Jeudi matin, 9h, un courtier m'appelle pour me faire part de sa rage envers les analystes des maisons de courtage.

Michel Girard

Jeudi matin, 9h, un courtier m'appelle pour me faire part de sa rage envers les analystes des maisons de courtage.

«Ça vaut quoi, leurs maudites recommandations d'achat? Je vais te le dire, moi: ça ne vaut rien. Prends Garda. Mardi matin, ils en recommandaient l'achat avec un prix cible de 25$. Mercredi, l'entreprise annonce des résultats contraires aux prévisions des analystes. L'action chute de moitié. Et ce matin, mine de rien, ils réduisent leurs prix cibles à moins de 10$. L'action plante de plus belle.»

«Qui n'a pas fait sa job? Moi ou les analystes à qui tu te fies pour répondre aux questions de tes clients qui avaient accumulé des bons profits avec leur Garda? Je leur dis quoi, à mes clients? Que les analystes ont mal fait leur job? Qu'ils n'ont pas obtenu des bonnes informations?»

Mercredi, le titre de la firme de sécurité montréalaise Garda World a perdu la moitié de sa valeur. Alors que les marchés rebondissaient fortement, la déconfiture de Garda s'est poursuivie jeudi et vendredi, le titre touchant même un nouveau creux à 3,20$.

Par rapport à son haut (20,82$) des 52 dernières semaines, le titre de Garda (GW) a ainsi perdu 85% de sa valeur, soit quelque 550 M$.

De 2003 à 2007, l'action de Garda ne connaissait que l'escalade, passant de 1$ à plus de 27$.

Qu'est-il arrivé en ce mercredi matin? La haute direction de Garda a pris de court les actionnaires et les analystes en dévoilant une perte trimestrielle alors que tout le monde attendait un bénéfice.

Qui plus est, ils ont également appris que la lourde dette de Garda risquait d'entraîner la vente de certaines filiales, simple question de la réduire en vue de répondre aux exigences plus serrées des banquiers.

Et comme l'action chutait fortement, on n'excluait pas le retrait de l'action de la Bourse.

Alors que Garda faisait l'objet de recommandations d'achat de la part de plusieurs maisons de courtage avec un prix cible allant jusqu'à 25$, les analystes ont immédiatement révisé leurs recommandations à la suite du dévoilement des résultats trimestriels pour abaisser leurs prix cibles, ceux-ci variant de 5$ à 9$.

Chose certaine, six dirigeants ont eu plus de chance en se départant d'une partie de leurs actions en cours d'année à des prix nettement supérieurs.

Allan Bentley, vice-président principal pour l'Ontario et l'Ouest canadien, a liquidé un bloc de quelque 16 650 actions en janvier dernier, au prix moyen de 14,25$.

Il avait acquis ces actions en levant un nombre similaire d'options au prix d'exercice de 3$. M. Bentley a racheté sur le marché jeudi dernier un bloc de 15 100 actions au prix de 3,78$.

Pour sa part, Robert Champagne, vice-président aux ressources humaines, a exercé en janvier un bloc de 8333 options au prix de levée de 1,50$ l'action. Il a revendu les actions à 14,10$. De plus, il a vendu un bloc additionnel de 6600 actions au prix moyen de 14,25$.

Luc Dupont, vice-président au développement des affaires, Québec, a exercé en juin dernier un bloc de 8333 options, au prix de levée de 8,50$ l'action. Il a cédé ces actions au début de juillet à un prix moyen de 12,70$.

Le vice-président aux enquêtes et services conseils, Louis Laframboise, s'est départi en février dernier d'un lot de 5000 actions à un prix moyen de 15,35$.

L'administrateur François Plamondon a vendu en février un bloc de 10 000 actions au prix de 14$.

Son collègue Pierre-Hubert Séguin a cédé sur le marché en mai un bloc de 54 000 actions, à un prix moyen de 16,50$. Jean Talbot, lui, a réduit en juin sa position de 4000 actions, en les cédant à 17$.

Enfin, contrairement à ses collègues précédents, notons que le grand patron de Garda World, Stéphan Crétier, a fait l'acquisition d'un bloc de 10 000 actions en janvier dernier, à 14,74$ pièce. Pas chanceux!