Quatre mois après la fin d’un programme de recherche, Québec reprend le dépistage du coronavirus dans les eaux usées.

Publié le 7 avril
Vincent Brousseau-Pouliot
Vincent Brousseau-Pouliot La Presse

Le gouvernement du Québec a chargé l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) de surveiller le niveau de coronavirus responsable de la COVID-19 dans les eaux usées de plusieurs villes québécoises pendant un an. Des chercheurs universitaires du Centre de recherche sur l’eau (CentrEau) l’avaient fait durant presque toute l’année 2021, avant d’épuiser tous les fonds de recherche accordés par Québec juste avant l’arrivée d’Omicron. Ces fonds n’avaient pas été renouvelés.

Le dépistage du coronavirus dans les eaux usées permet de voir rapidement le niveau de COVID-19 dans la population. Cet indicateur fiable et déployé à faible coût ne dépend pas de la capacité de dépistage individuel (comme les tests PCR), souvent dépassée depuis Omicron. Le dépistage des eaux usées permet aussi de suivre simplement et rapidement l’évolution des différents variants.

C’est un indice de la circulation du virus au niveau populationnel. Par rapport aux autres données [dont le nombre de cas], [il] couvre les personnes qui n’ont pas de symptômes ou qui n’ont pas été testées. Il n’y a pas d’indicateur parfait, mais il vient compléter l’arsenal d’informations qu’on a pour suivre la circulation du virus.

La Dre Caroline Huot, médecin-conseil à l’INSPQ

Beaucoup d’experts ont été étonnés que le gouvernement du Québec cesse de financer par des fonds de recherche le programme de dépistage du coronavirus dans les eaux usées du regroupement universitaire CentrEau, financé pour faire le dépistage de janvier à juin 2021. En pratique, les derniers échantillons ont été prélevés au début de décembre 2021. Lorsqu’Omicron est arrivé au Québec plus tard en décembre et que les capacités de dépistage PCR ont été dépassées, le dépistage dans les eaux usées aurait pu aider à estimer le niveau de circulation du virus dans la population. Mais Québec n’avait pas ces données.

Pour suivre la sixième vague

« C’est vraiment dommage d’avoir arrêté, mais c’est bien qu’on reprenne [la surveillance des eaux usées], dit Sarah Dorner, professeure de génie de l’environnement à Polytechnique Montréal et l’une des responsables du programme de surveillance des eaux usées de CentrEau. On aurait eu une meilleure idée de l’ampleur de la vague d’Omicron, dit-elle. La bonne nouvelle, c’est qu’on va maintenant avoir ces données à long terme. Le virus continue à circuler, il va reprendre à certains moments, il y aura potentiellement d’autres variants. »

« C’est certain que ce n’est pas une donnée qu’on avait à la cinquième vague ni au début de la sixième vague, dit la Dre Caroline Huot, de l’INSPQ. Ça va être intéressant à ce moment-ci, on va être capable de voir la diminution de la sixième vague. »

Les premières données de l’INSPQ ont été colligées à Québec le 22 mars. Comme il faut quelques semaines pour analyser les premières tendances, un premier bilan pour la ville de Québec sera fourni au gouvernement québécois la semaine prochaine. L’INSPQ, qui travaille avec les laboratoires d’analyse de CentrEau, commencera bientôt à recueillir les données à Montréal, Laval et Gatineau. Les données seront rendues publiques.