La famille d’Omicron continue de s’agrandir. Après BA.2, majoritaire au Québec, le variant « recombinant » XE a été découvert dans plusieurs pays, y compris au Canada. Son apparition n’a rien d’anormal, affirment les experts consultés par La Presse. Mais ce n’est pas une bonne nouvelle. Voici pourquoi.

Publié le 20 avril
Suzanne Colpron
Suzanne Colpron La Presse

Qu’est-ce qu’un variant recombinant ?

C’est le résultat de la fusion de deux souches existantes. Ce phénomène intervient quand une personne est infectée par deux lignées en même temps. « Ça arrive. C’est déjà arrivé. Ça va continuer à arriver », affirme André Veillette, immunologiste à l’Institut de recherches cliniques de Montréal. En effet, lorsque des virus attaquent une cellule, ils peuvent échanger des parties de leur génome et capter des mutations les uns des autres. « Il y a beaucoup de virus qui utilisent la méthode de la recombinaison », précise Alain Lamarre, professeur-chercheur spécialisé en immunologie et virologie à l’Institut national de la recherche scientifique.

Que sait-on du XE ?

Il est issu du mélange de deux souches de la lignée d’Omicron, BA.1 et BA.2. Le XE attire l’attention parce qu’il circule beaucoup en Angleterre, où on recense 1125 cas. D’autres pays, dont le Canada, l’ont aussi détecté sur leur territoire. « Plus vous allez avoir de transmission dans la population, plus vous allez avoir de chances qu’une personne soit coinfectée par des lignées différentes », précise Inès Levade, conseillère scientifique spécialisée au Laboratoire de santé publique du Québec et coordinatrice du comité d’experts sur la vigie génomique du SARS-CoV-2. Tous les variants recombinants connus portent un nom dont la première lettre est X. Le premier s’appelle XA et le dernier est XT.

PHOTO TIRÉE DU COMPTE TWITTER D’INÈS LEVADE

Inès Levade, conseillère scientifique spécialisée au Laboratoire de santé publique du Québec

Le XE circule-t-il au Québec ?

Non. Du moins, on ne l’a pas encore détecté de manière certaine. Mais cinq cas d’un autre recombinant, qui ressemble fortement au XE, ont été identifiés au Québec. Un seul cas de XE a été trouvé au Canada à ce jour.

Comment s’y prend-on pour identifier ces nouvelles formes du coronavirus ?

Un programme appelé Pangolin, géré par un groupe de recherche, leur attribue un nom en fonction du nombre de cas rapportés dans le monde.

Y a-t-il de quoi s’inquiéter ?

Oui. Selon les scientifiques, ces variants peuvent devenir plus transmissibles ou plus résistants aux vaccins. « Le problème de la recombinaison, c’est que ça permet d’avoir plein de nouvelles mutations d’un coup », explique Inès Levade, du Laboratoire de santé publique du Québec. « Ça permet en fait au virus de faire des combinaisons de mutations beaucoup plus grandes et beaucoup plus rapidement. Ça peut changer ses caractéristiques épidémiologiques et cliniques. Donc, c’est à surveiller. »

PHOTO TIRÉE DU SITE DE L’INSTITUT DE RECHERCHES CLINIQUES DE MONTRÉAL

André Veillette, immunologiste à l’Institut de recherches cliniques de Montréal

Le XE est-il plus transmissible ?

Oui, il serait 10 % plus contagieux que BA.2. « Est-ce qu’il donne des maladies plus sévères ? Ce n’est pas clair, dit M. Veillette. Est-ce qu’il devrait être plus résistant aux vaccins que BA.1 ou BA.2 ? J’en doute, mais ce n’est pas clair non plus. »

Pourrait-il détrôner BA.2 ?

Les chances sont faibles. « Mais c’est possible s’il est introduit dans des populations peu protégées », indique Alain Lamarre. Deux types de variants peuvent supplanter BA.2. « Il y a les variants qui se répliquent plus vite et qui infectent plus vite, ceux qui vont gagner les courses à obstacles, note André Veillette. Et les variants d’échappement qui contournent le système immunitaire, comme Omicron, mais encore plus efficacement. » Inès Levade rappelle que lorsque Delta était la souche dominante, on s’attendait à ce que la nouvelle sous-lignée préoccupante provienne de Delta. Mais c’est Omicron, qui présentait un nombre très élevé de mutations, qui a créé la surprise.

PHOTO TIRÉE DU SITE DE L’INSTITUT NATIONAL DE LA RECHERCHE SCIENTIFIQUE

Alain Lamarre, professeur-chercheur spécialisé en immunologie et virologie à l’Institut national de la recherche scientifique

Quelles précautions faut-il prendre ?

Il faut faire de la surveillance épidémiologique et procéder à un séquençage du virus. Au Québec, on séquence environ 700 tests PCR par semaine pour identifier les lignées qui circulent, fait savoir Mme Levade. « On séquence aussi des voyageurs, en collaboration avec le fédéral, pour voir ce qui rentre des autres pays », ajoute-t-elle.

À quoi faut-il s’attendre pour la suite des choses ?

« Les gens qui espéraient qu’on s’en sortirait rapidement vont être déçus, répond Alain Lamarre. On est pris avec le virus pour un bon bout et il n’y a pas de sortie simple, parce qu’il arrive à infecter les gens vaccinés, même triplement vaccinés, et même ceux qui ont fait une COVID récente. Je pense que ça va prendre un autre vaccin. On a atteint la limite de l’efficacité de ces vaccins-là, qui sont trop différents des souches circulantes. »