Heureusement que le ministre des Finances, Jim Flaherty, en a plein les bras avec son budget! C'est ce qui réconforte les banquiers qui ont repoussé sa demande d'abaisser leurs frais de transactions au guichet. Mais l'accalmie sera de courte durée.

Sophie Cousineau

Heureusement que le ministre des Finances, Jim Flaherty, en a plein les bras avec son budget! C'est ce qui réconforte les banquiers qui ont repoussé sa demande d'abaisser leurs frais de transactions au guichet. Mais l'accalmie sera de courte durée.

Le Comité permanent des finances de la Chambre des communes tiendra une audience sur les frais bancaires jeudi.

Et le Nouveau Parti démocratique (NPD), qui a relancé ce vieux débat fin janvier, n'entend pas lâcher le morceau. Aux yeux de Jack Layton, il est révoltant que la Banque Toronto-Dominion (TD) facture certains services à ses clients canadiens alors qu'elle offre les mêmes sans frais à ses clients américains.

Aucun gouvernement ne veut être perçu comme étant copain-copain avec les infréquentables banquiers. C'est d'autant plus vrai s'il est minoritaire.

Le très conservateur Jim Flaherty s'est donc fait violence en convoquant les banquiers à une rencontre à Ottawa le 5 mars. Remarquez, il n'a pas fait tant de bank bashing que cela, comme l'a d'ailleurs déploré le NPD.

Il a essentiellement réclamé une baisse des frais pour les transactions aux guichets de banques concurrentes ainsi qu'une réduction des frais pour les plus démunis.

En quelques jours, toutefois, plusieurs banquiers lui ont opposé une fin de non-recevoir. «La réponse est non», a clairement énoncé Réal Raymond, président et chef de la direction de la Banque Nationale, tandis que l'institution rapportait les plus grands profits trimestriels de son histoire.

«D'une façon ou d'une autre, les gens doivent payer pour leurs services bancaires, et c'est la bonne façon de gérer une banque», a dit le président de la Banque Scotia, Rick Waugh. Le grand patron de la Banque Royale, Gordon Nixon, a déploré de son côté la tenue d'un «petit débat qui sert des fins politiques».

Les grands patrons de la CIBC, de la Banque de Montréal et de la Banque TD n'ont pas encore affiché leurs couleurs, mais disons que c'est mal parti. Malgré tout, le ministre Flaherty attend d'avoir toutes les réponses en main, indique son attaché de presse, Chisholm Pothier.

Et si aucune banque ne cède? «On va faire ce qu'on va faire», s'est borné à dire le porte-parole du ministre, tout en refusant de spéculer sur la forme que pourrait prendre cette réaction.

Selon un proche conseiller de Stephen Harper, l'idée de réglementer les frais bancaires en amendant la Loi sur les banques répugne à l'ancien ministre des Finances de l'Ontario sous Mike Harris. Jim Flaherty espère qu'une banque finira par bouger et que les autres lui emboîteront le pas.

Mais si l'oligopole se tient, le premier ministre pourrait bien forcer la main de Jim Flaherty. Surtout si le NPD - qui détient la balance du pouvoir - fait beaucoup de kilométrage avec ce sujet alors que des élections sont possibles à tout moment. «Stephen Harper lui-même est agacé par ces frais, dit ce conseiller. La volonté vient d'en haut.»

«Nous voulons nous assurer que les Canadiens ont des choix qui sont peu coûteux ou gratuits», a publiquement déclaré Stephen Harper. Pas besoin de savoir lire sur les lèvres pour comprendre le message.

Un petit geste de la part des banquiers aurait sans doute suffit. Mais les banquiers se sont cantonnés dans leurs positions.

On peut comprendre le refus des banques. Le gouvernement a-t-il à réglementer les frais bancaires? Il existe des forfaits pour abaisser le coût moyen d'une transaction. Et un client qui prend la peine de marcher jusqu'au guichet de sa banque n'a pas à payer les frais de guichets concurrents.

Et puis, si les gens sont assez bêtes pour sortir 40 $ du guichet indépendant d'un bar, avec une commission usuraire, ce n'est quand même pas la faute des banquiers.

En même temps, le manque de transparence des banques agace franchement. Les banques refusent de dévoiler les revenus des guichets et surtout les profits qu'ils en tirent. Dire que ce sont des renseignements concurrentiels est un argument fallacieux. Ce que tout le monde soupçonne, c'est que ces petites machines recrachent des profits. Les Canadiens sont prêts à payer pour leurs services, pas à se faire détrousser.

Les banques ont utilisé les guichets pour réduire leurs effectifs et leurs succursales. Grâce à eux, ils ont fait des économies d'exploitation substantielles. En plus, les gouvernements, autant à Québec qu'à Ottawa, ont subventionné le déploiement de leurs guichets grâce à des crédits d'impôt à la R&D qui ont été abolis au milieu des années 90.

Les banques n'ont qu'à maintenir leurs réseaux. Aussi, les frais de guichets sur le plus de 1 milliard de transactions effectuées par guichet l'année dernière semblent disproportionnés sur certaines transactions.

Un petit geste aurait suffit, vous disais-je. Mais les banquiers sont à peu près aussi diplomates que Borat! Rappelez-vous lorsqu'ils ont eu la maladresse, en 1998, de dévoiler leurs projets de fusions sans attendre les conclusions d'un groupe de travail sur l'avenir des services financiers, plaçant le ministre des Finances d'alors, Paul Martin, devant un fait accompli. Qu'ont-ils gagné?

En abaissant certains frais, les banques pourraient se faire du «capital politique», si vous me passez l'anglicisme. Plusieurs batailles sont autrement plus cruciales, comme la vente d'assurance en succursales ou encore les fusions d'institutions financières.

À la place, c'est une loi qui leur pend peut-être au bout du nez. Ou encore une plus grande ouverture du marché des particuliers à des banques étrangères. À tout événement, ce n'est rien de bon. Bref, les banques auraient mieux fait de passer au guichet diplomatique.

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