« À moins d’une hécatombe, je ne pense pas que les écoles refermeront. »

Publié le 11 juin
Louise Leduc
Louise Leduc La Presse

Telle est la prédiction de la docteure Caroline Quach, pédiatre, microbiologiste et infectiologue au CHU Sainte-Justine.

L’année scolaire, marquée une fois de plus par des interruptions, par des vacances des Fêtes précipitées puis rallongées et par de nombreuses absences ponctuelles d’élèves et d’enseignants infectés, tire à sa fin.

Tout cela a été lourd de répercussions, lesquelles ont été abordées vendredi à Montréal lors d’une conférence organisée par l’Observatoire pour l’éducation et la santé des enfants.

Dès la rentrée scolaire de l’automne, croit la Dre Quach (l’une des participantes de cette conférence), il y a fort à parier qu’il y aura déjà un bon nombre de cas. Les restrictions sanitaires moins sévères que l’an dernier risquent fort d’entraîner une recrudescence des cas plus rapide qu’en 2021, alors qu’on s’en était assez bien tiré jusqu’en décembre.

Malgré cela, selon elle, à moins d’un nouveau variant qui changerait complètement la donne, de nouvelles fermetures d’écoles ne sont pas dans les cartons de la Santé publique.

Car cette fois, estime-t-elle, grâce aux vaccins, nous ne sommes pas aussi vulnérables. Des antiviraux peuvent aussi nous éviter les pires situations du début de la pandémie.

« La pandémie n’est pas finie, mais on n’est plus au même endroit [que lors des vagues précédentes] », a-t-elle lancé.

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, ARCHIVES LA PRESSE

La Dre Caroline Quach

À ses côtés, la Dre Marie-France Raynault, médecin spécialiste en santé communautaire et en santé publique, s’est montrée du même avis. Tant qu’on en reste grosso modo à Omicron, « on en est à une stratégie de mitigation, c’est-à-dire à protéger le système de santé et les plus vulnérables sans nécessairement imposer des mesures populationnelles importantes ».

Pour éviter à l’avenir trop de fermetures de classes, peut-être faudrait-il d’ailleurs, selon elle, envisager de revoir la définition d’éclosion – au moins deux cas liés –, qui, dit-elle, « était très stricte ».

L’école, essentielle à la socialisation

Dominic Besner, directeur de l’école Calixa-Lavallée, dans l’arrondissement de Montréal-Nord, espère vraiment qu’on soit ailleurs. « L’école, il ne faut pas que ça ferme », dit-il, ajoutant que le mode hybride était aussi « une très mauvaise idée » qui relevait « de la pensée magique ».

PHOTO FRANÇOIS ROY, ARCHIVES LA PRESSE

Dominic Besner, directeur de l’école secondaire Calixa-Lavallée, en mars 2021

Hélène Lecavalier, enseignante de 4e année dans les Laurentides, a relevé pour sa part que ses collègues et elle ont observé « une baisse du savoir-être, une hausse du stress et une diminution du respect envers les pairs et envers les adultes ».

Et cela, c’est sans compter les retards en lecture, note-t-elle, et les élèves qui, en calligraphie, tiennent encore mal leur crayon alors que la chose aurait, en personne, été corrigée.

Ces retards scolaires sont mis en évidence par une étude de chercheurs de l’Observatoire pour l’éducation et la santé des enfants et du CHU Sainte-Justine. Ils ont calculé (sur la base des résultats à l’examen du Ministère en lecture de 7500 élèves de 4e année sur 12 000) que la pandémie a fait baisser de plus de 8 points de pourcentage la moyenne des élèves de 4e année du primaire à l’épreuve ministérielle de 2021 (de 77,4 % à 68,9 %) par rapport à 2019.

« On a émergé du chaos, mais on n’en est pas encore au retour à la normale », et les élèves ont encore beaucoup de retard à rattraper, a quant à elle rappelé Carla Haelermans, professeure spécialisée en économie de l’éducation de l’Université de Maastricht.

Aux Pays-Bas, où elle se trouve, Carla Haelermans estime que la perte moyenne d’apprentissages après deux ans de pandémie est maintenant de huit semaines. Dans son pays, les retards scolaires sont particulièrement importants en mathématiques et en orthographe, retards qui n’ont pas été résorbés entre la première et la deuxième année de la pandémie, s’inquiète-t-elle.

Kristof De Witte, professeur spécialisé en économie de l’éducation de l’Université catholique de Louvain, a relevé pour sa part qu’en Belgique, les retards dans les apprentissages sont particulièrement manifestes dans l’enseignement de la langue maternelle et de la langue seconde.

Mais contrairement à ce qui est observé aux Pays-Bas, M. De Witte souligne que tant d’attention a été consacrée aux élèves vulnérables que les plus grosses baisses de notes s’observent du côté des jeunes qui ont habituellement les résultats les plus forts.

Le tutorat, solution à privilégier

Comment améliorer la donne ? Les chercheurs pointent tous dans la même direction : le tutorat.

Plus que le redoublement, plus que de limiter le nombre d’élèves par classe, plus que toute autre mesure pédagogique, le tutorat apparaît, selon les études, comme la voie à suivre absolument, a insisté M. De Witte, d’autant que c’est aussi la moins onéreuse.

Il souligne aussi qu’en Belgique, « les écoles d’été ont très bien réussi à aider les plus vulnérables à limiter les retards scolaires ».

« On ne doit pas seulement se mettre en mode rattrapage, il faut qu’on vise à faire mieux », a conclu M. De Witte.

En savoir plus

  • 83,2 %
    Taux de réussite en lecture des élèves de 4e année en 2019
    Source : Observatoire pour l’éducation et la santé des enfants
    71,9 %
    Taux de réussite en lecture des élèves de 4e année en 2021
    Source : Observatoire pour l’éducation et la santé des enfants