Un groupe d’experts de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) estime qu’il n’est pas opportun de lancer dès maintenant une campagne de vaccination générale d’une quatrième dose pour combattre la COVID-19. Il insiste néanmoins sur l’importance de constituer « des stocks de vaccins et [de prévoir] des ressources matérielles et humaines » pour être prêt à lancer une offensive à tout moment.

Publié le 25 mars
Suzanne Colpron
Suzanne Colpron La Presse

Cet avis s’inscrit dans la nouvelle stratégie vaccinale élaborée par le Comité sur l’immunisation du Québec (CIQ), rendue publique jeudi.

« Ça me semble tout à fait raisonnable dans les circonstances de privilégier les personnes les plus à risque pour la deuxième dose de rappel et de ne pas la recommander, pour le moment, à la population plus jeune », analyse Alain Lamarre, professeur-chercheur spécialisé en immunologie et virologie à l’Institut national de la recherche scientifique (INRS).

Dans un premier temps, l’idée est d’offrir rapidement une quatrième dose aux personnes qui sont plus susceptibles de connaître des complications : les résidants des CHSLD et des RPA, les personnes de plus de 80 ans qui vivent dans la collectivité, celles qui présentent une immunodéficience et les gens très vulnérables qui vivent dans des collectivités isolées et éloignées. Cette seconde dose de rappel pourrait être administrée dès la semaine prochaine.

« Offrir une deuxième dose de rappel à une fraction importante de la population québécoise sans absolue nécessité irait à l’encontre du principe d’équité internationale », note-t-on dans le rapport.

Recommandation à venir au cours de l’été

Le groupe d’experts préconise par ailleurs la mise sur pied d’un programme d’immunisation de rappel contre la COVID-19 au début septembre ou à la mi-octobre, sans toutefois être en mesure de préciser pour l’instant à qui serait destiné ce programme, « soit l’ensemble des personnes autorisées à recevoir les vaccins contre la COVID-19, soit celles habituellement visées par le programme de vaccination saisonnier contre l’influenza ». La recommandation finale pourrait être émise au cours de l’été.

Deux options sont sur la table : combiner le vaccin contre l’influenza à la vaccination contre la COVID-19 à la mi-octobre ou planifier une campagne de vaccination contre le SRAS-CoV-2 en septembre pour prévenir une flambée de nouveaux cas.

Le Comité sur l’immunisation du Québec ajoute qu’on ne peut pas exclure l’hypothèse d’une sixième vague durant l’été ou l’automne qui serait causée par une « lignée virale dérivée d’une de celles ayant déjà circulé, dans un contexte de perte progressive de la protection conférée par la vaccination et les infections antérieures ou encore par l’émergence d’un nouveau variant n’ayant jamais circulé ».

Cela dit, « les dernières projections réalisées pour la région de Montréal suggèrent que les assouplissements graduels des mesures sanitaires qui sont en cours ne devraient pas causer de recrudescence trop importante des cas et des hospitalisations durant le printemps et l’été 2022 ».

Protection de plus de 90 %

Plusieurs autres faits intéressants ressortent de l’étude, qui fait une vingtaine de pages.

On y apprend notamment qu’après trois doses d’un vaccin à ARN messager, la protection contre l’hospitalisation était de plus de 90 % dans tous les groupes d’âge, entre le 26 décembre 2021 et le 12 mars 2022, et qu’elle se maintenait durant les 16 semaines qui suivaient la dernière dose.

La protection est encore meilleure chez les personnes âgées que chez les plus jeunes. Après trois doses, durant la cinquième vague, elle était de 92 % chez les personnes de 80 ans et plus, comparativement à 79 % chez les adultes de 49 ans et moins.

La protection la plus grande semble conférée par une infection au variant Omicron après l’injection de deux ou trois doses de vaccin.

Sans surprise, les personnes âgées et celles ayant plusieurs comorbidités sont les plus susceptibles de tomber gravement malades et de mourir, quels que soient leur statut vaccinal et le variant contracté.

Le taux de décès est également beaucoup plus élevé chez les non-vaccinés que chez les vaccinés. Il était, par exemple, de 204 pour 100 000 chez les personnes de 70 à 74 ans non vaccinées, contre 34 pour 100 000 chez les vaccinés, lors de la cinquième vague.

Ailleurs dans le monde

La quatrième dose est actuellement recommandée pour certains groupes très vulnérables dans quelques États et territoires dans le monde.

En Ontario et en Saskatchewan, une seconde dose de rappel est déjà offerte aux personnes en CHSLD. En Allemagne, au Royaume-Uni, en France, en Suède et aux Pays-Bas, les personnes âgées et celles vivant dans des établissements de soins de longue durée se voient aussi offrir une quatrième dose. « L’intervalle recommandé depuis la dernière dose reçue se situe entre trois et six mois, selon l’endroit », précise-t-on dans la même étude.

En Israël, les groupes visés par une deuxième dose de rappel incluent les travailleurs de la santé.

Ailleurs au Canada, on se demande encore quels groupes devraient recevoir une deuxième dose de rappel et le moment opportun pour l’administrer.

Ici, le groupe d’experts estime que l’implantation rapide d’un programme d’immunisation avec deux doses de rappel offre peu d’avantages dans le contexte actuel. De nouveaux traitements permettront éventuellement de diminuer significativement le risque de maladies graves chez les personnes infectées par le virus.

La hausse se poursuit au Québec

La légère tendance à la hausse s’est poursuivie au Québec mercredi, tandis que le nombre de décès a bondi de 14, contre 2 la veille, pour un total 14 288 depuis le début de la pandémie. En tout, 1062 personnes sont hospitalisées en lien avec la COVID-19, soit 28 de plus que mardi. On note aussi une augmentation des patients aux soins intensifs, où le nombre est passé de 50 à 57 en 24 heures. Selon les plus récents chiffres du ministère de la Santé et des Services sociaux, 2295 nouvelles infections ont été enregistrées, mais ce nombre n’est pas significatif en raison des limites imposées au dépistage. Par ailleurs, 2365 Québécois ont rapporté avoir obtenu un résultat positif à un test rapide. Les cas autodéclarés ont augmenté de 78 % sur une semaine.

En savoir plus

  • 200
    Le taux de décès est près de 200 fois plus élevé chez les personnes de 80 ans et plus, en comparaison avec les personnes de moins de 60 ans.
    SOURCE : INSPQ
    95 %
    Du 2 janvier au 12 mars 2022, 95 % des décès chez les personnes hospitalisées sont survenus chez les personnes de 60 ans et plus.
    Source : INSPQ