Combien la culture a-t-elle rapporté en 2007 en impôts et taxes aux paliers de gouvernement fédéral, provincial et municipal? Près de 25 G$. C'est trois fois plus que la somme (7,9 G$) investie collectivement l'an dernier dans la culture et les arts par les trois paliers de gouvernement.

Michel Girard

Combien la culture a-t-elle rapporté en 2007 en impôts et taxes aux paliers de gouvernement fédéral, provincial et municipal? Près de 25 G$. C'est trois fois plus que la somme (7,9 G$) investie collectivement l'an dernier dans la culture et les arts par les trois paliers de gouvernement.

Selon les estimations établies par le Conference Board et Statistique Canada, les gouvernements font beaucoup d'argent avec l'aide consentie dans le secteur culturel.

Les recettes fiscales de 25 G$ se répartent comme suit:

a) impôts sur le revenu personnel: 5,9 G$

b) impôts sur le revenu des sociétés: 6,5 G$

c) impôts indirects (taxes, etc.): 6,1 G$

d) autres revenus gouvernementaux: 6,4 G$

N'en déplaise au premier ministre Stephen Harper et à sa troupe de candidats conservateurs, il appert que le gouvernement fédéral retire en recettes fiscales (impôt fédéral, taxes, etc.) beaucoup plus que la somme annuelle de 3,5 G$ versée par son gouvernement l'an passé dans l'ensemble de l'industrie de la culture. Sur les 25 G$ de recettes fiscales, au moins le tiers (8 G$) devraient tomber dans les coffres fédéraux.

À moins que le gouvernement Harper sortant ne conteste les chiffres de Statistique Canada et du Conference Board, force est d'admettre que sa décision de supprimer 45 millions d'une douzaine de petits programmes d'aide culturelle apparaît indéfendable.

Supprimer 45 M$ quand vous encaissez un "profit" d'au moins 4,5 G$ (8 G$ de recettes fiscales moins 3,5 G$ de dépenses fédérales), ça fait cheap!

Quoi qu'il en soit, malgré le tollé soulevé d'un océan à l'autre par cette coupe de 45 M$ dans la culture et les arts, le premier ministre conservateur Stephen Harper refuse de faire marche arrière si son gouvernement est réélu.

Pour sa défense, il se contente de rappeler que les libéraux ont fait pire en 2003 quand le gouvernement libéral avait décidé de réduire de 25% le Fonds canadien de télévision.

Sur le site du Parti conservateur, on mentionne que «Le gouvernement fédéral, après trois ans sous les Conservateurs, dépense plus pour les programmes culturels chaque année que la dernière année sous les libéraux...».

La cerise sur le gâteau: les conservateurs citent une récente déclaration au Globe and Mail de l'ancienne vice-première ministre libérale et ministre du Patrimoine, Sheila Copps: «Le gouvernement conservateur est généreux avec le milieu des arts depuis qu'il est au pouvoir. Les conservateurs dépensent beaucoup pour la création.»

Les coupes touchent les programmes liés notamment aux expositions muséales, à l'archivage, à la mise en lignes d'oeuvres, à la formation des futurs scénaristes, à l'INIS, au soutien au développement des nouveaux marchés pour les produits culturels et l'industrie de l'édition.

Dans un récent rapport, le Conference Board du Canada évalue à près de 85 G$ les bénéfices directs et indirects engendrés par l'industrie culturelle canadienne, soit 7,5% du produit intérieur brut (PIB) du Canada. Au seul chapitre de l'emploi attribuable à l'industrie culturelle, on parle de 1,1 million de personnes qui vivent de cette industrie.

Quand on parle de l'industrie culturelle, cela comprend les arts de la scène, les arts visuels, les bibliothèques, le cinéma, la radio, la télévision, les livres, la presse écrite, le patrimoine, la musique, la chanson, les nouveaux médias, les festivals, etc.

Le refus du premier ministre Harper de faire marche arrière avec cette coupe de 45 M$ est dénoncé non seulement par le milieu artistique, les partis d'opposition mais... également par plusieurs personnalités du monde des affaires, dont Isabelle Hudon, présidente et chef de la direction, chambre de commerce du Montréal métropolitain, Marcel Côté, associé fondateur de SECOR Groupe Conseil, Bernard Lamarre, Fondation du Musée des beaux-arts, et Hélène Desmarais, présidente déléguée, conseil d'administration de l'Orchestre Symphonique de Montréal, présidente du conseil chambre de commerce du Montréal métropolitain.