Selon les simulations de La Presse, il y aurait eu moitié moins d’hospitalisations à la mi-février si toute la population avait reçu trois doses

Publié le 6 mars
Vincent Brousseau-Pouliot
Vincent Brousseau-Pouliot La Presse

Vous doutez (encore) de l’efficacité de la troisième dose ?

Combien y aurait-il eu d’hospitalisations liées à la COVID-19 de moins, à la mi-février, si 100 % des Québécois avaient été triplement vaccinés ? Environ moitié moins d’hospitalisations et 54 % moins d’hospitalisations aux soins intensifs, selon les estimations de La Presse à partir des données du ministère de la Santé et des Services sociaux.

Aux fins de ce reportage, La Presse a obtenu les données d’hospitalisation en cours selon le statut vaccinal par groupes d’âge pour la journée du 15 février. Ce jour-là, il y avait 1995 patients COVID dans les hôpitaux du Québec.

Si 100 % des Québécois avaient été triplement vaccinés ce jour-là, le nombre total d’hospitalisations liées à la COVID-19 aurait été non pas de 1995 (nombre réel), mais de 995 (nombre de notre simulation).

Les hospitalisations aux soins intensifs seraient passées de 129 (nombre réel) à 59 (nombre de notre simulation)1.

Aucun pays ou province n’est vacciné à 100 %, encore moins à trois doses. Au Québec, les moins de 12 ans n’y sont pas encore admissibles. Les moins de 5 ans ne sont pas admissibles à la première dose. Mais ce scénario donne une idée de l’efficacité de la troisième dose.

Deuxième scénario fictif : et si 100 % des Québécois avaient reçu une seule dose de vaccin ou aucune dose du tout ? Selon ce scénario, le nombre total d’hospitalisations aurait alors été multiplié par 3,8 : il serait passé de 1995 (nombre réel) à 7482. Aux soins intensifs, le nombre d’hospitalisations serait passé de 129 (nombre réel) à 887 hospitalisations1. C’est 6,9 fois plus.

Ces deux scénarios sont des simulations calculées à partir des taux d’hospitalisation réels du 15 février selon le statut vaccinal de chaque groupe d’âge. Ils montrent dans quelle mesure la troisième dose diminue la surcharge que fait peser la COVID-19 sur le système de santé.

« Malgré leurs limites, ces deux scénarios montent très clairement le bénéfice d’aller chercher sa troisième dose pour se protéger contre des symptômes graves, pour se protéger contre un séjour à l’hôpital, dit Roxane Borgès Da Silva, professeure à l’École de santé publique de l’Université de Montréal. C’est vrai pour toutes les tranches d’âge, pas uniquement pour les personnes âgées. »

Au 15 février 2022, 19 % des Québécois n’étaient pas adéquatement vaccinés (zéro dose ou une seule), 35 % des Québécois avaient reçu deux doses et 46 % des Québécois en avaient reçu trois. (Il s’agit du portrait vaccinal au 8 février, soit sept jours avant le 15 février ; il faut sept jours pour que la troisième dose fasse pleinement effet.) Avec ces taux de vaccination, il y a eu 1995 hospitalisations COVID au Québec le 15 février.

Comment a-t-on calculé les résultats des deux scénarios (100 % de Québécois triplement vaccinés ; 100 % des Québécois à 0-1 dose) ? À la demande de La Presse, le ministère de la Santé et des Services sociaux nous a communiqué le nombre des hospitalisations en cours le 15 février selon le statut vaccinal dans chaque groupe d’âge (Québec ne dévoile habituellement pas ces chiffres de façon aussi précise avec ces deux variables isolées simultanément).

Avec ces chiffres, on peut ensuite déterminer le taux d’hospitalisation de chaque groupe d’âge selon le statut vaccinal. Comme la dangerosité du coronavirus augmente avec l’âge, il faut analyser les taux d’hospitalisation selon le statut vaccinal par groupes d’âge pour bien les comparer.

Une protection importante à tout âge

La COVID-19 a beau être plus dangereuse chez les groupes d’âge plus élevé, la troisième dose offre une protection très importante, à tout âge.

