(Montréal) Le retour à une normalité post-pandémique est en vue, selon le microbiologiste et chef de la division des maladies infectieuses de l’Hôpital général juif, Karl Weiss.

Mis à jour le 9 mars
Pierre Saint-Arnaud La Presse Canadienne

Invité par la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, mercredi, le docteur Weiss a dressé un état de situation plutôt optimiste qui laisse entrevoir les mesures qui seront dorénavant requises pour « vivre avec le virus », comme le veut maintenant l’expression consacrée.

Karl Weiss note que le déconfinement progressif ici comme ailleurs n’a pas eu d’impact majeur et qu’il est temps de respirer plus à l’aise.

« On a vu ce qui se passait dans les autres provinces, dans les pays, qu’il n’y avait pas d’impact majeur sur le fonctionnement de la société, donc oui, à un moment donné, il fallait arrêter de jouer le scénario catastrophique et noir en disant que tout allait s’écrouler. »

Il ne sera donc plus de mise de parler de « vagues » lorsque viendra une éventuelle « COVID 6.0 » selon son expression, mais bien d’une situation endémique au même titre que la grippe. Il précise cependant que le concept traditionnel d’immunité collective ne s’applique plus dans le cas de la COVID.

« Le concept d’immunité collective pour la COVID est dépassé. Ce n’est plus quelque chose qu’on devrait regarder actuellement, parce que oui, l’immunité collective on l’a atteinte. […] Il y a une immense proportion de la population québécoise qui a eu des vaccins, qui a eu la COVID, qui a eu les deux. On n’a jamais eu dans note histoire quelque chose où on a eu autant d’immunité à l’exception peut-être de la varicelle », a-t-il expliqué.

« Dans le futur notre réponse à ce virus risque d’être beaucoup moins sévère en termes de maladie. Donc, on ne sera pas malades. Comme on ne sera pas malades, la probabilité c’est qu’on va avoir moins d’impact sur le système hospitalier, et donc par conséquent l’impact sur le système global va être beaucoup plus faible. »

Car, selon lui, l’explosion de cas et d’hospitalisations causée par le variant Omicron a du même coup changé la donne.

« Le taux de mortalité était beaucoup plus bas que dans les vagues précédentes, donc on voit qu’Omicron a finalement fait une espèce d’échange : il est devenu, entre guillemets, moins virulent contre une augmentation de sa transmissibilité, ce qu’on voit souvent avec les virus. »

En plus, si le fait d’attraper un des variants précédents ne protégeait pas contre Omicron, les études démontrent en revanche que de contracter l’Omicron protège contre les variants précédents.

Et l’incendie pandémique causé par Omicron risque d’avoir des bénéfices par rapport à l’émergence de nouveaux variants, selon le docteur Weiss.

« Omicron est une tellement bonne recette pour le virus que le virus n’a peut-être pas envie de trop changer sa recette. […] Oui on va avoir des sous-variants, oui on va avoir possiblement d’autres variants émergents, mais l’impact sur la société ne sera plus du tout le même que ce qu’on a connu au tout début de la COVID. »

Selon lui, il faudra toutefois éviter de considérer la COVID comme le nouvel influenza.

« Ce n’est pas tout à fait un nouvel influenza parce que c’est un virus qui est plus inflammatoire. Il y a tout le syndrome de la COVID longue, qui est à ses débuts et dont on ne connaît pas encore tous les aboutissants. Il y a une mortalité qui est plus élevée. Il y a une transmission qui se fait par aérosols donc, contrairement à la grippe, aérosols ça veut dire qu’on peut transmettre le virus sur des distances beaucoup plus grandes, mais contrairement à l’influenza, nous avons beaucoup plus de vaccins de bien meilleure qualité que contre la grippe et beaucoup plus de médicaments qui arrivent sur le marché ou qui vont l’être. »

La dernière vague a mis en lumière la nécessité d’ajouter davantage de flexibilité au réseau hospitalier québécois, celui-ci comptant moins de lits par habitant que la quasi-totalité des pays développés. Karl Weiss estime également qu’il faudra adopter « une approche différente où on va devoir avoir des tests plus facilement dans les lieux de travail. Peut-être qu’on devrait créer des centres de traitement intégrés de la COVID en externe, un seul arrêt. […] Et la mise en place, un peu comme on fait dans les systèmes militaires, d’un système d’alerte précoce qui nous permet de voir ce qui va arriver avec une grande flexibilité dans l’application locale ».

« L’objectif, c’est qu’on ne veut plus hospitaliser les gens. On veut hospitaliser le moins de gens possible. On a de plus en plus d’outils de traitement qui vont nous permettre de garder les patients en externe. Donc c’est de cibler les gens les plus à risque, de leur donner le plus rapidement possible ces médicaments pour que ces gens-là ne se retrouvent pas à l’hôpital. Si le milieu hospitalier ne déborde pas, alors on n’a plus de raison de fermer la société », conclut-il.

Le docteur Weiss prévient toutefois que la pandémie a fait en sorte que le réseau a négligé le psychologique, les chirurgies, notamment, ce qui aura un coût social et même économique pour les entreprises. Par exemple, dit-il, un employé qui n’a pu obtenir une chirurgie du genou et dont la condition s’est aggravée risque d’être absent plus longtemps dans l’avenir. « Il va y avoir une phase de rattrapage qui sera difficile. »