Tous ceux qui ont reçu des particules d’Omicron en cadeau de Noël voient le printemps arriver avec moins de sérénité qu’ils ne l’auraient souhaité… Faut-il craindre une réinfection ? Est-ce le bon moment pour recevoir finalement la dose de rappel ? Le point sur l’état des connaissances scientifiques.

Publié le 3 avril
Judith Lachapelle
Judith Lachapelle La Presse

« Comme des millions de Québécois, j’ai reçu la COVID-19 en cadeau de Noël et je suppose que c’est la faute du variant Omicron. Je pensais donc avoir la paix pendant plusieurs mois grâce à mes nouveaux anticorps tout fringants… Mais qu’entends-je ? On peut être réinfecté par le même variant ? »

En effet. C’était aussi le cas avec les autres variants, mais des données suggèrent que le taux de réinfection est plus élevé dans le cas d’Omicron.

Au Royaume-Uni, les autorités ont comparé le nombre de réinfections survenues durant les périodes où circulaient des variants différents. On a mesuré que pendant la période du 20 décembre 2021 au 20 mars 2022, où Omicron était le variant dominant, le risque de réinfection était environ 10 fois plus grand que pendant la période où Delta sévissait, soit entre la mi-mai 2021 et le 19 décembre 2021.

« Le risque de réinfection par Omicron est beaucoup plus élevé qu’avec tout autre variant jusqu’ici », a indiqué cette semaine l’Office for National Statistics du Royaume-Uni. Une infection à Omicron est donc moins immunogène – elle génère un niveau moindre d’anticorps neutralisants – qu’une infection à Delta, et elle protège moins contre une réinfection ou contre une infection à un futur variant.

Mais attention : la baisse du niveau d’anticorps neutralisants ne veut pas dire que le système immunitaire a complètement oublié comment combattre l’ennemi. D’autres cellules mémoires jouent aussi un rôle capital pour combattre une infection.

« D’accord, je peux donc être réinfecté à Omicron. Quels sont les risques que ça m’arrive ? »

Tout est relatif. Dans une étude prépubliée fin février, des chercheurs du Qatar ont évalué qu’une infection au sous-variant BA.1 (celui qui circulait pendant la cinquième vague) protégeait à 95 % contre une infection au sous-variant BA.2 (celui qui est maintenant dominant un peu partout dans le monde). Pour environ deux millions de Québécois qui ont attrapé Omicron en début d’année, ça laisse tout de même 100 000 personnes qui pourraient être réinfectées.

Le risque de réinfection dépend de plusieurs facteurs, mais surtout du statut vaccinal. « Ceux qui ne sont pas vaccinés sont plus susceptibles d’être réinfectés que ceux qui sont vaccinés », ont précisé les statisticiens britanniques cette semaine. Les vaccins ne sont pas non plus efficaces à 100 % – s’ils protègent très bien contre les formes sévères (80 % pour deux doses), ils protègent un peu moins bien contre les formes légères d’infection.

Efficacité du vaccin à prévenir une maladie légère causée par Omicron

Deux doses : 45 %

Trois doses : 80 %

Source : Institut national de santé publique du Québec

Mais si, par malheur, une réinfection survient, le risque qu’elle dégénère en maladie grave est plus faible qu’à la première infection, dit le DNicholas Brousseau, du Comité sur l’immunisation du Québec (CIQ). « Souvent, c’est la première infection qui peut être très dangereuse », dit-il.

« J’ai eu la COVID-19 pendant le temps des Fêtes, avant de recevoir ma dose de rappel. En janvier, la Santé publique a recommandé aux personnes dans ma situation d’attendre trois mois avant d’aller se refaire vacciner. Nous voici en avril. Devrais-je enfin aller chercher cette dose de rappel ? »

Tout dépend de la personne à qui vous posez la question. En conférence de presse vendredi, l’administratrice en chef de la santé publique du Canada, la Dre Theresa Tam, a dit « qu’il n’est pas trop tard pour aller chercher sa dose de rappel ». Tous les adultes devraient la recevoir, même ceux qui ont été infectés, a-t-elle dit.

Dans son avis du 23 mars, le CIQ considère toujours qu’une personne qui n’est pas immunosupprimée, qui a eu deux doses de vaccin et une infection confirmée par un test (rapide ou pas) « durant la période où le variant Omicron était prédominant » a une « protection adéquate ». Ces personnes peuvent, si elles en font la demande, recevoir une dose de rappel trois mois après l’infection. Sinon, elles peuvent attendre la prochaine campagne vaccinale que la Santé publique prévoit tenir l’automne prochain.

Le DBrousseau évoque quelques éléments pour aider à la prise de décision.

D’abord, l’âge et l’état de santé.

Plus une personne est âgée et fragile, ou si elle souffre de maladies chroniques, plus c’est important d’aller chercher une dose de rappel. Pour un jeune de 18 ans, pétant de santé, qui a eu deux doses de vaccin puis une infection à Omicron, il ne semble pas y avoir d’avantage à la recevoir.

Le DNicholas Brousseau, du Comité sur l’immunisation du Québec

Ensuite, il faut tenir compte de sa tolérance à la possibilité d’être réinfecté. Une première infection à Omicron protège déjà bien contre une réinfection, et protège encore mieux contre le risque de formes sévères. Si vous souhaitez éviter le plus possible la réinfection, une dose de rappel apportera une protection supplémentaire. « La troisième dose fait une bonne différence pour éviter d’être réinfecté, même si ce n’est pas parfait non plus », rappelle le DBrousseau.

Rappelons que, pour les adultes qui ont eu deux doses de vaccin et qui n’ont pas eu la COVID-19 depuis décembre dernier, les avis sont les mêmes d’un bout à l’autre du pays : la dose de rappel est fortement recommandée. Pour les moins de 18 ans, peu importe s’ils ont fait la connaissance d’Omicron ou non, la dose de rappel n’est recommandée que pour ceux qui sont à risque de complications sévères.

Appel à tous

Vous avez des questions sur la COVID-19 et la vaccination à soumettre à notre équipe ?