Au début des années 90, j'étais un des rares journalistes à Montréal à s'intéresser à un nouveau petit club de soccer, le F.C. Supra. J'avais du mal à convaincre mes patrons que le soccer était un des sports d'avenir en Amérique.

Mis à jour le 26 févr. 2009
Ronald King LA PRESSE

Après avoir passé l'hiver avec le Canadien, j'aimais bien côtoyer ces joueurs à peine payés, mais totalement passionnés. J'aimais voyager dans un des deux minibus qu'ils louaient à l'étranger, entassé avec les autres qui s'appelaient Biello, De Santis, Limniatis... À Montréal, le F.C. Supra jouait devant 500 personnes, 800 les grands soirs.

Le F.C. Supra est devenu l'Impact et, hier soir, quand j'ai vu nos hommes entrer sur le terrain, côte à côte avec ceux du Santos Laguna, devant plus de 55 000 spectateurs, j'ai eu un petit frisson.

Je me disais qu'ils allaient manger une volée, mais bon. Quel chemin ils ont parcouru pour en arriver là.

À la quatrième minute, l'Impact a marqué. C'est vous dire les frissons...

Vos papiers!

Le stade était bondé et les bonzes de TSN, qui s'étaient déplacés de Toronto, nous disaient que tout ça était bon pour Montréal, comme si on avait besoin d'eux pour savoir ce qui est bon pour Montréal... Non mais... Occupez-vous de Toronto et ne vous inquiétez pas pour nous.

Chaque fois qu'il y a une grosse foule au Stade, il y a toujours le même problème. Lors du match de la Coupe Grey, certaines personnes ont raté le premier quart. Même chose hier alors que des gens n'étaient pas encore entrés après 15 minutes de jeu.

Pourquoi?

Mme Marie Giroux, responsable de la sécurité, explique: «Les règlements nous forcent à fouiller chaque personne qui entre. En chemise et pantalon, par exemple, on laisse passer vite, mais s'il y a un gros manteau et un sac à dos, on fouille de près. Alors, c'est long.»

Et que cherchez-vous? Des bombes?

«Mais non! On interdit les canettes de bière et les bouteilles de verre, pour des raisons de sécurité.»

Vous le saurez, si jamais.... Arrivez tôt avant l'ouverture des portes.

Alors, on vous laisse entrer et vous vous rendez aux bonnes vieilles concessions de malbouffe, les mêmes que du temps des Expos, moins les Queues de Castor, hélas.

Je commande une petite bouteille d'eau pour la soirée, la jeune fille l'ouvre et la verse dans un énorme gobelet en carton.

«-Non, non, mademoiselle, laissez l'eau dans la bouteille.

-Interdit, monsieur.

-Une petite bouteille de plastique n'a jamais fait de mal à personne. Ce qui fait mal, c'est les 3,50$ que je viens de vous donner.»

Le plan de match

Un stade plein pour le soccer en hiver...

La chose est donc possible, à condition de ne pas dévaliser le client. L'Impact a suivi son plan de match, celui qui lui a permis de vendre son club avec un succès étonnant: les meilleurs billets étaient à 50$ et ils n'étaient pas nombreux. Vous pouviez avoir de très bonnes places pour 25$ ou 20$.

L'Impact vise les familles... et il réussit.

Le mythe

Une connaissance à qui je disais qu'il y aurait plus de 50 000 personnes au match de l'Impact m'a répondu: «Ah oui. Il y a beaucoup d'immigrants à Montréal.»

Mais il fallait se promener dans la foule hier pour voir qu'il s'agit d'un mythe. Au moins la moitié des spectateurs étaient des Québécois de souche.

Patrick Vallée, du département des communications de l'Impact, a sorti ses chiffres: «Lors de nos matchs au stade Saputo, le français est la langue maternelle de 80% de nos clients. L'italien suit à 3%. Ce sont des familles québécoises dont les enfants jouent au soccer. Ce ne sont pas les Mexicains qui ont empli le stade ce soir.»

Quoi? On n'a rien fait...

La FIFA interdit les hymnes nationaux avant les matchs de la Ligue des champions... voilà pour ceux qui tiennent aux hymnes pour un oui et pour un non.

La FIFA interdit aussi de manipuler la foule pour qu'elle soit plus partisane et de produire des spectacles à la mi-temps. Là, c'est un peu pointilleux. Mais il faut savoir que ces règlements ne nous concernent pas vraiment. Ils sont là surtout pour certains pays que la FIFA fréquente et dont les spectateurs sont moins, disons, réservés que les nôtres. Le Mexique, mettons.

Parce que si vous pensez que les fans du Canadien sont exaltés, il faudrait faire un petit tour du monde pour réaliser qu'ils sont bien dociles, au fond.

Torreone

Des Mexicains de Torreone, le coin où joue le Santos Laguna, il y en avait. On les reconnaissait à leurs fameux masques de lutteurs, une grande folie au Mexique.

«La lutte libre est aussi populaire que le soccer chez nous», m'a expliqué un membre de la joyeuse bande.

Je me demandais s'il savait que la lutte professionnelle était arrangée. Mais je ne voulais pas gâcher son plaisir...