu comme un leader sur la scène internationale.

«Pékin est préoccupé par l'exposition de la Chine aux actifs en dollars américains (...) on veut des changements», affirme l'économiste Brian Jackson, de la Banque Royale.

Évidemment, les Chinois n'ont pas intérêt à fragiliser le billet vert, du moins à court terme. Et 125 milliards de swaps, c'est une poignée de change à l'échelle planétaire.

Mais en distribuant des milliards de yuans hors de ses frontières, la Chine construit peu à peu un nouveau marché. Elle se prépare donc à faire des vagues dans le commerce mondial, même si cela donne la nausée aux Américains.

 




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