Au printemps 2021, alors que la campagne de vaccination de masse prenait son envol au Québec, la question du délai entre les deux doses de vaccin déchirait les spécialistes. Fallait-il administrer le vaccin comme les sociétés pharmaceutiques le préconisaient, avec un délai de 21 à 28 jours entre les deux doses ? Ou fallait-il se fier aux conclusions de la Santé publique qui estimait qu’il valait mieux distribuer des premières doses au plus grand nombre possible de personnes, quitte à allonger le délai de plusieurs semaines entre les deux doses ?

Publié le 20 avril
Judith Lachapelle
Judith Lachapelle La Presse

Aux prises avec un approvisionnement irrégulier et insuffisant, le Québec avait adopté la seconde stratégie, allongeant à un certain moment l’intervalle jusqu’à 16 semaines (4 mois). Les chercheurs en ont profité pour mesurer l’efficacité vaccinale selon la durée de l’intervalle. L’hypothèse de départ, basée sur les connaissances du fonctionnement du système immunitaire, était qu’en laissant plus de temps entre deux stimulations, certains types d’anticorps gagneraient en maturité et en efficacité.

Et en effet, a observé au fil des mois le chercheur et professeur Andrés Finzi, du département de microbiologie, infectiologie et immunologie de l’Université de Montréal, les vaccinés qui avaient attendu au moins 16 semaines entre les deux premières doses ont bénéficié pendant des mois d’une protection vaccinale légèrement meilleure que les vaccinés dont l’intervalle entre les doses avait été plus court. La vigueur des cellules mémoire B et T s’est avérée efficace contre le variant Delta, en particulier, qui circulait à l’été et à l’automne 2021.

Le même genre d’observations a été rapporté l’automne dernier par les autorités de santé publique du Québec et de la Colombie-Britannique. Selon les données publiées par l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) en octobre dernier, l’efficacité du vaccin Pfizer contre les infections à la COVID-19 passait de 75 % (intervalle court de trois à quatre semaines) à 88 % avec un intervalle de sept à huit semaines. L’efficacité pour prévenir les hospitalisations était encore meilleure : elle passait de 92 % (court intervalle) à 98 % (long intervalle).

Des améliorations semblables ont aussi été rapportées pour les autres vaccins.

Cette observation, raconte le professeur Finzi, avait suscité un peu d’inquiétude dans la cohorte du court intervalle. « Les gens qui avaient eu un court intervalle me disaient être déçus de ne pas être aussi bien protégés que les autres », se souvient-il.

Mais depuis l’automne dernier, le temps a passé et de nouvelles doses de vaccin se sont ajoutées. Dans ses derniers résultats, diffusés mardi sur la plateforme de publication scientifique medRxiv, l’équipe d’Andrés Finzi livre une « bonne » et une « très bonne » nouvelle.

La « très bonne » nouvelle est pour les doubles vaccinés au court intervalle : la dose de rappel leur a permis de rattraper le niveau de protection des cohortes du long intervalle. « Après la troisième dose, la différence de l’avantage du long intervalle sur le court a disparu », dit M. Finzi.

La « bonne » nouvelle est à l’intention des doubles vaccinés au long intervalle.

La protection remarquable sur laquelle ils ont surfé pendant au moins quatre mois après la deuxième dose a fini par s’effriter. Mais la dose de rappel, que les participants de l’étude ont reçue sept mois après la dernière dose, leur a permis de retrouver le haut niveau de protection qu’ils avaient atteint après la deuxième dose.

« Une autre preuve que la dose de rappel est importante pour tous », dit Andrés Finzi.

Les données de l’étude continuent de montrer qu’une cohorte reste encore mieux protégée que les autres : celle des « vaccinés infectés ». Pourquoi les vaccinés qui ont été exposés au virus SARS-CoV-2 restent-ils mieux protégés que tous les autres ? Est-ce parce que leur système immunitaire a appris à reconnaître ce coronavirus en entier, alors que le vaccin enseigne à repérer seulement son spicule caractéristique ? Ou est-ce en raison du mode de transmission du SARS-Cov-2, qui infecte les muqueuses et stimule différentes cellules immunitaires que le vaccin ? Ces questions, comme bien d’autres, restent toujours sans réponse.