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Les images pour le dire

Marc Tison
La Presse

Le panneau routier aligne deux pictogrammes, le premier signifiant un virage interdit, l'autre montrant un feu rouge, au-dessus de l'inscription «Île de Montréal».

C'est ce qui s'appelle un rébus. Une devinette graphique. Un hiéroglyphe. Il signifie: virage à droite interdit au feu rouge dans l'île de Montréal.

Habituellement, un pictogramme tente plutôt de faire passer un message en un seul dessin. Cet exemple illustre bien l'importance et la difficulté d'une signalisation publique qui communique vite et bien.

C'est justement une des spécialités d'Arium design. Chargé de la refonte complète du système de signalisation du centre Claude-Robillard, ce bureau de design industriel a fait face à un défi similaire: il lui a fallu notamment concevoir un pictogramme qui indiquerait clairement - mais pas trop - qu'il est interdit de faire pipi dans la piscine. Les designers ont créé un dessin où, inscrit dans un cercle rouge, un nageur asexué flotte sur l'onde. De sa région pelvienne jaillissent deux arcs pointillés qui tracent une trajectoire caractéristique.

La signalisation ne s'improvise pas. «Ce n'est pas avec quelques panneaux qu'on peut orienter les gens, s'exclame Assam Michel Daoud, président d'Arium design. C'est un ensemble et il faut une vision globale.» Son but, c'est la communication universelle, compréhensible par tous, jeunes, vieux, de toutes conditions physiques ou intellectuelles.

Pour y parvenir, l'équipe d'Arium design a discuté avec une quarantaine d'usagers du centre Claude-Robillard, tant visiteurs qu'employés, dont ceux chargés de l'entretien. Ils ont également consulté AlterGo, un organisme voué à l'intégration des personnes touchées par des déficiences physiques, auditives, visuelles, intellectuelles. «Au niveau des déficiences mentales, on a pu réaliser avec ces gens que le langage visuel, donc les pictogrammes, était un outil d'orientation très important», dit M. Daoud.

Son équipe a conçu une famille de pictogrammes qui indiquent clairement l'usage des lieux, les activités sportives, les interdictions et les obligations... Établissant une continuité historique, les designers ont conservé le style des pictogrammes olympiques de 1976 - eux-mêmes une version en négatif de ceux de Munich 1972.

Sur les grands panneaux-répertoires, aux principales entrées, l'inscription du lieu est suivie du pictogramme correspondant: «Il y a toujours une double lecture», souligne M. Daoud. L'information se décline ensuite en deux ou trois paliers, jusqu'aux petits panneaux d'identification aux portes des locaux. Ceux-là comportent des embossages en braille. «Quatre-vingt-dix pour cent des gens atteints de déficience visuelle peuvent voir les contrastes, explique M. Daoud. Le braille devient une confirmation, une validation.»

Pour faciliter leur repérage et créer une signature visuelle, les panneaux d'un gris-bronze profond sont bordés d'une bande ou d'une équerre rouge - rouge Montréal! - où peuvent être inscrites des informations prioritaires.

De leur côté, les pictogrammes à l'usage du personnel sont placés sur des panneaux d'un gris discret.

«La signalisation est souvent perçue par les gestionnaires immobiliers comme un mal nécessaire, mais elle est plus que ça parce qu'elle véhicule l'image de l'établissement», soutient Assam Michel Daoud. Il donne l'exemple d'un hôtel chic dont on ne réussit pas à trouver les toilettes: notre perception des lieux s'en trouve inévitablement altérée.

La signalisation doit poursuivre le travail de l'architecture. Même la colonne dressée en face du centre Claude-Robillard exprime un message de bienvenue et préfigure la signalisation intérieure.

L'intervention d'Arium design s'est étendue à l'identification des étages: un service important, jusqu'alors situé au deuxième sous-sol, paraîtra mieux aux yeux des visiteurs s'ils sont désormais dirigés vers le niveau S2.

Quand on circule dans le centre, tout cela paraît évident, semble aller de soi. Et ça doit être ainsi. En signalisation, le médium n'est pas le message, il est à son service. «La phase la plus importante est la communication, conclut Assam Michel Daoud. L'esthétique vient ensuite.»




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