La bataille de Rabaska, documentaire de l'ONF présenté en première ce samedi soir à Québec puis jeudi à Montréal, se termine par un émouvant mea culpa. À la suite du feu vert donné par le gouvernement Charest au projet de port méthanier à Lévis, le militant Daniel Breton, «désespérément triste», s'excuse de n'avoir pu mobiliser les Montréalais autour de ce combat.

François Cardinal
François Cardinal LA PRESSE

«Quand le gouvernement a vu que la marche (dans la métropole) n'avait pas l'ampleur qu'on souhaitait, affirme-t-il, cela lui a donné un chèque en blanc pour aller de l'avant.»

En un mot, la «stratégie Montréal» a échoué.

Basée sur une formule souvent entendue au sein du mouvement écolo («la bataille n'existe pas tant que les médias de Montréal n'en ont pas parlé»), cette tactique vise à transformer un enjeu local en un enjeu national. Elle a été utilisée avec succès contre la centrale thermique du Suroît et la privatisation d'une portion du mont Orford, entre autres.

Or dans le cas de Rabaska, non seulement n'a-t-elle pas fonctionné, elle a eu l'effet contraire, donnant une légitimité nouvelle au projet. Ce qui signale possiblement la fin du recours à cette stratégie.

Pourquoi la bataille contre Rabaska a-t-elle fait chou blanc, alors que celle reliée au Suroît et à Orford ont mobilisé les foules dans la métropole?

D'abord parce que Rabaska est un projet issu du privé, contrairement au Suroît et à Orford. «Les citoyens ont tendance à se sentir davantage interpellés lorsque le projet est porté par Hydro ou par le gouvernement», fait remarquer Philipe Bourke, du Regroupement national des conseils régionaux de l'environnement.

Ensuite, parce qu'il existait au sein du gouvernement libéral des poches d'opposition contre Orford et contre le Suroît, mais pas contre Rabaska. Même que le seul opposant à ce projet au sein de la machine en en a été éjecté (Thomas Mulcair).

Enfin, entre les succès du Suroît (2004) et d'Orford (2006), et l'échec de Rabaska (2007), il y a eu le code de vie d'Hérouxville (janvier 2007). Le clivage rural/urbain qui en a résulté, et qui ne cesse de prendre de l'ampleur depuis, rend aujourd'hui la «stratégie Montréal» bien hasardeuse.

«Dans bien des dossiers, la facilité serait d'aller chercher la sympathie des citadins. Mais cela, il est vrai, peut entraîner un ressac», reconnaît Christian Simard, de Nature Québec. D'autant que promoteurs, partisans des projets et médias régionaux se sont déjà ajusté à cette nouvelle réalité.

Pour s'en convaincre, il n'y a qu'à regarder la bataille en cours contre le complexe hydroélectrique la Romaine. Après la conférence de presse tenue à Montréal par les opposants, fin octobre, les élus de la Minganie ont émis un communiqué ridiculisant les écolos de la métropole, qui «manquent de respect» envers «nos communautés».

Cette attitude est en quelque sorte encouragée par Hydro-Québec, qui a signé de juteux contrats de plusieurs millions de dollars avec ces «communautés», en échange de leur appui indéfectible au projet.

De leur côté, animateurs et chroniqueurs des régions s'en donnent à coeur joie contre «la clique du Plateau» et les «environnementeurs», qui ne souhaitent qu'une chose : protéger leur terrain de jeu, au détriment de l'économie locale.

C'est eux contre nous, en somme. Une attitude qui pourrait bien signer l'arrêt de mort de la «stratégie Montréal».