« Si on avait eu un engouement beaucoup plus fort pour la troisième dose, le chiffre des hospitalisations serait encore plus bas, dit l’épidémiologiste Benoît Mâsse, professeur à l’Université de Montréal. Il faut continuer à pousser pour faire augmenter la troisième dose. Ça inquiète un peu la Santé publique qu’il y ait moins d’empressement pour aller chercher la troisième dose. » Le 1er et le 2 mars, Québec a administré 5239 troisièmes doses par jour, contre 100 000 vers la mi-janvier.

Les chiffres montrent clairement que plus on avance dans le nombre de doses, plus les risques de se faire hospitaliser sont faibles. C’est d’autant plus vrai pour les soins intensifs. Avec Omicron, trois doses nous protègent vraiment. Ces chiffres corroborent ce que nous disent les études dans plusieurs pays.

Roxane Borgès Da Silva, professeure à l’École de santé publique de l’Université de Montréal

Par exemple, une personne non adéquatement vaccinée (zéro ou une dose) de 40-49 ans a presque autant de risques de se retrouver à l’hôpital qu’une personne triplement vaccinée de 70-79 ans, selon les données sur les hospitalisations du 15 février.

Qu’en est-il des risques de se retrouver aux soins intensifs ? Une personne non adéquatement vaccinée de 40 à 49 ans a presque deux fois plus de risques de s’y retrouver qu’une personne triplement vaccinée de 70 à 79 ans.

1. Selon les données du ministère de la Santé et des Services sociaux, le statut vaccinal de 78 patients COVID sur 1995 hospitalisés au 15 février est inconnu. Parmi ces 78 patients au statut vaccinal inconnu, quatre sont d’un groupe d’âge inconnu. Faute de connaître le statut vaccinal de ces 78 patients hospitalisés, nous avons décidé d’ajouter ces 78 hospitalisations à chacun des deux scénarios (scénario 1 : 100 % des Québécois sont triplement vaccinés ; scénario 2 : 100 % des Québécois ont reçu 0 ou 1 dose). Nous avons appliqué le même principe pour les huit patients aux soins intensifs au statut vaccinal inconnu.

Notes supplémentaires sur la méthodologie : nous avons utilisé les chiffres obtenus du ministère de la Santé, tant pour les doses de vaccin administrées que pour la population totale par groupes d’âge. Pour la population totale par groupes d’âge, le ministère de la Santé utilise les chiffres de l’Institut de la statistique du Québec (contrairement à l’INSPQ, qui utilise les chiffres de la RAMQ). Les scénarios 1 et 2 sont des simulations calculées à partir des taux d’hospitalisation du 15 février. Pour le scénario 1, nous avons appliqué le taux d’hospitalisation au 15 février du groupe des triplement vaccinés pour chaque groupe d’âge sur l’ensemble de la population de ce groupe d’âge. Pour le scénario 2, nous avons fait la même simulation, cette fois avec le taux d’hospitalisation au 15 février du groupe des 0-1 dose pour chaque groupe d’âge sur l’ensemble de la population de ce groupe d’âge. Le ministère de la Santé nous a fourni le nombre d’hospitalisations le 15 février dernier avec les groupes d’âge suivants : 0-39 ans, 40-49 ans, 50-59 ans, 60-69 ans, 70-79 ans, 80 ans et plus. Ce sont les groupes d’âge les plus précis que Québec pouvait donner sans compromettre la confidentialité des patients. Comme il faut sept jours pour que la troisième dose fasse pleinement effet, nous avons pris les données sur les doses de vaccin administrées du ministère de la Santé au 8 février (sept jours avant le 15 février). Les patients COVID comprennent à la fois les patients à l’hôpital en raison de la COVID-19 (47 % des hospitalisations totales au 15 février, dont 81 % des hospitalisations aux soins intensifs) et les patients admis à l’hôpital pour une autre raison mais qui ont la COVID-19 (53 % des hospitalisations totales au 15 février).

Quelques précisions méthodologiques supplémentaires

Avons-nous la certitude qu’il y aurait eu 995 hospitalisations COVID au Québec au 15 février si 100 % des Québécois avaient été triplement vaccinés ?

Non. Il s’agit d’une simulation qui donne un bon ordre de grandeur.

En pratique, le taux d’hospitalisation lié à la COVID-19 varie selon plusieurs facteurs. Les deux facteurs les plus importants sont le statut vaccinal et le groupe d’âge. Mais d’autres facteurs comme les mesures sanitaires en vigueur, le nombre de personnes dans la communauté déjà infectées par Omicron (on ne peut généralement pas être réinfecté pendant trois mois, ce qui ralentit la propagation du virus) et le degré d’adhésion aux mesures sanitaires influencent aussi le taux d’hospitalisation.

