Le gouvernement du Québec va avoir un grand défi pour mener à terme sa campagne de vaccination de la troisième dose contre la COVID-19. En effet, 42 % des Québécois doublement vaccinés n’ayant pas encore reçu leur dose de rappel n’ont pas l’intention de relever leur manche une troisième fois.

Publié le 23 février
Suzanne Colpron
Suzanne Colpron La Presse

Cette donnée provient d’un sondage de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) publié le 22 février, qui nous apprend également que 43 % des Québécois pleinement vaccinés comptent recevoir une dose additionnelle, et que 15 % ne savent pas.

À l’heure actuelle, 24,24 % des Québécois adéquatement vaccinés n’ont pas obtenu leur dose de rappel. Le taux de refus de 42 % des répondants exprimés dans le sondage signifie que 10,1 % des personnes qui ont reçu deux doses n’ont pas l’intention de devenir triplement vaccinées.

Ces taux de refus et d’hésitation contrastent de façon marquée avec l’accueil qui avait été réservé aux campagnes de vaccination des première et deuxième doses.

Plus d’hommes

Parmi ceux qui n’ont pas l’intention de recevoir la dose de rappel, on note que les hommes sont plus nombreux que les femmes, 47 % contre 37 %.

Les Québécois de 25 à 44 ans doublement vaccinés sont aussi plus réticents à tendre le bras : 48 % d’entre eux ne veulent pas d’une troisième dose. Cette proportion tombe à 33 % chez les plus de 60 ans. Elle est de 36 % chez les 18-24 ans et de 39 % chez les 45-59 ans.

Le taux de scolarité ne contribue pas à expliquer les attitudes des Québécois face à la dose de rappel : 46 % des gens doublement vaccinés qui ont un diplôme d’études secondaires ou moins refusent une troisième injection. Ce pourcentage est de 41 % chez ceux qui ont un niveau collégial et 40 % chez ceux qui ont un niveau universitaire.

Moins de Montréalais

Par contre, le lieu de résidence semble jouer un rôle. Seulement 33 % des résidants de la région montréalaise affirment ne pas avoir l’intention de se recevoir une troisième injection, beaucoup moins que dans les petites villes de moins de 10 000 habitants et les zones rurales, où cette proportion atteint 51 %.

On peut noter que ces intentions vaccinales contrastent grandement avec l’attitude positive, sinon enthousiaste, des Québécois à l’égard des deux vagues de vaccination précédentes. La proportion de gens ayant reçu au moins une dose est de 86,5 %. Elle est de 82,1 % pour deux doses et de 47,7 pour trois doses.

Le sondage de l’INSPQ peut apporter quelques éléments de réponse pour expliquer cette différence.

Parmi ceux qui ne veulent pas d’une injection additionnelle, 10 % expliquent leur décision par le fait qu’ils ont eu des effets secondaires après leur deuxième dose, 30 % estiment être bien protégés avec deux doses et 24 % affirment qu’ils ont déjà eu la COVID-19.

La forte contagion du variant Omicron peut aussi contribuer à expliquer ces attitudes, parce que la Santé publique recommande d’attendre huit semaines après l’infection pour demander sa troisième dose, ce qui a pu introduire de la confusion ou un certain flottement en réduisant le sentiment d’urgence à l’égard de la vaccination.

« Ces résultats ne m’étonnent pas parce qu’on est dans un contexte d’assouplissement », fait savoir Ève Dubé, chercheuse à l’INSPQ et coauteure de l’étude.

Les plus de 60 ans

Le premier ministre François Legault se réjouit de son côté du pourcentage élevé de Québécois de plus de 60 ans triplement vaccinés.

« Quand on parle de la troisième dose, le plus important, c’est la troisième dose pour les personnes de 60 ans et plus », a-t-il expliqué, lors d’un point de presse, lundi dernier. « Et de ce côté-là, ça va très bien. Donc on est en avance par exemple sur l’Ontario, et à peu près partout dans le monde. Ce sont les personnes qui sont les plus vulnérables. »

Selon l’INSPQ, la protection contre les infections graves dues au variant Omicron est meilleure avec trois doses qu’avec deux doses.

« L’efficacité du vaccin à prévenir une consultation à l’urgence était d’environ 60 % après deux doses et de 85 % après trois doses, indique-t-on. Enfin, l’efficacité du vaccin à prévenir une maladie légère, qui n’a pas entraîné de consultation, était d’environ 45 % après deux doses et de 80 % après trois doses. »

À petites doses

Le rythme de la campagne continue de ralentir. Dans la journée de lundi, à peine 14 450 doses supplémentaires ont été administrées, auxquelles s’ajoutent 579 vaccins donnés avant le 21 février qui n’avaient pas encore été comptabilisés. Le Québec est loin du rythme de 105 000 doses atteint à la mi-janvier. À peine 260 adultes par jour continuent de venir chercher leur première dose. Depuis le début de la pandémie, quelque 18,6 millions de doses ont été administrées à des Québécois, en incluant les personnes vaccinées à l’extérieur du Québec.

Avec Henri Ouellette-Vézina et Pierre-André Normandin, La Presse

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  • 83 %
    Proportion des Québécois de 60 ans et plus qui ont reçu leur dose de rappel
    INSPQ