La Santé publique de Montréal avait bel et bien prévenu le gouvernement Legault du « manque de données robustes » sur l’efficacité du couvre-feu contre la transmission de la COVID-19, confirme un avis éthique qui a été rendu public jeudi soir.

Mis à jour le 3 mars
Florence Morin-Martel
Florence Morin-Martel La Presse
Henri Ouellette-Vézina
Henri Ouellette-Vézina La Presse

À la tête de la Santé publique montréalaise, la Dre Mylène Drouin avait ainsi évoqué « les impacts collatéraux, plusieurs tragiques » d’une telle mesure sur les populations vulnérables, comme les sans-abri ou les personnes à risque de subir de la violence conjugale.

Il avait été recommandé de mettre en place des « mesures alternatives à l’imposition du couvre-feu », peut-on lire dans le document disponible en ligne. Il y a quelques semaines, Mme Drouin avait déjà fait part de ses réserves sur le couvre-feu, sans toutefois diffuser l’intégral de ses recommandations.

Selon l’avis, l’incertitude entourant les balises du couvre-feu et la fatigue pandémique sont autant de facteurs qui auraient dû freiner le gouvernement dans sa démarche. On y lit aussi que le couvre-feu peut favoriser « l’adoption de comportements qui augmentent les risques de transmission, par exemple lorsque des personnes qui se seraient rencontrées à l’extérieur (faible risque) choisissent de respecter le couvre-feu, mais se rassemblent à l’intérieur (risque élevé) ».

Au lieu du couvre-feu, la Santé publique avait proposé de « communiquer des consignes claires pour favoriser l’isolement des cas et de leurs contacts, maintenir des bulles sociales limitées, réduire les limites de rassemblements intérieurs, utiliser les masques de manière appropriée » et d’assurer la ventilation adéquate des espaces fermés. Favoriser l’utilisation correcte des tests rapides et faciliter le télétravail faisaient aussi parties des mesures alternatives suggérées.

Cet avis éthique du gouvernement sur le couvre-feu avait initialement été envoyé à l’interne vers la fin décembre, selon des informations rapportées plus tôt par Radio-Canada, qui a révélé cette semaine que l’ancien directeur national de santé publique, le DHoracio Arruda, cherchait comment justifier le couvre-feu à la fin décembre, quelques heures avant l’annonce de la mesure.

Un document complètement caviardé, du premier mot au dernier, a alors été envoyé au réseau public, après avoir fait une demande d’accès en vertu de la Loi sur l’accès aux documents des organismes publics.

Boileau reste évasif

Martelé de questions sur le sujet jeudi matin en conférence de presse, avant la diffusion de cet avis éthique, le directeur national de santé publique par intérim, le DLuc Boileau, avait prudemment évité le sujet, en refusant de dire clairement s’il était à l’aise ou non avec ce caviardage, ou encore si le document sera rendu public. « C’est une bonne question », avait-il simplement répondu aux journalistes, en référant aux instances officielles du gouvernement.

« Je peux vous assurer que dans cette documentation-là, il n’y a pas un signal de choses qui sont secrètes. C’est certainement clair qu’il y a eu des préoccupations exprimées par plusieurs personnes autour de certaines mesures et c’est correct », a-t-il toutefois offert en guise de réponse, peu après.

« Moi, je suis à l’aise d’être transparent dans tout. Et je pense que les actions qui sont menées jusqu’à maintenant […] sont très transparentes », a-t-il aussi insisté, en assurant que ses équipes et lui-même n’ont « absolument rien à cacher ».