Pour un même sous-groupe de statut vaccinal/groupe d’âge, le taux d’hospitalisation sera probablement différent au 15 février et au 1er mars, parce que les autres facteurs dans l’équation ont été modifiés entre-temps.

Autre détail : il semble que les personnes vaccinées prennent davantage soin de ne pas propager le virus que les personnes non vaccinées. Aux États-Unis, un sondage réalisé à l’été 2021 par la Fondation familiale Kaiser a conclu que les Américains adéquatement vaccinés portaient davantage le masque dans les lieux publics que les Américains non vaccinés (62 % contre 37 %) et qu’ils évitaient davantage les foules (61 % contre 40 %). Au Québec, l’Institut national de santé publique du Québec n’a pas mesuré le taux d’adhésion des mesures sanitaires selon le statut vaccinal.

Que signifient les taux d’hospitalisation (pour 100 000 personnes) selon le statut vaccinal du groupe d’âge ?

Ce taux signifie le nombre de personnes, sur 100 000 personnes, qui sont des patients COVID à l’hôpital ce jour-là (le 15 février) dans ce sous-groupe statut vaccinal/groupe d’âge. Il ne correspond PAS au taux de risque de se retrouver éventuellement à l’hôpital. C’est le taux de risque de se retrouver à l’hôpital CE JOUR-LÀ.

Votre scénario 1 prévoit que 100 % des Québécois auraient trois doses alors que le ministère de la Santé ne recommande pas la troisième dose pour la plupart des 17 ans et moins et ne l’administre pas aux 11 ans et moins (les moins de 5 ans ne sont admissibles à la vaccination). Pourquoi avoir procédé ainsi ?

Pour simplifier les calculs. Le nombre d’hospitalisations dans une population triplement vaccinée à 100 % à partir de 12 ans serait légèrement plus élevé que dans une population triplement vaccinée à partir de 5 ans (ou dans une population triplement vaccinée tout court, comme dans notre exemple), mais la différence serait minime. La preuve ? Avec un scénario où 100 % des Québécois de 40 ans et plus ont trois doses et où les Québécois de moins de 40 ans ont le taux de couverture vaccinale au 15 février, le nombre d’hospitalisations serait de 1077.

Données réelles au 15 février : 1995 hospitalisations

Scénario où 100 % des Québécois ont trois doses : 995 hospitalisations

Scénario où 100 % des Québécois de 40 ans et plus ont trois doses et où les Québécois de 0 à 39 ans ont le même taux de vaccination qu’au 15 février : 1077 hospitalisations

Comment est-ce possible que le taux d’hospitalisation pour les 80 ans et plus soit plus élevé à deux doses qu’à 0 ou 1 dose ?

C’est une anomalie statistique cette journée-là qui s’explique principalement de deux façons. Premièrement, 86 % des Québécois de 80 ans et plus ont reçu trois doses, ce qui laisse donc peu de 80 ans et plus avec 0 ou 1 dose (6 %) ou 2 doses (8 %). Plus les chiffres sont petits, plus les anomalies statistiques sont probables. En outre, les 80 ans et plus sont ceux qui ont reçu leur deuxième dose les premiers. Le niveau de protection de la deuxième dose (pour ceux qui n’ont pas reçu de troisième dose) a beaucoup faibli au fil du temps, rappelle Roxane Borgès Da Silva, professeure à l’École de santé publique de l’Université de Montréal.

En savoir plus

  • 15,7 jours
    Durée du séjour moyen à l’hôpital pour un patient atteint de la COVID depuis le début de la pandémie au Québec
    SOURCE : MINISTÈRE DE LA SANTÉ ET DES SERVICES SOCIAUX DU QUÉBEC
    10,6 jours
    Durée du séjour moyen aux soins intensifs à l’hôpital pour un patient atteint de la COVID depuis le début de la pandémie au Québec. Au total, les patients COVID aux soins intensifs passent en moyenne 21,9 jours à l’hôpital (10,6 jours aux soins intensifs et 11,3 jours à l’hôpital dans une unité régulière).
    SOURCE : MINISTÈRE DE LA SANTÉ ET DES SERVICES SOCIAUX DU QUÉBEC