La montée du nombre de cas de COVID-19 en Europe de l’Ouest fait craindre l’arrivée d’une sixième vague dans cette région du monde. Une situation à surveiller de près si l’on veut éviter un tel scénario au Québec, préviennent des experts.

Publié le 13 mars
Florence Morin-Martel
Florence Morin-Martel La Presse

Aux Pays-Bas, le nombre de cas quotidiens rapportés vendredi avait grimpé de 80 % sur une semaine, tandis qu’en France on recensait samedi une augmentation de 21 % sur sept jours. « Il faut appeler un chat un chat : une nouvelle vague débute en Europe de l’Ouest », a même affirmé au quotidien Le Parisien l’épidémiologiste français Antoine Flahault, directeur de l’Institut de santé globale à Genève.

Mais c’est plutôt la montée du nombre d’hospitalisations dans certains pays européens, comme le Royaume-Uni et la Suisse, que surveille de près Nathalie Grandvaux, chercheuse au laboratoire de recherche sur la réponse de l’hôte aux infections virales du Centre hospitalier de l’Université de Montréal. Durant la pandémie, ce qu’on observait en Europe arrivait toujours « de trois à quatre semaines après ici », rappelle-t-elle.

Même s’il n’y a pas lieu de s’alarmer au Québec pour le moment, il est nécessaire d’observer comment la situation évoluera outre-Atlantique durant les prochains jours, affirme Mme Grandvaux. « On a une semaine maximum devant nous pour décider », dit-elle. Si le nombre de cas et d’hospitalisations continue de grimper dans les pays européens, c’est un « pensez-y bien » pour l’abandon de certaines mesures sanitaires au Québec, estime-t-elle.

Nathalie Grandvaux croit que des précautions « peu contraignantes » pourraient être prolongées temporairement, si la situation sanitaire l’exigeait.

Le port du couvre-visage dans les lieux publics, qui doit être levé d’ici quelques semaines, pourrait alors être maintenu afin d’éviter qu’une « vaguelette devienne une vague ».

En Europe de l’Ouest, l’abandon de certaines mesures sanitaires a pu jouer un rôle dans la hausse du nombre de nouvelles infections et d’hospitalisations, selon un article publié dans le quotidien français Le Monde. L’Angleterre, par exemple, a retiré l’obligation de porter un couvre-visage dans les lieux publics depuis la fin de janvier.

Dans les pays européens, la présence accrue du sous-variant d’Omicron BA.2, très contagieux, peut aussi expliquer en partie cette résurgence du virus, soutient l’immunologiste André Veillette, chercheur à l’Institut de recherches cliniques de Montréal. Ce petit frère du variant Omicron BA.1 s’est propagé dans de nombreux pays, dont le Canada, où il a été détecté dès décembre dernier.

Le printemps pourrait jouer « en notre faveur »

Ce qui pourrait « jouer en notre faveur » est l’arrivée du printemps, souligne André Veillette. Les rassemblements qui se font alors davantage à l’extérieur limitent la propagation du virus, dit-il.

M. Veillette estime d’ailleurs qu’attendre le redoux printanier pour la levée de plusieurs mesures sanitaires aurait été préférable.

Nathalie Grandvaux abonde dans son sens. D’autant qu’il y a encore des morts et un nombre important d’hospitalisations liées à la COVID-19 au Québec, souligne-t-elle. « C’est comme si on remettait un peu d’huile sur le feu », illustre-t-elle. La chercheuse dit comprendre la fatigue ressentie au sein de la population quant aux mesures sanitaires. « Mais comme toujours, c’est un équilibre et il faut surveiller ce qui se passe », prévient-elle.

Une dose de rappel « pour se protéger »

En attendant, recevoir une troisième dose pourrait aider la population à se « protéger » lors d’une éventuelle sixième vague, estime Mme Grandvaux. Au Québec, à peine 49,3 % de la population a reçu une dose de rappel, souligne-t-elle.

Cette faible proportion de troisièmes injections pourrait être due au grand nombre de Québécois infectés durant la cinquième vague, avance Nathalie Grandvaux. « Mais ce qui est recommandé est vraiment d’aller chercher [la troisième dose] huit semaines après l’infection, rappelle-t-elle. On serait rendus là. »