(Québec) Si Québec abandonne d’un coup tous les « leviers » d’exception liés à l’urgence sanitaire, « on va tuer du monde », a déclaré sans détour le DLuc Boileau, mercredi, au terme d’un passage houleux devant les parlementaires chargés d’étudier le projet de loi 28.

Mis à jour le 6 avril
Fanny Lévesque
Fanny Lévesque La Presse

« Si on arrête tout ça en ce moment, on va aller vers des risques énormes et on va tuer du monde », a lancé le DLuc Boileau, à la toute fin de son témoignage devant la commission de la santé et des services sociaux qui étudie le projet de loi 28 qui vise à mettre fin à l’état d’urgence sanitaire au Québec. Le directeur national de santé publique par intérim répondait alors à la députée du Parti conservateur du Québec, Claire Samson.

« Il faut quand même être réaliste, je veux bien là, mais si on n’est pas capable de maintenir une immunité dans la population et vacciner d’autres gens, là c’est une affaire qui va nous rendre exceptionnels et pas à peu près », a-t-il ajouté. Ce dernier s’est retrouvé sur le gril des députés des partis d’opposition, dont les députés siègent sur la commission parlementaire.

Les questions du député libéral Monsef Derraji ont même donné lieu à des échanges musclés entre ce dernier et le ministre de la Santé, Christian Dubé. Visiblement irrité des questions adressées au DBoileau, M. Dubé a tenté d’intervenir ce qui n’est pas permis lorsqu’un député échange avec un invité. Le ton a monté et la séance a été suspendue quelques minutes par le président pour calmer le jeu.

« M. le ministre, je suis obligé de vous demander de vous taire », a dit au ministre Dubé le président de la commission, le député caquiste Luc Provençal.

M. Derraji talonnait le DBoileau sur les propos du premier ministre. Lundi, François Legault, qui est triplement vacciné, a souligné en mêlée de presse la forte couverture vaccinale au Québec avant d’ajouter ceci : « Ça, ça aide, je l’ai vécu la semaine passée. Même si on l’attrape, ça donne un rhume, à peu près ».

« Est-ce une déclaration responsable ou irresponsable ? », a lancé M. Derraji. Le DBoileau a répondu : « Je vais vous dire que c’est surtout vrai parce que c’est le plus souvent comme ça grâce à la vaccination ». L’élu libéral a ensuite cherché à savoir si le DBoileau y voyait là une contradiction entre les pouvoirs demandés et la gravité de la maladie. « Vous dites que c’est la réalité, c’est un rhume et vous demandez aujourd’hui des mesures exceptionnelles, vous ne voyez pas là une contradiction ? », a demandé M. Derraji.

Les propos du député libéral en commission ont provoqué l’ire du gouvernement Legault qui l’accuse d’avoir « induit en erreur des spécialistes en véhiculant des faussetés sur le premier ministre ». Christian Dubé est revenu sur le sujet à la reprise des travaux de la commission, affirmant que M. Derraji avait « omis délibérément de mettre la déclaration en contexte ».

« Mélange des genres », déplore QS

Le député de Québec solidaire, Vincent Marissal, a pour sa part exprimé « son petit malaise » devant la présence en commission du directeur national de santé publique par intérim, qui est aussi sous-ministre. « Me semble qu’on est en plein mélange des genres. D’habitude, ici, on entend des témoins, là vous agissez ici, me semble-t-il, en promoteur de ce projet de loi là », a demandé le député.

Vincent Marissal a même demandé au DBoileau s’il se sentait « instrumentalisé par le politique ». Le DBoileau a défendu son indépendance et a précisé son rôle dans l’élaboration du texte législatif.

« Mon rôle a été celui de dire : si nous enlevons les leviers à notre disposition, nous prenons des risques et ensuite d’essayer de calibrer ces risques-là par rapport à ça », a expliqué le DBoileau.

« Ce qui m’importe, c’est que nous puissions maintenir ces activités-là. Et s’il y a moyen de les maintenir différemment, tant mieux, et je n’en vois aucune. Ça fait 40 ans que je suis dans le système de la santé et des services sociaux, j’ai eu l’occasion de regarder ça sous différents angles et la manière pour maintenir la mobilisation requise en ce moment, trouvez-là », a-t-il répondu au député de Québec solidaire.

Le DBoileau a plaidé en faveur du projet de loi 28 qui maintient cinq arrêtés ministériels en vigueur jusqu’au 31 décembre 2022, malgré la fin de l’urgence sanitaire. Ces arrêtés, qui ont été déposés en amendements la semaine dernière, permettraient notamment de maintenir à l’emploi les employés temporaires embauchés via la plateforme Je contribue.

On permet aussi le maintien de l’autorisation spéciale d’exercice pour les retraités et les étudiants venus prêter main-forte au réseau, les arrêtés encadrant les agences de main-d’œuvre et le port du masque dans les lieux publics et les transports en commun. Les arrêtés pour permettre à davantage de professionnels de vacciner et d’effectuer du dépistage demeureraient également.

Selon le ministre Dubé, ces dispositions permettent de donner au réseau la flexibilité nécessaire pour poursuivre des activités de vaccination et de dépistage en cas d’une nouvelle vague à l’automne.