(Ottawa) Avec l’assouplissement des restrictions sanitaires à travers le Canada, un comité de la Chambre des communes a été averti lundi que de nouveaux variants de la COVID-19 continueront d’apparaître tous les quelques mois à moins que le faible taux de vaccination dans les pays défavorisés n’augmente.

Publié le 25 avril
Mike Blanchfield La Presse Canadienne

Le message a été transmis au Comité permanent des affaires étrangères et du développement international de la Chambre des communes par de hauts responsables de Gavi, l’organisation internationale qui dirige la distribution de vaccins dans les pays en développement, et du Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF).

Le Dr Seth Berkley, le directeur exécutif de Gavi, a indiqué que si le Canada offre des quatrièmes doses de vaccins contre la COVID-19 et a un taux de vaccination supérieur à 80 % de sa population, le taux mondial, lui, atteint à peine 59 %.

Il a relevé que dans les 18 pays les plus pauvres, moins de 10 % des gens sont complètement vaccinés.

Le Dr Berkley a expliqué qu’avec 2,7 milliards de personnes non vaccinées dans le monde, la COVID-19 a amplement d’espace pour muter vers de nouveaux variants, comme la récente souche Omicron, qui rend malades des personnes triplement vaccinées dans les États riches.

« Même si de nombreux pays à couverture élevée ont maintenant assoupli les restrictions et rouvert leurs sociétés, nous sommes toujours dans un état de crise mondiale, a indiqué le Dr Berkley. Jusqu’à présent, un nouveau variant est apparu environ tous les quatre à cinq mois, et globalement, rien n’a changé pour nous donner des raisons de croire que ce schéma ne se poursuivra pas. »

Lily Caprani, responsable de la santé mondiale, des vaccins et de la réponse à la pandémie pour l’UNICEF, a déclaré qu’il était dans « l’intérêt personnel éclairé » de pays comme le Canada d’augmenter les taux de vaccination partout, sinon il y aura un cycle continu de nouveaux variants émergents.

« Comme nous le savons, un nouveau variant continue d’émerger tous les quatre mois environ et la menace n’est pas terminée, ni pour ces populations vulnérables ni pour aucun pays — même ceux avec une couverture vaccinale élevée », a expliqué Mme Caprani.

De plus, bien que la COVID-19 n’ait peut-être pas posé le plus grand risque pour les enfants par rapport à d’autres groupes, la pandémie leur a causé des dommages par d’autres moyens. Les fermetures d’écoles, le manque d’accès aux soins de santé maternelle et néonatale et la baisse des vaccinations contre d’autres maladies évitables ont entraîné une réémergence de la rougeole et de la poliomyélite, a-t-elle ajouté.

« Les enfants sont en quelque sorte des victimes cachées de la pandémie », a-t-elle précisé.

Mme Caprani et le Dr Berkley ont déclaré au comité que le problème de l’approvisionnement en vaccins — qui a suscité de nombreuses critiques l’année dernière selon lesquelles le Canada et d’autres pays étaient des thésauriseurs de vaccins — n’est plus le problème dominant. Il existe désormais de nombreuses doses de vaccins fabriqués, mais les pays moins développés n’ont pas la capacité de faire vacciner les gens.

Ils ont cité une série de facteurs allant des systèmes de santé mal en point ou inadéquats, à la réticence à la vaccination, en passant par le manque de travailleurs de la santé et de fournitures de base, telles que les seringues.

Le ministre du Développement international, Harjit Sajjan, a souligné ces lacunes lors d’un récent voyage en Afrique de l’Ouest et a indiqué qu’il prévoyait de chercher des moyens de cibler les dépenses d’aide du Canada vers les domaines où elles pourraient être les plus utiles.

Plus tôt ce mois-ci, le premier ministre Justin Trudeau a annoncé que le Canada augmentait sa contribution à COVAX, l’alliance internationale de partage de vaccins dirigée par Gavi, à 700 millions pour aider à acheter, livrer et distribuer des vaccins contre la COVID-19 aux pays à faible revenu.

La porte-parole du NPD en matière d’affaires étrangères, Heather McPherson, a dit au comité qu’elle ne voulait pas voir les pays riches réduire leurs dépenses globales de développement international alors qu’ils déploient des quatrièmes doses pour leurs propres populations.

« Il y a ce genre de sentiment que la COVID-19 est terminée, que nous pouvons changer de chaîne pour tourner la page. Et je pense que nos deux témoins d’aujourd’hui ont dit très, très clairement que nous ne sommes pas sortis de cette pandémie », a-t-elle commenté.

Mme McPherson et son collègue conservateur, Ziad Aboultaif, ont interrogé deux autres témoins sur le retard de distribution des vaccins dans les pays à faible revenu : des représentants des sociétés de vaccins AstraZeneca Canada et Pfizer Canada.

La présidente d’AstraZeneca, Kiersten Combs, a répondu que sa société avait initialement mis son vaccin à disposition « sans profit au plus fort de la crise » avant de passer ultérieurement à une pratique de « tarification échelonnée ».

Fabien Paquette, responsable des vaccins chez Pfizer, a indiqué que son entreprise offrait des « tarifications échelonnées » qui voyaient des pays riches comme le Canada payer un prix qui était basé sur le « coût historique du vaccin contre la grippe ». Les pays à revenu intermédiaire ont été invités à payer la moitié de ce prix, tandis que les pays à faible revenu se sont vu offrir ce que la société a appelé un prix sans but lucratif.

Mais ni Mme Combs ni M. Paquette n’ont voulu révéler ce que le Canada avait payé pour ces vaccins lorsque les deux députés l’ont demandé.

« Il semble bien que la recherche du profit ait pris le pas sur la crise humanitaire et le besoin pour les gens du monde entier d’avoir accès aux vaccins, a souligné Mme McPherson aux deux dirigeants pharmaceutiques. Je suis déçue, je dois dire, que vous ne puissiez pas partager certains des chiffres avec nous. »

Elle a rappelé au comité que Pfizer a déclaré avoir enregistré un bénéfice de 37 milliards grâce à son vaccin contre la COVID-19.