La tendance à la hausse des cas de COVID-19 qui se poursuit au Québec appelle-t-elle à des approches de contrôle de la transmission plus « régionales » ? Cette question suscite le débat chez les experts, au moment où la Gaspésie fait toujours face à un retour en force du virus depuis quelques jours.

Publié le 26 mars
Henri Ouellette-Vézina
Henri Ouellette-Vézina La Presse

« C’est évident qu’on ne peut plus éternellement garder les mesures au même niveau partout au Québec, donc quand ça augmente, il va falloir arriver avec des mesures beaucoup plus locales que ce qu’on fait jusqu’à présent », plaide la Dre Marie-Pascale Pomey, spécialiste des politiques publiques à l’École de santé publique de Montréal (ESPUM).

Elle affirme qu’en Gaspésie, qui demeure la région la plus touchée par la COVID-19 actuellement avec 92 cas pour 100 000 habitants, ce genre d’approche « plus adaptée » pourrait changer la donne. « Pour l’avenir, je pense qu’il va falloir être vraiment beaucoup plus agiles dans notre capacité à trouver des réponses sur le plan local, c’est-à-dire de limiter les éclosions quand elles arrivent et d’avoir la participation de la population, afin de limiter les effets yo-yo à l’ensemble du Québec », soutient l’experte.

Pour l’heure, la Côte-Nord arrive deuxième avec plus de 61 cas pour 100 000 habitants, alors que Montréal et Laval – habituellement les plus touchés – dépassent à peine la barre des 10 cas pour 100 000 habitants. Il convient toutefois de rappeler que les limites imposées au dépistage rendent ces données moins représentatives.

Difficile à appliquer

Si l’idée est bonne sur le fond, le problème est qu’elle est très complexe à appliquer, fait valoir le directeur national de la santé publique de la Gaspésie, le DYv Bonnier-Viger. « Avant, on était capables d’identifier les cas, les contacts, et on s’assurait qu’ils étaient vraiment isolés, puis on les rappelait. Mais avec Omicron, c’est peine perdue. Ça nous prendrait 200 personnes sur les enquêtes épidémiologiques pour faire ça, mais on en a juste une vingtaine », soupire-t-il.

Il estime à environ 7000 personnes le nombre de Gaspésiens qui pourraient avoir été infectés ces derniers temps par le virus. « On est vraiment face au nouveau sous-variant BA.2. Sur une population de 90 000, ça ne fait pas loin de 10 % des gens qui sont malades en même temps. Ça fait beaucoup de monde à gérer », insiste encore le Dr Bonnier-Viger.

« Je ne vois pas comment une approche régionale serait applicable, à moins qu’on ait les bonnes suggestions. On reste toujours ouverts, c’est sûr », convient-il toutefois, ne fermant pas la porte au dialogue.

Selon le virologue et professeur au département des sciences biologiques de l’UQAM Benoit Barbeau, il faudrait surtout « augmenter la capacité des tests de dépistage immédiatement, pour avoir un meilleur aperçu de la transmission partout au Québec ».

Je pense que de toute façon, et on le voit dans Chaudière-Appalaches, c’est une question de temps avant que ça se transmette davantage partout au Québec.

Benoit Barbeau, virologue et professeur au département des sciences biologiques de l’UQAM

M. Barbeau rappelle que cette région voit elle aussi une résurgence de la transmission depuis quelques jours. On compte près de 33 cas pour 100 000 habitants dans Chaudière-Appalaches.

À plus long terme, des mesures plus ciblées régionalement sont toutefois une sérieuse option à considérer, nuance le virologue. « C’est assurément à explorer, mais je ne pense pas qu’il y aura un aspect particulièrement régional dans la vague ou le soubresaut qu’on voit actuellement », conclut-il.

Encore en hausse

Pendant ce temps, la tendance à la hausse des cas de COVID-19 s’est poursuivie vendredi au Québec. Les autorités ont signalé 2203 nouveaux cas de la maladie dépistés grâce à des tests PCR vendredi, ce qui porte la moyenne quotidienne calculée sur 7 jours à 1602. La tendance est en hausse de 46 % sur une semaine.

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D’ailleurs, parallèlement, 2022 personnes ont rapporté avoir obtenu un résultat positif à un test rapide. Les cas autodéclarés ont doublé (+ 104 %) depuis une semaine. Au total, plus de 122 000 tests rapides ont jusqu’ici été « autodéclarés » sur la plateforme du ministère de la Santé et des Services sociaux, dont plus de 96 475 ont présenté un diagnostic positif de la COVID-19.

Malgré la hausse des cas, les décès demeurent en baisse. Les 12 morts additionnelles rapportées vendredi portent la moyenne quotidienne à 8. La tendance est ainsi en baisse de 40 % sur une semaine.

On a également observé une baisse de 14 hospitalisations. À ce jour, 1048 patients atteints de la COVID-19 demeurent hospitalisés, dont 59 aux soins intensifs (+ 2). Du côté de la vaccination, la campagne québécoise peine à reprendre de la vitesse. Jeudi, à peine 8000 doses supplémentaires ont été administrées. Jusqu’ici, environ 86,7 % des Québécois ont reçu une dose, 82,8 % d’entre eux ont deux doses et 49,9 % de la population a maintenant une troisième dose. À ce rythme, la province devrait franchir la barre des 50 % pour la dose de rappel en début de semaine prochaine.

Avec la collaboration de Pierre-André Normandin, La Presse