Le Québec a-t-il vraiment atteint le sommet de la sixième vague ? Si les chiffres du gouvernement montrent des signes de stabilisation, de nouvelles données du Centre interuniversitaire de recherche en analyse des organisations (CIRANO) évaluent que la province connaît toujours une forte hausse des cas de COVID-19. Près de 60 000 personnes par jour attraperaient le virus actuellement.

Publié le 15 avril
Henri Ouellette-Vézina
Henri Ouellette-Vézina La Presse
Pierre-André Normandin
Pierre-André Normandin La Presse

« Ce sont vraiment toutes les régions et toutes les tranches d’âge qui sont impactées par le virus actuellement. Les taux d’incidence sont très élevés », affirme Roxane Borgès Da Silva, professeure à l’École de santé publique de l'Université de Montréal (ESPUM), qui recueille depuis bon nombre de semaines déjà des données sur le nombre de nouveaux cas de COVID-19, avec plusieurs autres chercheurs du CIRANO.

Officiellement, les cas dépistés par tests PCR sont en baisse depuis peu au Québec. La province semble en effet avoir atteint un sommet le 7 avril dernier, avec 3150 nouveaux cas par jour. Depuis, la moyenne quotidienne sur une semaine a diminué pour s’établir à un peu plus de 3000 nouvelles infections par jour.

Mais ces chiffres ne reflètent qu’une partie des infections totales, en raison de l’accès limité aux tests de dépistage par PCR. La preuve : les données du groupe CIRANO, auxquelles le directeur national de santé publique Luc Boileau fait souvent référence dans ses conférences de presse, indiquent plutôt que le Québec affiche toujours une tendance à la hausse.

Les chercheurs estiment qu’en incluant les autodiagnostics, chaque jour, près de 60 000 Québécois contractent la COVID-19, contre 43 000 par jour la semaine dernière, ce qui représente une hausse de 36 %. En excluant les autodiagnostics – et en ne se basant que sur les réponses au questionnaire fourni par un échantillon représentatif de 3000 répondants –, on compte près de 50 000 cas par jour, une hausse encore plus marquée de 52 %.

« Nos chiffres montrent aussi que plus d’un jeune de 18 à 29 ans sur dix a attrapé la COVID cette semaine. C’est quand même énorme. Chez les 40-49 ans aussi, ça ne bougeait presque pas la semaine dernière, mais cette semaine, on est passés de 3,70 % à 7,27 % de cas positifs. Ça a donc plus que doublé », poursuit Mme Da Silva.

Un fossé entre données et réalité

S’il existe un fossé entre les données du gouvernement et celles du CIRANO, c’est probablement parce que beaucoup de gens considérés comme « prioritaires » par le gouvernement « ne se rendent pas jusqu’au centre de dépistage », observe Roxane Borgès Da Silva. « Chez les plus âgés, la plupart préfèrent faire un test rapide, plutôt que d’aller en voiture dans un centre, puis d’attendre les résultats. On ne peut donc plus se baser sur les PCR pour avoir un portrait juste, même chez les 70 ans et plus », estime la professeure, qui soutient toutefois que l’échantillon est forcément « beaucoup plus représentatif » chez les travailleurs de la santé.

À l’UQAM, le virologue Benoit Barbeau, professeur au département des sciences biologiques, affirme aussi qu’un plateau n’est pas en vue au Québec, quoi qu’en disent les données gouvernementales. « Je ne mettrais pas trop d’optimisme, pour l’instant, sur le fait que la transmission ralentirait. Il faudra attendre de voir la semaine prochaine. En Ontario, ça continue à augmenter rapidement. On parle là-bas de 100 000 cas par jour », rappelle-t-il.

« Tout ça survient avec Pâques en fin de semaine, une nouvelle occasion pour le virus de continuer à se propager plus activement. Il y a un risque de résurgence encore plus marquée, donc il faudra vraiment faire preuve de vigilance », poursuit M. Barbeau.

« On le sait, on a toujours le goût dans ces week-ends-là de voir nos proches, mais gérons notre risque. On connaît le virus. On les connaît, les mesures de distanciation et l’importance de porter notre masque », a aussi souligné jeudi le ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé, faisant écho aux propos du directeur national de santé publique par intérim, le DLuc Boileau. En entrevue au 98,5 FM, ce dernier a affirmé que la prolongation du port du masque au-delà du 1er mai pour deux autres semaines est à l’étude.

Avec la collaboration de Fanny Lévesque, La Presse

Bref état des lieux

Québec a observé jeudi une hausse de 94 hospitalisations liées à la COVID-19. En ce moment, 2154 patients sont hospitalisés en lien avec le virus, dont 96 aux soins intensifs (+ 13). Ces 2154 personnes hospitalisées actuellement représentent une hausse de 36 % sur une semaine. Aux soins intensifs, les 96 patients représentent une hausse de 50 %.

Le nombre de personnes hospitalisées devrait continuer d’augmenter, le nombre des entrées continuant à dépasser celui des sorties. On recense en moyenne 82 patients de plus quotidiennement. On note aussi une augmentation subite aux soins intensifs, où l’on compte en moyenne 5 patients de plus par jour.

On a également signalé 3190 nouveaux cas, ce qui porte la moyenne quotidienne à 3017. Les 26 nouveaux décès rapportés amènent la moyenne quotidienne calculée sur sept jours à 19. La tendance est en hausse de 16 % sur une semaine. Au chapitre de la vaccination, plus de 46 050 doses ont été administrées mercredi.

UN BILAN… OSÉ

Un message du ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) sur les réseaux sociaux redirigeant les internautes vers un site pornographique a suscité son lot de réactions, jeudi. Un lien joint à un message sur Twitter, qui redirige en temps normal l’usager vers les chiffres quotidiens du gouvernement, renvoyait cette fois vers une vidéo du site Pornhub. La publication est demeurée en ligne pendant une quarantaine de minutes, avant d’être retirée. Le MSSS a ensuite expliqué qu’« en raison d’une situation hors de notre contrôle, un lien avec du contenu inapproprié a été publié sur notre compte Twitter ». « Nous en cherchons les causes. Nous sommes désolés des inconvénients », a-t-on indiqué.

Henri Ouellette-Vézina, La Presse