Québec prolonge de deux semaines l’obligation de porter le masque dans les lieux publics, même si la sixième vague perd de la force.

Mis à jour le 21 avril
Suzanne Colpron
Suzanne Colpron La Presse

En conférence de presse, jeudi, le directeur national de santé publique par intérim, le DLuc Boileau, a indiqué avoir fait cette recommandation au gouvernement. Au même moment, le ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé, a annoncé dans un communiqué que le port du masque serait maintenu jusqu’à la mi-mai.

Cette décision fait en sorte que le Québec est maintenant le seul endroit au Canada à imposer le port du masque dans les lieux publics, à part l’Île-du-Prince-Édouard, qui compte cesser de l’exiger le 28 avril.

En Alberta et en Saskatchewan, le masque n’est plus requis depuis le 1er mars. La Colombie-Britannique a abandonné cette mesure le 11 mars, suivie par le Nouveau-Brunswick et Terre-Neuve-et-Labrador le 14 mars, le Manitoba le 15 mars, le Yukon le 18 mars, l’Ontario et la Nouvelle-Écosse le 21 mars, les Territoires du Nord-Ouest le 1er avril et le Nunavut le 11 avril.

Le Québec se distingue aussi à l’échelle mondiale, puisque le port du masque n’est plus exigé dans de nombreux pays.

Est-ce que le port prolongé du masque reflète le fait que le virus frappe plus fort ici qu’ailleurs ? Ou est-ce parce que les autorités sanitaires québécoises font preuve d’une plus grande prudence ? Ou parce que les Québécois acceptent plus facilement de le porter ?

« Je peux vous assurer qu’il y a plusieurs autres endroits, plusieurs autres provinces, qui voudraient [maintenir le port du masque] », a répondu le DBoileau aux questions de La Presse.

D’ailleurs, l’Ontario va continuer à porter [le masque] jusqu’au mois de juin dans les transports en commun, en milieu hospitalier et dans les endroits où il y a beaucoup de personnes. Alors, il y a des révisions qui se passent actuellement dans d’autres endroits au niveau canadien.

Le DLuc Boileau, directeur national de santé publique par intérim

Le masque, a-t-il tenu à rappeler, « n’est pas un outil marginal ».

« Nous sommes un peu en avance sur d’autres provinces canadiennes sur cette sixième vague », a-t-il ajouté, ce qui suggère qu’on en sortira plus rapidement.

Hospitalisations en hausse

Le nombre d’hospitalisations liées à la COVID-19 a continué sa progression jeudi. On a rapporté 24 nouvelles admissions, portant le nombre total à 2405 personnes hospitalisées, dont 88 aux soins intensifs.

Le délestage en chirurgie n’est toutefois pas aussi important qu’en janvier, alors que l’on comptait autant de patients frappés par le virus dans les hôpitaux. Comment se fait-il qu’avec un tel nombre de patients atteints de la COVID-19, le réseau de la santé ne soit pas chamboulé comme il l’était au début de l’année ?

Selon la Dre Lucie Opatrny, sous-ministre adjointe, cela s’explique par le fait que la majorité des personnes hospitalisées qui ont la COVID-19 ont été admises pour une autre raison. Et celles qui sont à l’hôpital à cause du virus ont des symptômes moins sévères et restent hospitalisées moins longtemps. Les effets moins sévères de la maladie font également en sorte que moins de 5 % de ces patients ont besoin de soins intensifs.

« En ce moment, l’effet sur le délestage est bien moindre que pour le même nombre d’hospitalisations au mois de janvier », a expliqué la Dre Opatrny, sous-ministre adjointe à la Direction générale des affaires universitaires, médicales, infirmières et pharmaceutiques.

Si le Grand Montréal est au niveau 2 du plan de délestage, la plupart des régions sont au niveau 3 et l’Estrie s’approche du niveau 4, a-t-elle dit. Le niveau d’alerte le plus élevé est 5.

Cette situation difficile risque toutefois d’être de courte durée parce que les plus récentes projections de l’Institut national d’excellence en santé et en services sociaux (INESS), publiées jeudi, montrent que le nombre d’hospitalisations totales devrait se stabiliser au cours des deux prochaines semaines et que le nombre des nouvelles hospitalisations devrait diminuer.

« Nos données nous montrent que la transmission du virus pourrait avoir commencé à ralentir. Peut-être même qu’on aurait déjà atteint un certain plateau, sinon un pic », a affirmé le DBoileau, qui a rappelé les avantages d’une troisième et d’une quatrième dose.

« On ne multipliera pas ça à l’infini pour se rendre à des milliers de doses, a-t-il promis. Mais après un certain nombre de mois, quelque chose comme cinq, six mois, on commence à voir dans la plupart des études une baisse de l’efficacité vaccinale. » M. Boileau a ajouté que la période d’isolement pour les personnes immunodéprimées passait de 21 à 10 jours, en présence de symptômes de la COVID-19.

38 nouveaux décès

Ce sont 38 nouveaux décès qui ont été rapportés jeudi, portant la moyenne quotidienne calculée sur sept jours à 23. La tendance est en hausse de 18 % sur une semaine. On a par ailleurs rapporté 2909 nouveaux cas. La tendance des nouveaux cas est en baisse de 24 % sur une semaine. Mais les chiffres ne reflètent vraisemblablement qu’une partie des infections totales, en raison de l’accès limité aux tests de dépistage par PCR. D’ailleurs, le pourcentage de tests de dépistage par PCR qui s’avèrent positifs demeure très élevé, soit 15,3 %. En plus des cas dépistés par tests PCR, 1737 personnes ont déclaré ces derniers jours avoir obtenu un résultat positif à un test rapide. Les cas autodéclarés, qui ne sont pas inclus dans le bilan des cas publié quotidiennement, ont diminué de 29 % depuis une semaine. Au chapitre de la vaccination, 83 % des Québécois ont reçu deux doses, 51 % en ont eu trois et 6,2 % ont quatre doses. Les quatrièmes doses étant réservées aux groupes les plus vulnérables, il est intéressant de noter que 30 % des Québécois de 70 ans et plus ont reçu quatre doses.

Pierre-André Normandin, La Presse