Les confinements de la COVID-19 ont fait craindre l’apparition d’une « pandémie de solitude » dans le monde. Mais malgré l’isolement, les gens n’en ont pas autant souffert que ce qui était appréhendé, conclut une nouvelle étude internationale. Explications.

Publié le 24 mai
Nicolas Bérubé
Nicolas Bérubé La Presse

Hausse perceptible

Les confinements sans précédent qui ont frappé la planète durant la pandémie de COVID-19 laissaient craindre une « pandémie de solitude » et d’isolement social, notamment chez les adolescents et les jeunes adultes dont les relations habituelles ont été bouleversées. Une nouvelle méta-étude internationale qui s’est penchée sur des études couvrant 200 000 personnes sur 4 continents montre toutefois que si une hausse de la solitude a été perceptible durant la pandémie, les craintes d’une « pandémie de solitude » sont sans doute exagérées, explique en entrevue Mareike Ernst, chercheuse postdoctorante à l’Université Johannes Gutenberg de Mayence, en Allemagne, et autrice principale de l’étude Loneliness Before and During the COVID-19 Pandemic : A Systematic Review With Meta-Analysis, publiée dans le plus récent numéro d’American Psychologist.

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Mareike Ernst, chercheure postdoctorante à l’Université Johannes Gutenberg de Mayence, en Allemagne, et autrice principale de l’étude Loneliness Before and During the COVID-19 Pandemic : A Systematic Review With Meta-Analysis

Isolement social c. solitude

Les chercheurs notent que l’isolement social et la solitude ne sont pas la même chose. « L’isolement social décrit une situation dans un sens plus objectif (par exemple, si une personne vit avec d’autres ou si elle vit seule), dit Mme Ernst. La solitude, en revanche, est un sentiment. Elle résulte d’une inadéquation entre les contacts sociaux que vous souhaitez ou dont vous avez besoin et ceux que vous avez réellement, tant en termes de quantité (par exemple, le nombre de personnes auxquelles vous parlez dans une journée) que de qualité (par exemple, la confiance, la proximité). Vous pouvez vous sentir seul même si vous êtes avec d’autres personnes, et vous pouvez vous sentir parfaitement heureux et satisfait même si vous êtes actuellement seul. Cela dépend de vos besoins individuels et de votre personnalité. »

Suivie de près

Autour du monde, les gens ont été touchés différemment par la pandémie en fonction notamment du type d’emploi qu’ils occupaient ou de leurs conditions de vie, et cela a eu un impact sur le niveau de solitude ressentie, note Mme Ernst. « Nous avons constaté que les changements dans le sentiment de solitude ont été très hétérogènes entre les différentes études et enquêtes menées autour du monde. En même temps, il y a également des raisons de penser que le ‟fossé de la solitude” s’est encore élargi, ce qui signifie que les inégalités entre les gens se sont accrues. Et comme la solitude constitue un risque pour la mortalité prématurée et la santé mentale et physique, elle doit être suivie de près. » Toutes les données analysées proviennent d’études à long terme qui ont mesuré les niveaux de solitude des participants avant la pandémie et à nouveau pendant la pandémie.

Réaction normale

Le fait que tous n’ont pas été frappés de façon uniforme par une hausse de la solitude pendant la pandémie ne veut pas dire que la solitude n’est pas un problème pour autant, notent les chercheurs. « Dans notre étude, nous n’avons pu isoler un facteur particulier pour savoir qui allait souffrir de solitude. La solitude peut affecter n’importe qui, peu importe l’âge. Par exemple, nous avons constaté une hausse de la solitude chez les jeunes, les personnes âgées, chez les hommes et les femmes, et chez les personnes avec et sans problèmes de santé mentale ou physique », dit Mme Ernst, ajoutant que les conséquences de l’augmentation observée de la solitude « ne sont pas claires » à l’heure actuelle. « Il pourrait s’agir en partie d’une réaction normale à un changement de circonstances, et les gens pourraient s’adapter au fait d’avoir moins de contacts, plus de contacts en ligne, etc., dit-elle. Nous devons déterminer qui ressent le plus de solitude, qui la ressent le plus longtemps et qui a du mal à renouer avec les autres, puis concentrer les solutions sur les personnes les plus vulnérables. »

Consultez l’étude Loneliness Before and During the COVID-19 Pandemic : A Systematic Review With Meta-Analysis (en anglais)

En savoir plus

  • 5 %
    Augmentation moyenne de la solitude pendant la pandémie dans les différentes études analysées. Cependant, cette hausse n’a pas été observée de façon uniforme parmi tous les groupes étudiés.
    Source : Loneliness Before and During the COVID-19 Pandemic : A Systematic Review With Meta-Analysis
    1 personne sur 10
    Proportion de Canadiens âgés de 15 ans et plus qui disent ressentir « toujours ou souvent » de la solitude. Aussi, 3 Canadiens sur 10 disent ressentir « parfois » de la solitude, tandis que 5 personnes sur 10 ont dit ressentir « rarement ou jamais » de la solitude.
    Source : Statistique Canada, 2021