Jamais un salon aéronautique en Inde n'aura attiré autant de monde.

Richard Dupaul

Jamais un salon aéronautique en Inde n'aura attiré autant de monde.

Ils étaient tous là. Boeing et Airbus évidemment, avec leur plus grosse délégation à ce jour. En tout, 416 sociétés venues de 28 pays ont pris part au Salon Aero India 2007, qui se tenait à Bangalore la semaine dernière.

Une participation record à l'image de la ruée de sociétés occidentales, tous secteurs confondus, qui foulent le sol indien pour profiter de la plus grande fête économique de la planète, après la Chine.

Au beau milieu de cette rencontre, New Delhi a livré un message que tous attendaient : l'économie indienne devrait enregistrer une spectaculaire croissance de 9,2% pour cette année fiscale (terminée à la fin mars). La meilleure performance en 20 ans !

À ce rythme, l'Inde va ravir le troisième rang des économies asiatiques, délogeant la Corée du Nord pour se rapprocher de la Chine et du Japon, selon le Fonds monétaire international.

La flambée des dépenses des ménages, la forte hausse des prêts bancaires et l'augmentation record des salaires (+7%) sont autant de facteurs qui contribuent à cette poussée.

Faut-il donc se surprendre si le monde des affaires, les poches remplies d'argent, se précipite ces temps-ci au pays de Ghandi et de la spiritualité.

Cet empressement est manifeste ces jours-ci chez les fonds d'investissement privés. Ces colosses financiers, qui ont pour noms les américains KKR, Blackstone et Baine Capital notamment, ont largement contribué au record de fusions et acquisitions dans le monde en 2006. Ils sont aussi les grands responsables de la poussée des Bourses depuis trois ans.

Or, selon la firme Venture Intelligence, les fonds privés étrangers ont investi 5,4 milliards US dans les entreprises indiennes durant les neuf premiers mois de 2006. C'est plus du double de l'argent investi l'année précédente (2,2 milliards US) et cinq fois le montant injecté en 2004.

L'américain Providence Equity Partners, par exemple, a déboursé plus de 400 millions US en octobre pour acheter 16% d'Idea Cellular, un leader du marché effervescent de la téléphonie cellulaire en Inde. Le secteur des télécommunications, pour ceux que ça intéresse, croît de 13% annuellement dans ce pays.

Et ce n'est pas tout. La Bourse de Bombay est en hausse de 45% depuis 12 mois. Le marché des prêts commerciaux s'accroît de 30% par an en moyenne depuis 2004. Le secteur manufacturier grossit de plus de 11%, l'industrie des transports d'au moins 13%... Bref, l'économie indienne ne dérougit pas.

Des bémols

Cependant, dans la course folle à la croissance que se livrent la Chine et l'Inde, les deux pays font face à des problèmes similaires, rappelant que la conquête de marchés lointains et exotiques comprend aussi sa part de risques.

La mauvaise répartition de la richesse et les pénuries d'eau en sont deux exemples.

En Inde, plus de la moitié de la population de 1,1 milliard d'habitants vit avec moins de 1 $US par jour, selon la Banque mondiale.

De plus, le boom industriel et agricole fait en sorte que les nappes souterraines et les rivières s'assèchent, de sorte que le pays pourrait manquer d'eau en 2050, selon l'ONU.

Ces deux problèmes attisent les tensions sociales, selon divers organismes, et constituent des menaces à long terme pour l'économie.

Autre ombre au tableau, plus inquiétante à brève échéance : l'inflation. La hausse des prix a frôlé 7% (sur une base annuelle) en janvier, flirtant avec un sommet inégalé depuis deux ans.

Les autorités monétaires ont tenté de ralentir ce dérapage en relevant six fois le taux directeur depuis octobre 2005 pour le porter à 7,5% actuellement. Or, le remède ne fonctionne pas et les taux d'intérêt devront encore grimper.

Si bien que ces tours de vis risquent de constituer, tôt ou tard, un frein important à la consommation et à l'ensemble de l'économie. Le cas échéant, on imagine déjà les investisseurs étrangers plus opportunistes – dont les fonds d'investissement privés - faire leurs valises en vitesse...

Entre-temps, le géant européen Airbus prévoit que le marché aéronautique indien sera le plus dynamique au monde d'ici 2017, avec une croissance annuelle de 7,7% contre 4,4% pour le reste de la planète.

L'industrie aéronautique espère que de plus en plus d'Indiens auront les moyens de voyager en avion, alimentant la demande pour les aéronefs. C'est probable. Mais attention aux atterrissages brutaux.