(Québec) « Infantilisés » par le gouvernement durant la pandémie, les aînés contre-attaquent.

Mis à jour le 21 février
Patrice Bergeron La Presse Canadienne

Ils réclament notamment une nouvelle allocation financière et préparent un ensemble de revendications pour ne plus « jamais revivre » un drame aussi éprouvant. Le gouvernement Legault a pour sa part reconnu que cela n’avait « pas été facile » et dit avoir « tout fait » pour protéger les aînés.

« Nous nous sommes sentis infantilisés et nous avons souffert d’isolement plus que jamais », a témoigné Lise Lapointe, de la Coalition pour la dignité des aînés, en conférence de presse lundi matin à la tribune de la presse parlementaire de Québec.

« Condamnées »

« On nous le répétait à chaque conférence de presse, nous étions devenus des personnes condamnées à notre résidence. Ça a créé des problèmes mentaux. On ne pouvait même plus sortir pour nous approvisionner. On a vraiment senti qu’on avait atteint un âge plus que difficile. Se faire rappeler au quotidien qu’on était des vieilles personnes a eu un effet important. »

Les aînés ne sont pas consultés au moment de réfléchir aux politiques publiques, a-t-elle dénoncé.

Ils veulent donc reprendre l’initiative, avec une large consultation des 150 000 membres des associations. En même temps, ils soutiennent que le temps des commissions et des enquêtes a assez duré, que les solutions existent et qu’il faut passer à l’action.

Ils disent avoir rapporté leur « colère » et leur « désarroi » à la ministre responsable des Aînés, Marguerite Blais.

« On ne peut pas tourner la page » sur les 10 000 morts survenues dans les milieux de vie pour aînés durant la première vague de la pandémie, a insisté la porte-parole. Cela fait plus de « 10 000 familles qui sont encore sous le choc. […] On n’oubliera pas ça ».

États généraux

Les organismes ont annoncé la tenue d’États généraux sur les conditions de vie des aînés le 3 mai, un forum pour aboutir à des exigences précises, concernant leur priorité absolue : les services et le soutien à domicile.

Les associations demandent aussi une nouvelle allocation pour préserver le pouvoir d’achat des aînés, durement affecté par l’inflation.

« La pauvreté vient de s’accentuer drôlement », a dit Mme Lapointe. Quant à la somme exigée, « on n’a pas fait les calculs, des gens mieux placés vont faire ces calculs », a-t-elle poursuivi.

Au terme des États généraux, la Coalition exigera un engagement ferme du gouvernement en faveur des revendications acheminées.

« Je ne peux pas concevoir que le gouvernement et les partis d’opposition ne puissent pas s’asseoir et dire : “ assez, c’est assez, ça prend des mesures concrètes ”. »

Réaction de Marguerite Blais

Le gouvernement Legault a réagi en fin de journée à la sortie des associations d’aînés.

« Nous sommes tout à fait conscients que ça n’a pas été facile pour les aînés au cours des deux dernières années, a commenté par voie de courriel le cabinet de la ministre Marguerite Blais. Parce qu’ils sont plus vulnérables, nous avons tout fait pour les protéger. »

Le gouvernement a tenu à souligner que des allègements aux mesures sanitaires avaient été consentis dans les résidences pour aînés.

Rappelons que d’ici à 15 ans, les aînés de 65 ans et plus représenteront le quart de la population québécoise, selon les données de la Coalition.

La Coalition est constituée de six associations : l’Association québécoise de défense des droits des personnes retraitées et préretraitées (AQDR), le Regroupement interprofessionnel des intervenantes retraitées des services de santé (RIIRS), l’Association des retraités et retraitées de l’éducation et autres services publics du Québec (AREQ), l’Association québécoise des retraités des secteurs publics et parapublics (AQRP), l’Association québécoise des directeurs et directrices d’établissement d’enseignement retraités (AQDER) et l’Alliance des associations des retraités (AAR).