Personne ne s'attendait à un mea-culpa à la japonaise, avec un dirigeant en pleurs, mimant un hara-kiri devant les journalistes, mais peut-être qu'un petit «on est désolé, on a foiré» aurait adouci les pertes abyssales de 40 milliards de la Caisse de dépôt.

Mis à jour le 26 févr. 2009
Vincent Marissal LA PRESSE

Bien sûr, même une séance collective d'autoflagellation des membres de la haute direction de la Caisse n'aurait pas fait réapparaître les milliards perdus. De les entendre nous expliquer avec froideur que l'épisode des PCAA est «regrettable» ne suffira toutefois pas à dissiper la grogne des contribuables.

 

Le plus surréaliste était de voir les contorsions des dirigeants de la Caisse pour expliquer que, n'eût été cette «regrettable erreur» des PCAA, le rendement de l'institution serait tout à fait honorable.

C'est un peu comme si votre chirurgien vous annonçait en salle de réveil: «Nous avons retiré un de vos poumons par erreur, vous avez perdu 25% de votre sang et vous récupérerez peut-être vos moyens d'ici sept ans, mais n'eût été cette regrettable situation, vous seriez en excellente santé.»

N'attendez pas d'excuses, ou même un timide mea-culpa, du gouvernement Charest non plus. Celui-ci dit ne pas avoir été mis au courant. Les gestionnaires de la Caisse, eux, blâment la crise financière. Nous sommes donc ici confrontés à un «act of god», dans le jargon des compagnies d'assurances. Une fatalité imprévisible, comme un tsunami ou un éclair qui s'abat sur le parapluie du badaud malchanceux.

On pourrait évidemment montrer du doigt l'ancien président, Henri-Paul Rousseau ou son successeur, Richard Guay, mais ils sont tous les deux partis de la Caisse. Quant au président actuel, Fernand Perreault, il n'est là qu'à titre intérimaire et il sera remplacé très prochainement, selon la ministre des Finances, Monique Jérôme-Forget.

Il ne s'agit pas, évidemment, de se lancer dans une chasse aux coupables et de mettre leur tête sur des pieux à l'entrée de la cité pour calmer le peuple. Cela dit, c'est beaucoup demander aux Québécois d'accepter que personne n'est responsable pour la perte de 40 milliards de dollars.

La commission parlementaire confirmée hier par Mme Jérôme-Forget donnera-t-elle des réponses plus satisfaisantes que ce que nous avons entendu hier?

Elle permettra au moins d'entendre Henri-Paul Rousseau et de comparer ses explications avec son exposé rassurant (sur les PCAA, en particulier) de l'an dernier.

De toute façon, le mal est fait. Au point où on en est, le plus urgent est de s'assurer, en revoyant le mandat et le fonctionnement de la Caisse et ses relations avec le gouvernement, qu'une telle débâcle ne se reproduise.

À partir de maintenant, le débat se transporte sur le terrain politique et l'opposition ne manquera pas une si belle occasion d'accabler le gouvernement Charest. Cette contre-performance historique de la CDP, Jean Charest risque de la traîner comme un boulet jusqu'à la fin de son mandat (ou jusqu'à ce qu'il parte, ce qui pourrait survenir avant la fin de son mandat, en 2012).

Jean Charest se défendra, bien sûr, en affirmant que la Caisse est indépendante, que son gouvernement n'est pas intervenu dans ses décisions et qu'il entend mettre en place des mécanismes de transparence. La politique ne s'embarrasse pas de tant de nuances, surtout pas devant un trou de 40 milliards.

Pour le gouvernement, c'est une situation perdante-perdante, comme disent les anglos: si le gouvernement se mêle des affaires de la Caisse, on le tiendra directement responsable de ses déboires; s'il s'en tient loin, on dira qu'il aurait dû mieux l'encadrer.

Et lorsqu'une institution publique comme la Caisse perd 40 milliards, le premier réflexe d'une majorité de Québécois est de se dire qu'il est impossible que le gouvernement n'ait pas été mis au courant.

Difficile, en effet, de croire que le gouvernement n'avait pas, ne serait-ce qu'une idée générale, de ce qui s'en venait. On ne le saura jamais avec certitude, mais le fil des événements de l'automne dernier, retracé hier par la haute direction de la CDQ, fait apparaître des coïncidences étonnantes.

Début septembre, tout baigne à la Caisse, qui se dirige vers une modeste croissance. Mi-septembre, premier signal d'alarme avec la faillite de la banque d'investissement Lehman Brothers. À partir de là, c'est la débandade sur les marchés. Un mois plus tard, mi-octobre, la direction de la Caisse réalise qu'elle se dirige maintenant vers des pertes records.

En septembre, nous étions en pleine campagne électorale fédérale et personne à Québec ne parlait d'élections québécoises avant la fin de 2008. Ce scénario avait même été exclu par Jean Charest quelques semaines plus tôt. Ses conseillers n'étaient pas en mode élection, ses députés non plus.

Subitement, à la mi-octobre, les choses se précipitent. Selon des sources libérales fiables, Jean Charest a donné le «go» vers le 20 octobre, juste après le Sommet de la francophonie à Québec.

A-t-il été inspiré seulement par les chiffres des sondages ou ceux de la Caisse ont-ils aussi influencé sa décision? Ça non plus, on ne le saura jamais, mais posons la question autrement: dans quelle situation se trouverait Jean Charest aujourd'hui, avec ce désastre sur les bras, s'il était encore minoritaire à l'Assemblée nationale?

Ajoutez à cela le retour des déficits, pourtant exclus avec conviction par les libéraux pendant la campagne, et vous avez là tous les ingrédients pour une rentrée parlementaire explosive, dans deux semaines.

Pour joindre notre chroniqueur: vincent.marissal@lapresse.ca